Ces deux dernières années, les épargnants européens ont retrouvé le sourire. Après plusieurs années de taux monétaires à zéro, voire négatifs, ils ont enfin vu le rendement de leur épargne et de leurs comptes à terme augmenter, grâce au durcissement de la politique monétaire de la BCE pour contrer le choc inflationniste de 2022.
Malheureusement, la baisse de l’inflation et le ralentissement économique en Europe obligent aujourd'hui la BCE à réduire ses taux, entraînant les banques commerciales à faire de même avec la rémunération des dépôts.
Dans ce contexte, la rémunération des dépôts bancaires, avec une maturité allant jusqu’à un an, qui avait atteint de 3,3% en novembre 2023, soit son niveau le plus élevé depuis 2009, est déjà retombée à 2,45% en décembre 2024 et devrait encore baisser davantage dans les prochains mois puisque la BCE devrait procéder à 3 baisses de taux en 2025.
Cela signifie qu’en zone euro, le rendement réel de l’épargne est négatif et devrait le rester, car bien que l’inflation soit en baisse, elle était encore de 2.5% sur une base annuelle en janvier 2025.
Pour les épargnants, il est temps de reprendre le contrôle de leur épargne en devenant actionnaires de leur banque, non pas pour influencer la rémunération des comptes épargne, mais pour profiter des perspectives de croissance du secteur à court et long terme.
En effet, à court terme, les investisseurs s’attendent notamment à ce que la baisse des taux relance l’activité de crédit des banques et soutienne par conséquent leur croissance bénéficiaire. À cet égard, le dernier sondage de la BCE auprès des institutions bancaires européennes relevait d’ailleurs que 40% d’entre-elles enregistraient déjà une augmentation des demandes de crédit pour achats immobiliers. Dans ce contexte, les banques européennes ont le vent en poupe sur les marchés financiers, comme l’illustre la performance de plus de 17% affichée depuis le début de l’année par l’indice MSCI pour les banques de la zone euro.
Le secteur bancaire affiche des fondamentaux qui n’ont jamais été aussi solides.
Si les perspectives à court terme sont positives, celles à long terme le sont également puisque malgré le rebond boursier du secteur bancaire depuis le début de l’année, la valorisation du secteur demeure attractive. En effet, son ratio cours/bénéfices attendus au cours des 12 prochains mois est actuellement de 8.7, inférieur à la moyenne sur 10 ans de 11, et au marché européen dans son ensemble, qui se négocie à 15,5.
Bien que cette décote du secteur financier par rapport au reste du marché se justifiait ces dernières années, notamment en raison de l’impact négatif de taux négatifs sur la rentabilité bancaire et des récessions à répétition enregistrées par l’Europe, elle n’a aujourd’hui plus lieu d’être dans un contexte économique, certes peu enthousiasment, mais positif et dans un contexte monétaire où les taux négatifs ne devraient plus revenir. La BCE a ainsi récemment estimé que le taux neutre devrait se situer entre 1,75% et 2,25% et elle ne devrait dès lors pas baisser ses taux beaucoup plus bas que ce niveau.
Par ailleurs, le secteur bancaire affiche des fondamentaux qui n’ont jamais été aussi solides. En effet, les ratios «core tier 1» du secteur sont aujourd’hui généralement proches de 15% dans la plupart des pays européens alors qu’ils étaient inférieurs à 10% avant 2009. Les créances douteuses sont quant à elles en nette diminution dans tous les pays européens, y compris en Italie et au Portugal. Ces développements ont entrainé une baisse significative du coût de couverture contre le risque de défaut des institutions bancaires (credit default swap), qui oscille aujourd’hui autour de 0.5% alors qu’il dépassait les 5% en 2012 , au plus fort de la crise de la dette souveraine européenne.
La faible valorisation du secteur bancaire européen conjuguée à ses bons fondamentaux «bilantaires» et à l’amélioration des perspectives de croissance bénéficiaire aiguise déjà l’appétit des investisseurs professionnels puisque l’on note une augmentation des fusions et acquisitions dans le secteur, qui marque peut-être le début d’un mouvement de consolidation plus large, tel que d’ailleurs souhaité par les institutions européennes.
Ainsi, face à la baisse inexorable du rendement de l’épargne, les épargnants ont aujourd’hui intérêt à recycler une partie de leur épargne sur les marchés d’actions et notamment dans le secteur bancaire européen. En effet, à court terme, les épargnants qui feront le pas de devenir actionnaire de leur banque pourront déjà bénéficier d’un rendement du dividende de 5.5%, soit plus du double du rendement des dépôts à un an. A moyen et long terme, l’augmentation de la croissance bénéficiaire du secteur conjuguée au mouvement de consolidation qui s’y opère devrait mener à une revalorisation durable du secteur bancaire.