Les taux d’emprunt des Etats ne sont pas les seuls à atteindre des sommets. Le cuivre a récemment dépassé ses records de janvier, franchissant le seuil des 14'000 dollars la tonne. Surnommé «Doctor Copper» par les investisseurs anglo-saxons pour sa capacité à prendre le pouls de l’économie, le métal rouge a réagi aux dernières publications des indices des directeurs d’achat (PMI), qui ont atteint 53,1 en zone euro et 58,4 aux Etats-Unis en septembre, ainsi qu’à l’annonce de mesures de relance chinoises. Mais au-delà de ces facteurs conjoncturels, il se trouve aussi au cœur des rivalités commerciales et technologiques. Une analyse de ses dynamiques de long terme s’impose.
Le cuivre se situe désormais au croisement de trois transformations majeures: énergétique, technologique et géopolitique. Le conflit au Moyen-Orient et la flambée des prix des hydrocarbures ont renforcé les enjeux de transition énergétique et de sécurité des approvisionnements. En parallèle, l’appel à la modération du patron d’Anthropic a soulevé des interrogations sur le rythme des investissements dans l’intelligence artificielle et, par conséquent, sur la demande de cuivre qu’ils pourraient générer.
L’IA, un moteur durable de la demande
Sur 100 dollars de dépenses d’investissement consacrées à l’IA, environ 15 dollars sont dirigés vers les équipements de réseau et 20 dollars vers l’énergie au sens large. Ces deux segments consomment beaucoup de cuivre, en raison de ses excellentes propriétés de conducteur électrique. Un ralentissement des investissements pourrait donc modifier l’équilibre entre l’offre et la demande à moyen terme.
Les engagements hors bilan des grands acteurs américains de la technologie rendent toutefois ce scénario peu probable: les sept entreprises considérées ont signé des baux pour des centres de données à hauteur de 900 milliards de dollars. Le succès de l’agent personnel Muse de Meta témoigne également d’une concurrence toujours intense dans le secteur, qui incite les entreprises à poursuivre leurs investissements.
Une offre sous pression
Face à cette demande, l’offre reste contrainte par des facteurs structurels: baisse de la teneur en cuivre des minerais, obstacles réglementaires et environnementaux, et hausse des coûts d’investissement, multipliés par 2,5 en quinze ans.
Les chiffres de production des principales sociétés minières, qui représentent deux tiers de l’offre mondiale de minerai, font apparaître un recul de 3,5% au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025. Le Chili rencontre des difficultés particulièrement marquées, avec une baisse de 6% sur le semestre, et de 7% en intégrant un mois de juillet affecté par de nombreuses intempéries. Le cuivre recyclé montre lui aussi des signes de faiblesse: la production de fil de cuivre secondaire s’est contractée de 50% sur un an.
Les droits de douane bouleversent les flux
La dimension géopolitique a pris une nouvelle tournure avec l’annonce par l’administration américaine de possibles droits de douane sur le cuivre raffiné, dans le cadre de la section 232. Les opérateurs ont réagi en déplaçant massivement des stocks depuis les entrepôts du London Metal Exchange (LME), principale place de cotation du cuivre, vers ceux du Comex américain. Les stocks de ce dernier sont ainsi passés de 200'000 tonnes en juillet 2025 à environ 700'000 tonnes actuellement, accentuant la divergence de prix entre les deux marchés.
L’efficacité d’une telle mesure mérite toutefois d’être interrogée. Avec un délai d’environ quinze ans entre le lancement d’un projet minier et sa mise en service, des droits de douane ne permettraient pas d’accroître rapidement la production américaine. Un accord d’approvisionnement avec un pays allié pourrait avoir davantage d’effet à court terme.
L’absence de droits de douane ou l’octroi d’exemptions apparaissent donc comme des scénarios économiquement rationnels. S’ils se concrétisaient, une partie des stocks accumulés aux Etats-Unis pourrait revenir vers le marché international, pesant sur les cours du LME.
Une valeur stratégique pour les investisseurs
Au-delà de la volatilité à court terme, le message pour les investisseurs est clair: les Etats-Unis considèrent le cuivre comme une ressource critique et souhaitent sécuriser leur approvisionnement, quitte à privilégier cet objectif sur l’optimisation des coûts.
Cette dimension stratégique ajoute un facteur de valorisation aux seuls équilibres entre l’offre et la demande. Elle renforce ainsi l’intérêt du cuivre dans une réflexion sur la diversification des portefeuilles.