Focus sur les émergents: la sélectivité reste cruciale

Salima Barragan

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«Les marchés émergents sont victimes du télescopage», estime Gergely Majoros de Carmignac.


©Keystone

Les investisseurs ont remis en question leurs expositions sur les marchés émergents, d’où des sorties de capitaux marquées depuis quelques mois. Cependant, Gergely Majoros suit attentivement cette classe d’actif. Car même si pour l’instant la pression des sorties de capitaux reste très importante, un apaisement possible des tensions commerciales pourrait représenter de bons points d’entrée. Le stratégiste de Carmignac nous livre ses points clefs pour bien se positionner sur le bloc émergent.

Trois différents cycles s’achèvent

Selon la recherche macro-économique de Carmignac, nous rentrons dans un environnement caractérisé par la fin simultanée de trois cycles, provoquant des divergences et disparités sur les marchés financiers. Nous nous rapprochons de la fin du cycle monétaire, et le cycle économique a dépassé sa phase de maturité, Gergely Majoros relève que la fin d’un cycle politique se met également en place. «Des partis antisystèmes apparaissent sur le devant de la scène , avec des politiques économiques plus nationalistes. C’est le cas aux Etats-Unis, où la politique économique est en rupture avec les administrations précédentes. Nous devons les prendre en compte lors de nos décisions d’investissement», explique-t-il.

En ce qui concerne le monde émergent, la normalisation de la politique monétaire aux USA et les tensions commerciales sont les deux principales raisons de la correction des marchés. «La réduction de la taille du bilan de la Fed a conduit à une baisse des liquidités en dollar dans le monde. Associé à la hausse des émissions d’emprunts d’état américains, aspirant une partie importante de cette liquidité, cela a provoqué une forte dégradation des conditions financières dans le monde émergent» explique Gergely Majoros. Les économies impactées en premier sont celles pénalisées par une balance courante déficitaire et un endettement en dollar important.

«L’Inde reste un marché structurellement
intéressant et son économie se porte bien.»

Aussi, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine ont également remis en question l’évolution future du commerce mondial, et par conséquent la croissance à venir dans le monde émergent,  très dépendante des exportations.

Pour le stratégiste, ces sorties de capitaux du bloc émergent ont ramené les valorisations à des niveaux attractifs. «Nous suivons attentivement cette classe d’actif. L’approche macro-économique et l’état de la liquidité nous incite pour l’instant à la prudence, mais dans le cas d’un apaisement des tensions commerciales, nous pourrions trouver des points d’entrée intéressants», explique-il. 

Points d’entrée sur les valeurs de croissance chinoises

«Dans la phase de marché actuelle, nous sommes investis sur des valeurs de qualité domestiques, c’est-à-dire des valeurs peu endettées mais bénéficiant d’une croissance structurelle plutôt indépendante des cycles. 

Les valeurs de croissance chinoise, entre autres dans le secteur de la technologie, qui exercent une activité essentiellement domestique, recèlent d’un potentiel de performance à long terme.

Pour l’instant, l’Inde a échappé à cette tendance baissière. Gergely Majoros reste néanmoins prudent: «L’Inde reste un marché structurellement intéressant et son économie se porte bien», explique Gergely Majoros. Malgré des élections qui se rapprochent, le risque politique reste relativement faible. Sa dépendance au pétrole constitue la principale faiblesse du ce grand pays gourmand en énergie. 

«Les pressions sur la dette souveraine restent intenses
mais les valorisations redeviennent intéressantes.»

Carmignac reste constructif sur l’évolution du prix du pétrole. L’offre de pétrole dans le monde devrait rester limitée et les tensions avec l’Iran devraient continuer à soutenir son prix. L’enjeu à moyen terme sera de voir si les turbulences actuelles sur les marchés ne vont pas affaiblir la bonne dynamique de la demande.

Quant à la dette émergente libellée en devise forte, la situation est similaire. «Les pressions sur la dette souveraine restent intenses mais les valorisations redeviennent intéressantes. Certaines obligations offrent des rendements en dollar à deux chiffres», précise-il. 

A contrario, la prudence s’impose toujours sur les devises locales. «Les devises sont des canaux de transmission. Quand les investisseurs se retirent des marchés, les devises baissent. En conséquence, l’inflation importée augmente», explique Gergely Majoros. Résultat: l’élévation des taux des banques centrales peut provoquer un ralentissement de l’économie. «A travers la dépréciation des devises, certains fondamentaux peuvent se détériorer rapidement. Nous monitorons cela de très près pour sélectionner les classes d’actifs qui resteront attractives», souligne le stratègiste. En tout cas, la classe d’actif émergente reste très hétérogène dans sa composition, la sélectivité reste cruciale.

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