En juillet 2019, le Sénat américain clouait Facebook au pilori, publiquement, au sujet de Libra. Un projet privé adossé à un panier de devises menaçait, disait-on, la souveraineté monétaire. Le projet n'a finalement jamais vu le jour.
Mesurons la distance parcourue. En juillet 2025, le Congrès vote le GENIUS Act, premier cadre fédéral pour les stablecoins, signé par le Président le 18 juillet. La veille, la Chambre adoptait la suite: le CLARITY Act par 294 voix contre 134. Le lobby crypto tenait le stylo d'une loi qui éclaircit qui régule qui, quoi, quand et comment.
Mais les banques n'avaient pas dit leur dernier mot. Début 2026, malgré des semaines de négociations à la Maison-Blanche, le Président Trump publie sur Truth Social que celles-ci prennent la loi en otage et proclame que l'industrie crypto migrera vers la Chine. Le 5 mars, l'American Bankers Association rejette le compromis.
Le 1er mai, les sénateurs Tillis et Alsobrooks publient un texte: les rendements passifs sur les stablecoins sont interdits, mais les incitations liées à un usage effectif sont autorisées. Coinbase, Circle, Ripple soutiennent. Les banques gagnent un compromis, un cadre, mais ce qu'elles ont obtenu semble plus sémantique que substantiel.
Quinze ans après la genèse du Bitcoin, un riche biotope technico-financier s'est constitué.
Et la Suisse?
Après des débuts encourageants grâce à la tolérance réglementaire ayant favorisé l'émergence d'écosystèmes crypto à Zoug, Neuchâtel ou Lugano, la loi DLT de 2021 a posé un socle stable pour le marché helvétique.
Banques cantonales, commerciales ou privées ont ouvert cette classe d'actifs à plus de 2,5 millions de comptes. Parmi ceux-ci, des acteurs matures, issus de la gestion de fortune traditionnelle. La demande s'est sophistiquée, au-delà de la simple custody et du staking.
Le cadre suit: la consultation sur la révision de la LEFin, close en février 2026, prépare deux nouvelles catégories d'autorisations FINMA, l'une pour les émetteurs de stablecoins, l'autre pour les prestataires crypto. Six banques suisses, dont UBS et PostFinance, viennent de lancer une sandbox pour un stablecoin en CHF. Maître Biba Homsy note ce changement de ton:
«Il y a un véritable mouvement d'institutionnalisation. La Finma constate elle-même l'intérêt croissant pour les cryptoactifs sur le marché financier suisse. Elle ne discute plus la possibilité d’offrir de la conservation. Elle développe directement ses attentes en matière de gestion de risques et les adresse tant aux banques qu'aux gestionnaires de fortune. Il s'agit donc maintenant de savoir comment encadrer. Un point de vigilance néanmoins: le renforcement d’un cadre réglementaire pourrait favoriser de larges acteurs institutionnels, tout en contraignant de manière disproportionnée de plus petits.»
Les fondations crypto, ou d'autres acteurs comme AMINA Bank, Sygnum et Taurus ont structuré une infrastructure crypto solide. Même la Banque Nationale Suisse pratique les actifs tokenisés depuis 2020 et la BIS et le FMI publient régulièrement sur le sujet.
Pourquoi la régulation suit le marché
Quinze ans après la genèse du Bitcoin, un riche biotope technico-financier s'est constitué. Les rails blockchain offrent un règlement quasi-instantané, une disponibilité 24/7, une programmabilité native. Quand une infrastructure est plus efficiente, elle finit par s'imposer.
Récemment, Ondo Finance, Kinexys (JPMorgan), Mastercard et Ripple ont exécuté la première redemption transfrontalière, inter-banques, de T-bills tokenisés. Le règlement (habituellement T+3), s'est bouclé en moins de cinq secondes, en dehors des heures de marché. Blackrock a tokenisé un fonds sur 5 différentes chaînes, et en lance 3 autres, le S&P a émis un "perpetual" et le Nasdaq va lancer un marché 24/7... et les exemples ne manquent pas.
Jamie Dimon, qui menaçait en 2017 de licencier les traders qui touchaient au bitcoin, écrit en avril 2026 que les concurrents bâtis sur la blockchain sont désormais une menace stratégique pour JPMorgan. Le sujet n'est plus controversé.
Par où commencer?
Tout investisseur professionnel devra savoir gérer des actifs on-chain. L'expérience suggère un ordre naturel: stablecoins d'abord, déjà familiers comme outil de règlement; cryptomonnaies majeures ensuite, Bitcoin, Ether, qui font partie d’une allocation quasi-standard; puis les real-world assets dont le sous-jacent est immédiatement intelligible.
Parmi eux, les métaux précieux occupent une place particulière: l'or n'est pas une innovation financière, c'est l'un des plus anciens actifs de réserve connus. La nouveauté n'est pas dans l'actif mais dans son enveloppe. Cette enveloppe change la nature de l'asset, qui peut désormais générer du rendement.
Le meilleur moment pour s'y mettre, c'était hier; le suivant, c'est aujourd'hui. Le retournement de discours qu'on observe aux USA arrive en Suisse: plusieurs banques privées genevoises sont sur le point d'annoncer des offres qui rompent radicalement avec leurs positions précédentes. Le mouvement ne s'inversera pas, mais va s'accélérer.
C'est ça, la clarté suisse.