La nomination de Healey au Trésor renforce l’argument en faveur de la défense au Royaume-Uni

Aneeka Gupta, WisdomTree

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La nomination de Healey pourrait renforcer la crédibilité du secteur britannique de la défense, et ce au moment opportun.

La nomination de John Healey au Trésor revêt une importance particulière. Elle confie à un partisan bien connu de la défense un rôle clé dans le ministère chargé de déterminer si les projets de dépenses se concrétiseront effectivement par un financement. Healey occupait jusqu’il y a peu le poste de secrétaire à la Défense, et sa frustration à l’égard de la prudence du Trésor a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Son message était simple. Le Royaume-Uni se devait d’allouer plus de moyens à sa défense nationale ainsi qu’à ses obligations vis-à-vis de l’OTAN. Ce n'est désormais plus une demande extérieure. C'est l'avis du Chancelier nouvellement nommé lui-même. Il arrive avec une claire perception du fossé existant entre l’ambition stratégique et les contraintes budgétaires.

Ce changement est important pour les marchés. Les actions du secteur de la défense ne réagissent pas uniquement aux discours. Elles évoluent lorsque les budgets sont crédibles, que les achats sont financés et que le carnet de commandes se transforme en chiffre d'affaires. La nomination de Healey par le nouveau Premier ministre, Andy Burnham, a soutenu les valeurs de la défense britannique. Babcock International, qui construit des navires pour la marine britannique et participe à la gestion des actifs nucléaires, aériens et des véhicules militaires, a progressé de 6,8%. L’action BAE Systems a gagné 3,3%, tandis que le motoriste Rolls-Royce a pris 1,9%. QinetiQ, groupe technologique de défense issu d’une scission du ministère britannique de la Défense en 2001, a progressé de 4,1%.

Implications du Plan d’investissement dans la défense

La nomination de Healey survient alors que le secteur de l’investissement dans la défense affiche déjà une dynamique solide. Les membres de l’OTAN subissent des pressions pour relever leurs dépenses, tandis que l’Europe renforce ses capacités industrielles. Dans le même temps, le carnet de commandes du secteur de la défense demeure robuste. Le sommet de l’OTAN qui s’est tenu en juillet à Ankara a confirmé l’accélération des dépenses souveraines en Europe. Une tendance qui ne montre aucun signe de recul. Plus de 50 milliards de dollars de nouveaux contrats ont été conclus, une licence de production du système Patriot a été octroyée à l’Ukraine, et les opérations de fusions-acquisitions (M&A) dans la défense européenne ont retrouvé un nouvel élan.

Pour la défense du Royaume-Uni, l’important reste que Healey n’introduise pas un nouveau sujet. Il accélère une initiative déjà en place. Le chiffre clé s’élève à 15 milliards de livres sterling de financement additionnel, alors que le déficit affiché dans le budget de la défense atteint, lui, 28 milliards de livres sterling. Cela représente près d’un milliard de livres de plus que le seuil ayant poussé John Healey à remettre sa démission le 11 juin.  

Graphique 1: Les dépenses de défense du Royaume-Uni devraient augmenter sous Burnham


Source: OTAN, gouvernement britannique au 30 juillet 2026. Veuillez noter: Dépenses répondant aux critères de l’OTAN. Dès 2027, les prévisions relatives au Royaume-Uni porteront sur les exercices fiscaux clos en mars (ainsi, 2027 correspond à l’exercice 2026-2027). Les prévisions ne constituent pas un indicateur de performance future et tout investissement comporte des risques et des incertitudes.

Selon le Plan d’investissement dans la défense présenté par le gouvernement britannique, la part du PIB allouée à la défense devrait atteindre 2,7% d’ici la fin de la décennie. Près de 300 milliards de livres sterling seront investis sur les quatre prochaines années, avec une attention particulière portée aux drones, à la défense aérienne, aux capacités de frappe à longue portée, aux munitions, aux sous-marins, ainsi qu’à la réforme des processus d’acquisition. Dans ce nouveau financement, 64 milliards de livres sterling sont consacrés à la dissuasion nucléaire. Sur ce montant, 47 milliards de livres sterling iront aux sous-marins ainsi qu’à la modernisation des bases navales de Faslane, Devonport et Portsmouth. Un montant de 11 milliards de livres sterling devrait être alloué aux munitions et aux armes, dont presque 6 milliards uniquement pour les munitions conventionnelles. Le plan confirme la volonté de bâtir six nouvelles installations énergétiques d’ici à 2030. Les drones et les armes autonomes représentent désormais 5 milliards de livres sterling, un montant qui inclut des fonds alloués à une marine autonome, articulée autour du programme Common Combat Vessel. L’allocation du Digital Targeting Web est portée à près de 2 milliards de livres sterling, soit un doublement du montant initial.

Comment le plan s'aligne sur les participations dans le secteur de la défense au Royaume-Uni

BAE Systems est la société de référence. La société a confirmé qu’elle a eu un bon début d'année, maintenu ses prévisions annuelles inchangées et prévoit toujours une croissance du chiffre d'affaires comprise entre 7% et 9%, une croissance du résultat opérationnel sous-jacent (EBIT) de 9% à 11%, ainsi qu'une progression du bénéfice par action sous-jacent (EPS) de 9% à 11%[4]. Elle couvre l’aviation de combat, la construction navale, les systèmes terrestres et le C4ISR. Le programme des frégates Type 26 et la montée en puissance de la production du F-35 continuent d’offrir une visibilité pluriannuelle sur les revenus. Dans un environnement dirigé par Healey, BAE semble bien positionnée, si les priorités de dépenses évoluent comme actuellement envisagé. La société bénéficie également d'une large présence internationale, ce qui la rend moins dépendante d’un seul cycle budgétaire tout en lui conférant un fort levier au Royaume-Uni.

Rolls-Royce n’est pas exactement un pur acteur du secteur de la défense, mais il demeure l’un des noms majeurs de la défense au Royaume-Uni. Le rapport annuel fait état de prises de commandes Défense atteignant 5,5 milliards de livres sterling en 2025, tandis que le carnet de commandes s’élève à 17,4 milliards de livres sterling, soit l’équivalent de plus de trois ans de chiffre d’affaires, assurant ainsi une couverture d’environ 90% pour 2026. L’activité s’étend aux marchés du transport, du combat, des sous-marins, du secteur naval ainsi qu’aux hélicoptères, en se concentrant sur la propulsion et l’énergie plutôt que sur l’armement. La mise à jour d’avril 2026 a confirmé les prévisions d’un résultat opérationnel sous-jacent attendu entre 4,0 et 4,2 milliards de livres sterling, et un flux de trésorerie disponible fixé à 3,6 milliards de livres sterling. Cela donne à Healey un levier utile. Si le Royaume-Uni intensifie ses initiatives dans les sous-marins, la motorisation souveraine et les futurs programmes d’aviation de combat, Rolls-Royce pourrait profiter d’un surcroît d’investissements dans ces secteurs.

Babcock est une valeur de défense d’un autre type. Ce n'est pas une activité liée à l'armement. Il s'agit d'une activité de préparation, de support et d'ingénierie. Cela en fait un atout de choix pour toute équipe de trésorerie décidée à transformer ses ambitions en actions concrètes. Les résultats de Babcock pour l’exercice 2026 font ressortir un chiffre d’affaires avoisinant 5,2 milliards de livres sterling, avec une marge dépassant les 8%. Les perspectives à moyen terme ont été confirmées. Toutefois, la charge liée au contrat Type 31 rappelle aux investisseurs que la réussite de l’exécution demeure essentielle. La société anticipe pour l'exercice 2027 une nouvelle année de progression jugée satisfaisante, avec un taux de couverture des revenus avoisinant 70%. Dans une perspective Healey, Babcock joue un rôle clé, car une hausse des dépenses de défense ne se limite pas à l’acquisition de matériels. Les activités de Babcock s’inscrivent dans la continuité de l’engagement du gouvernement pour la dissuasion nucléaire ainsi que pour les infrastructures associées à l’AUKUS.

QinetiQ figure également parmi les sociétés susceptibles de profiter d’une politique budgétaire plus soutenue en faveur de la défense. Dans sa mise à jour pour l’exercice 2026, la société a annoncé un niveau record de prises de commandes et un carnet de commandes atteignant 4,8 milliards de livres sterling. La marge opérationnelle sous-jacente s’établit à 11,3%. Pour l’exercice 2027, la société prévoit une croissance du chiffre d’affaires comprise entre 3% et 5%, avec une marge opérationnelle attendue à 11,0%. Point essentiel, cette activité s’inscrit dans la modernisation de la défense, en phase avec des domaines souvent moins visibles mais désormais incontournables, notamment les essais et évaluations, la formation, les capacités numériques, l’autonomie, les systèmes anti-drones ou encore l’énergie dirigée.

Chemring apporte une perspective différente. Ses résultats intermédiaires du premier semestre 2026 ont fait état d’une hausse de 6,5% du chiffre d’affaires, d’un carnet de commandes record de 1,4 milliard de livres sterling, et de 91% du chiffre d’affaires attendu pour l’exercice 2026 déjà réalisés ou inscrits au carnet de commandes. L’entreprise investit également massivement dans les capacités en produits énergétiques, soit précisément le type de goulot d’étranglement industriel qu’un Trésor plus actif pourrait chercher à soutenir.

Les entreprises britanniques de défense de plus petite taille comptent aussi. Cohort offre une exposition au sonar, aux communications, à la cybersécurité et à la guerre électronique. Senior fournit des composants spécialisés pour l’aéronautique. Goodwin apporte une capacité de fabrication de niche mais stratégique, liée aux sous-marins, aux frégates et aux programmes navals américains. Melrose, via GKN Aerospace, offre une exposition aux composants pour l’aviation militaire. Il ne s’agit pas des moteurs principaux du secteur, mais ces entreprises sont importantes, car la défense repose autant sur les chaînes d’approvisionnement et les pièces spécialisées que sur les grands groupes et les annonces ministérielles.

Conclusion

La nomination de Healey pourrait renforcer la crédibilité du secteur britannique de la défense, et ce au moment opportun. Si l’on considère en plus le cadre structurel de l’OTAN, la solidité du parcours des résultats et des valorisations désormais plus attrayantes, la pertinence d’un investissement dans la défense s’impose aujourd’hui avec davantage d’évidence qu’il y a encore quelques mois.

Même si le climat politique paraît de plus en plus propice, les dépenses de défense demeurent conditionnées par les priorités budgétaires des États, le rythme des acquisitions ainsi que les choix politiques. Les plans de dépenses annoncés sont susceptibles de changer, et la performance financière future des sociétés reposera à la fois sur l’exécution effective des contrats et sur l’évolution des conditions de marché dans leur ensemble.

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