Crédit à la consommation: crowdlending ou banque?

Iohan Colarusso, CC Crédits Conseils

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CC Crédits Conseils SA dresse le comparatif entre les banques et le crowdlending pour le crédit à la consommation.


© Keystone

Le crowdlending fait sa place en Suisse depuis plusieurs années. Ces plateformes participatives de prêt se positionnent comme des alternatives aux prestations bancaires classiques en permettant aux particuliers de prêter de l’argent entre particuliers. Et ce, sans passer par les banques. En Suisse, quatre plateformes proposent des crédits privés sur le modèle du crowdlending. CC Crédits Conseils SA dresse le comparatif entre les banques et le crowdlending pour le crédit à la consommation.

Concurrence sur les taux

Le système de crowdlending, sans intermédiaire, et sans taxes bancaires, permet de proposer des taux très avantageux. La plateforme Cashare met sa barre des minimums à 3,9% et creditworld descend même jusqu’à 1,5%. Il y a quelques années, ces taux auraient été absolument inédits sur le marché bancaire. Mais aujourd’hui, avec la baisse des taux décidée en 2016, l’écart entre les banques et les plateformes tend à se resserrer. Les banques proposent des taux concurrentiels avoisinant les 4,5%. La Banque cantonale jurassienne va même jusqu’à 3,9%. En ce qui concerne les taux maximums, les pratiques sont différentes dans les deux systèmes de prêt. Les banques qui font du crédit à la consommation sont tenues par la loi sur le crédit à la consommation de pratiquer des taux ne dépassant pas les 10%.

«Ces taux élevés spermettent à des personnes
qui se verraient un crédit refusé à la banque, d’emprunter.»

Pour les plateformes de prêt participatif, c’est différent. Comme elles ne sont pas soumises à la loi sur le crédit à la consommation, elles peuvent pratiquer des taux au-dessus. Cashare par exemple, affiche sur son site un taux plafond à 15%. Ces taux élevés sont avantageux pour les investisseurs et permettent à des personnes qui se verraient un crédit refusé à la banque, d’emprunter. D’autres plateformes disent appliquer les taux en vigueur selon la LCC même si elles n’en sont pas obligées. CreditGate24 présente par exemple, un plafond de 9,9% sur son site Internet et affirme respecter toutes les mesures en vigueur dans la loi sur le crédit à la consommation. La plateforme LEND assure aussi se soumettre à la LCC en respectant le plafond à 10% ainsi que les mesures contre le surendettement inscrites dans la loi, comme le droit de révocation de 14 jours par exemple.

Quels montants?

Les banques traditionnelles proposent des montants allant jusqu’à 250'000 francs alors que les plateformes de crowdlending vont, pour certaines, bien plus haut dans le domaine du crédit privé. CreditGate24 affiche par exemple un montant plafond de 5'000 000 francs même s’il est peu probable qu’un tel montant ait été atteint un jour. Lendora va jusqu’à 350'000 francs. Les possibilités sont donc plus nombreuses sur les plateformes de prêt participatif.  Pour les durées de remboursement cependant, les banques offrent plus de latitude aux emprunteurs avec des durées jusqu’à 120 mois, contre 84 au maximum du côté du crowdlending. Les mensualités sont potentiellement plus basses du côté des banques grâce aux durées de remboursement plus longues.

Plateformes qui font du crédit à la consommation
  Taux d'intérêt Montants Durée en mois
LEND 4,5% - 9,8% 5000 - 200'000 12 - 84
Lendora Dès 4% 1000 - 350'000 12 - 60
CreditGate24 4,8% - 9,9% 5000 - 5'000'000 12 - 60
Cashare 3,9% - 15% 1000 – 250'000 6 - 60
Banques qui font du crédit à la consommation
  Taux d'intérêt Montants Durée en mois
BANK-now 7,90% - 9,90% 1000 - 250'000 6 - 84
Cashgate 4,90% - 9,90% 3000 - 80'000 6 - 60
eny Finance 4,50% - 8,90% 1000 - 120'000 6 - 120
BoB Finance 4,90% - 9,90% 1000 - 80'000 6 - 120
Cembra 7,95% - 9,95% 500 - 250'000 6 - 84
Rapidité dans la procédure

Si l’emprunteur choisit le crowdlending pour demander son prêt, il peut obtenir le montant désiré très rapidement. Après l’étude de solvabilité des emprunteurs, les plateformes de prêt mettent en ligne la demande pendant un temps donné. Par exemple, Cashare limite le délai à deux semaines. Un avantage considérable pour quelqu’un qui souhaite obtenir un crédit rapidement. Par contre, il n’y a pas de garantie sur l’obtention de prêt.

S’il n’y a pas suffisamment d’investisseurs ou que la somme demandée n’est pas atteinte dans ce temps imparti, le projet de crédit tombe à l’eau. Pour un prêt auprès des banques, la réponse à une demande est très rapide. Elles sont tenues de répondre dans un délai de 24h dès que tous les documents obligatoires sont rassemblés. Il y a cependant des temps d’attente supplémentaires, notamment par rapport au délai de révocation qui est de 14 jours, qui freinent l’obtention de l’argent. Pour les sites de prêts participatifs qui respectent ce délai, la durée avant de recevoir l’emprunt devient similaire à celle des banques.

Quelle lutte contre le surendettement?

L’avantage revient aux banques de ce côté. Comme les plateformes de crowdlending ne sont pas soumises à la LCC, elles sont exemptes de plusieurs mesures fédérales prises dans le but de limiter le surendettement. La baisse des taux plafond a été appliquée pour limiter les situations à risques avec des mensualités trop grandes. Le droit de révocation inscrit dans la loi sur le crédit à la consommation permet aux demandeurs d’emprunt de réfléchir sérieusement à l’engagement qu’un prêt implique. Si un consommateur fait une demande de crédit sur une plateforme de prêt participatif, selon quelle plateforme, il ne pourra théoriquement pas se rétracter tandis que chez une banque, il aurait 14 jours pour changer d’avis.

Les courtiers des plateformes de prêt participatif ne sont également pas tenus d’appliquer le crédit responsable qui oblige les banques à évaluer une marge de risque en cas d’imprévu. Le consommateur pourrait alors se retrouver avec un crédit à risques, faute d’une étude de solvabilité solide. Certaines plateformes disent appliquer la loi sur le crédit à la consommation même si elles n’y sont pas assujetties mais il n’y a aucune garantie juridique pour le consommateur qui ne peut pas s’y référer. Et les plateformes de prêt peuvent appliquer la loi à la carte en quelques sortes. Cashare par exemple, dit respecter la LCC mais informe sur son site qu’elle applique des taux à 15%. Les personnes intéressées par le prêt en crowdlending doivent alors impérativement garder en tête qu’elles ne sont pas protégées par la loi sur le crédit à la consommation pour ce type de crédit.

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