La baisse de natalité ne provoquera aucune crise

Emmanuel Garessus

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La croissance économique devrait peu souffrir de la réduction de la natalité, selon une nouvelle étude.

Le vieillissement des économies occidentales devrait réduire la croissance économique, selon la plupart des travaux des économistes. Les raisons sont largement connues: La pénurie de main d’oeuvre, la réduction de l’innovation qui résulte d’une diminution de jeunes salariés et de nouveaux chercheurs, la réduction de la demande, les pressions sur les finances publiques liées à l’augmentation du taux de dépendance. Une nouvelle étude prend le contre-pied de cette analyse et avance que l’impact économique sera nettement plus modeste qu’on le pense. Elle est écrite par David N. Weil, professeur d’économie à la Brown University, pour le Journal of Economic Perspectives (2026, Vol. 40, pages 27-46). Elle est publiée sous le titre: «How much would continued low Fertility affect the US Standard of Living?» La baisse du taux de fertilité devrait perdurer, mais est-ce correct d’y associer le terme de «crise»?

Le taux de fertilité global atteignait 5 en 1950, ce qui signifie cinq enfants en moyenne par femme. Pour assurer la stabilité de la population globale, un taux de 2,1 est nécessaire. Aujourd’hui, ce taux n’est plus que de 2,24 (et même de 1,23 aux Etats-Unis) et il devrait continuer de diminuer pour passer en dessous de 2,1 en 2050, selon les Nations Unies. Sur cette base, il apparaît évident que ces 25 prochaines années, la population devrait diminuer en Europe, en Asie de l’Est et en Russie. La population mondiale devrait atteindre 10 milliards au milieu du siècle, contre plus de 8 milliards actuellement. Dès lors, nous devrions assister à une pénurie de salariés, de scientifiques et d’innovateurs qui devrait peser sur la croissance.

Pourquoi pas une stimulation de la croissance?

Mais l’impact est peut-être moindre que prévu. Le FMI a présenté en 2025 une analyse de David Bloom, professeur à Harvard, qui concluait que les effets de la baisse du taux de fertilité étaient «ambigus». Il montre d’abord que le lien entre le taux de fertilité et la population n’est pas clair. Dans six des 21 pays analysés, l’immigration a compensé cette diminution.

Certes la demande va diminuer et le nombre de chercheurs freiner la recherche, selon le FMI. Mais il en résultera aussi un déplacement de ressources. Les besoins de logements et de soins pour les enfants diminueront, libérant des ressources pour les dépenses de recherche et développement, selon le FMI.

La diminution du taux de fertilité peut même soutenir la croissance, à son avis, à travers un taux de participation au travail plus élevé et une augmentation de l’épargne. Le capital humain et le capital physique pourraient donc augmenter, contrairement aux attentes. Il reste que, comme l’avait précisé Charles Jones, de l’université de Stanford, en 2022, la réduction de scientifiques et d’innovateurs devrait conduire à une diminution des «idées» et à une stagnation économique. Le FMI ne prend pas position sur la nécessité d’entreprendre des politiques natalistes, se limitant à proposer de suivre le phénomène de très près.

David N. Weil se concentre sur l’impact de la baisse du taux de fertilité sur le niveau de vie des ménages américains. Sa conclusion n’est pas ambigüe: Les craintes d’une baisse de la natalité sur le niveau de vie sont «exagérées», dit-il. Même en prenant l’hypothèse d’un taux de remplacement de 1, la consommation serait à terme de 8,7% inférieur à celle qui prendrait pour base un taux de 2. Or ce taux n’est pas prêt de tomber à 1. L’impact est significatif mais sur une très longue période, il n’est guère possible de parler de crise.

L’auteur précise que durant les quatre premières décennies de la phase de transition qui suit le passage en dessous du taux de remplacement, la consommation a tendance à augmenter. Pour l’instant, en 2025, la population américaine croît de 0,4%, à 338 millions d’habitants.  Et le taux de fertilité devrait rester autour de 1,6 d’ici 2075, impliquant que la population américaine atteindra 369 millions d’habitants.

Chacun sait que la croissance économique à long terme est fortement dépendante du progrès technologique et de la productivité. Certes une réduction des ressources en technologie pénalise la croissance, mais il existe des contre-arguments majeurs, selon David N. Weil. Par exemple, on sait que durant la phase de transition, l’impact démographique est modeste. Et des innovations issues d’un pays peuvent très bien se propager dans des pays qui présentent un faible taux de natalité. Il est aussi raisonnable d’imaginer que l’IA renforcera l’efficience des économies et la productivité. Quoiqu’il en soit, l’économie mondiale est en mesure de s’adapter à de nombreux phénomènes, y compris démographiques.

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