Assurances et changement climatique

Aabid Hanif, Indosuez Wealth Management

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A long terme, l’augmentation des risques physiques pourrait poser des défis importants aux modèles économiques du secteur de l’assurance.


©Keystone

Indépendamment de l’opinion de chacun sur les causes des catastrophes – origine naturelle ou origine humaine, celles-ci s’avèrent souvent dévastatrices. 304 événements climatiques ont été dénombrés en 2018, et le secteur de l’assurance est en première ligne pour atténuer les conséquences des catastrophes naturelles. 

L’assurance est un mécanisme de transfert du risque fondé sur le marché. Pendant des siècles, les assureurs ont permis le transfert et la mise en commun de risques qui seraient autrement difficiles à supporter pour les particuliers ou les entreprises. Dans le cadre du changement climatique, le secteur de l’assurance est impacté par les risques physiques et les risques de transition.

Une trop rapide transition vers une économie bas carbone
constitue un des principaux risques pour le secteur.

Les risques physiques résultent d’événements et de catastrophes liés aux conditions météorologiques, tels que les inondations et les tempêtes, et comprennent leurs impacts directs, tels que les dommages matériels, ainsi que ceux pouvant survenir indirectement à la suite d’événements ultérieurs, comme une rupture des chaînes logistiques mondiales ou la pénurie de ressources.

L’autre risque principal menaçant le secteur de l’assurance est le risque de transition vers une économie bas carbone. Il s’agit principalement de la réévaluation potentielle des actifs financiers à forte intensité carbone et la rapidité d’une telle réévaluation. Il touche les titres d’entreprises pouvant être directement impactées par les limites réglementaires imposées à leur capacité de production ou d’utilisation des combustibles fossiles (notamment les entreprises d’extraction de charbon, de pétrole et de gaz, ainsi que les services publics classiques) et ceux d’entreprises fortement consommatrices d’énergie, susceptibles d’être touchées indirectement par une hausse des coûts (chimie, sylviculture et papeterie, métaux et secteur minier, construction et production industrielle, entre autres). Ensemble, ces deux catégories représentent environ un tiers des actions et obligations mondiales. 

Il serait nécessaire pour les compagnies d’assurance
de se désengager des secteurs comme le pétrole.

Plus tôt les acteurs financiers comprendront ces implications, moins la transition sera disruptive. La transition vers une économie bas carbone entraînera très probablement une chute de la valeur des grandes compagnies pétrolières. Si les réserves ne peuvent pas être pleinement exploitées, elles devront être sévèrement revues à la baisse. Il s’avère donc nécessaire pour les compagnies d’assurance de se désengager de ces secteurs et de réaligner leurs portefeuilles d’investissement afin de limiter, voire annuler leur exposition aux actifs susceptibles de se révéler inexploitables à long terme.

Etant donné leur nature, les risques mentionnés ne semblent pas susceptibles de se matérialiser pleinement à court terme. Grâce aux mesures d’atténuation mises en œuvre, les entreprises sont raisonnablement bien équipées pour gérer le niveau actuel de risques physiques. A plus long terme, l’augmentation des risques physiques pourrait poser des défis importants aux modèles économiques du secteur de l’assurance, et il sera important de tenir compte de l’ensemble des risques liés au changement climatique, pour le secteur comme pour les portefeuilles d’investissement. En somme, les considérations évoquées sont importantes pour les compagnies d’assurance non seulement au niveau des risques contre lesquels elles fournissent une assurance, mais aussi au niveau des actifs détenus dans leurs bilans.

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