Lors de son examen le 18 juin 2026, la Banque nationale suisse (BNS) a de nouveau maintenu son taux directeur à 0,0%. Notre chef économiste Fredy Hasenmaile explique les conséquences économiques de cette décision et répond aux principales questions à ce sujet.
Aspects généraux et économiques
Que signifie le nouveau choc des prix de l’énergie sur l’inflation?
Avant le début du conflit en Iran, l’inflation en Suisse était à peine dans le positif. Le blocage du détroit d’Ormuz a considérablement affecté l’offre énergétique mondiale et fait grimper les prix de l’énergie. De ce fait, la pression sur les prix s’est accrue en Suisse. En raison de la faible part des dépenses énergétiques dans le panier des prix à la consommation et de la force du franc, les effets des prix de l’énergie sont toutefois beaucoup plus modérés en Suisse en comparaison internationale. L’inflation n’augmente donc que modérément.
La politique monétaire doit-elle réagir au conflit iranien?
A première vue, une pression accrue sur les prix plaide en faveur d’une augmentation des taux directeurs. Toutefois, les banques centrales résistent généralement à une flambée temporaire des prix de l’énergie. En effet, la politique monétaire vise à atteindre l’objectif d’inflation à moyen terme. Par ailleurs, la hausse des coûts de l’énergie freine l’économie, ce qui peut entraîner un affaiblissement de la dynamique des prix à moyen terme. En cas d’effets conjoncturels plus marqués, des baisses de taux seraient même davantage justifiées tant que les prévisions d’inflation restent bien ancrées. Etant donné que l’inflation devrait rester confortablement dans la fourchette cible de 0 à 2% fixée par la BNS à court et moyen terme, cette dernière ne voit aucun besoin d’ajustement du taux directeur.
Comment la BNS évalue-t-elle les risques d’inflation?
La BNS ne se soucie pas de l’inflation en cas de conflit limité dans le temps. Même en cas de restriction prolongée de l’approvisionnement énergétique, la Banque nationale s’inquiète moins d’une hausse de l’inflation que d’un affaiblissement de la demande mondiale et d’une éventuelle appréciation du franc. La BNS reste donc prête à intervenir sur le marché des changes en cas d’appréciation rapide et excessive du franc. Après des achats de devises probablement modérés au début de la guerre en Iran, il n’y a actuellement aucun signe d’une nouvelle intervention. Au contraire, les attentes accrues de plusieurs hausses des taux par la BCE ont donné un peu d’élan à l’euro, ce qui permet à la BNS de faire preuve de retenue. Cela vaut d’autant plus pour les taux négatifs, pour lesquels les obstacles restent de toute façon plus importants, que pour les achats de devises.
Marché hypothécaire
Que signifie la décision sur les taux pour les intérêts hypothécaires?
Si le taux directeur reste inchangé, le SARON, le taux d’intérêt au jour le jour adossé à ce dernier, n’évoluera pas non plus. Par conséquent, les conditions des hypothèques SARON ne connaîtront guère de modifications. S’agissant des hypothèques à long terme, les taux d’intérêt ont légèrement augmenté dernièrement. Les marchés s’attendent toutefois à ce que la BNS renonce à sa politique de taux nuls avant la fin de l’année prochaine. En l’absence de perspectives quant à un solide cycle de hausse des taux, le potentiel de hausse devrait toutefois rester limité ces prochains mois. Dans l’ensemble, les intérêts hypothécaires se maintiennent à un niveau modéré.
Quel impact le taux zéro aura-t-il sur le marché de l’immobilier résidentiel?
Les taux d’intérêt, qui restent bas, continuent d’offrir des conditions de financement très attractives pour l’achat d’une maison ou d’un appartement financé par des crédits. Malgré les prix élevés de l’immobilier, la demande de maisons et d’appartements reste élevée. Cette évolution devrait se poursuivre par le maintien du taux d’intérêt nul. Avec l’offre limitée de logements, la hausse des prix de l’immobilier devrait encore être plus forte.
Quelle contrainte sur taux d’intérêt est indiquée en cas de prolongation ou de nouvelle souscription d’une hypothèque?
A l’heure actuelle et à plus long terme, les hypothèques SARON sont généralement plus avantageuses que les hypothèques à taux fixe. Elles supposent toutefois une capacité de risque suffisante ainsi qu’une disposition plus élevée à prendre des risques. Les hypothèques à taux fixe à plus long terme peuvent ainsi s’avérer judicieuses si l’on table sur une reprise conjoncturelle plus rapide que prévu et sur une augmentation des risques d’inflation. Dans ce cas, une hypothèque à taux fixe sur plusieurs années est indiquée, surtout si l’on préfère adopter une base de calcul fixe. En revanche, les durées plus courtes sont à privilégier si l’on s’attend à un ralentissement conjoncturel persistant ou encore plus prononcé, accompagné de taux nuls, voire négatifs, à plus long terme.