Les bourses européennes ont battu des records ce lundi malgré le haut niveau des taux d’intérêt, grâce à la solidité de l’économie réelle et aux bons résultats d’entreprises à l’abri de la volatilité qui entoure les valeurs de l’IA.
A Paris ce lundi, l’indice vedette CAC 40 a touché un nouveau plus haut en séance (8642,32 points), effaçant de quelques centièmes de point le dernier record en séance qui datait de fin février, deux jours avant l’éclatement de la guerre au Moyen-Orient.
Le panier des 40 valeurs françaises a finalement terminé à 8613,82 points, non loin du record en clôture du 26 février (8620,93 points).
A Francfort, l’indice DAX a battu en clôture son précédent record du 6 juillet, terminant au-dessus du seuil des 26’000 points à 26’001,31 points. Il a aussi enregistré un nouveau plus haut absolu à 26’071,39 points.
A Madrid, l’Ibex a inscrit lui aussi un double record: en clôture à 19’982,60 points, battant celui du 3 juillet (19’852,40 points), et en séance à 19’977,90 points.
A Londres vendredi dernier, le Footsie 100 avait atteint un plus haut en séance à 10’989,45 points. A Zurich, la Bourse de Zurich a clôturé en hausse de 0,18%.
«Les dernières publications macro ont été meilleures que prévues en Europe», souligne l’analyste Alexandre Baradez d’IG.
Et souvent, «les fluctuations des indices sont un reflet direct des conditions macroéconomiques», remarque l’analyste Christophe Nijdam, dans son livre de vulgarisation «La finance en cinq minutes par jour».
La zone euro a en effet renoué avec la croissance au deuxième trimestre (+0,4%), malgré le choc extérieur de la guerre au Moyen-Orient qui a provoqué une hausse des prix de l’énergie.
Même la hausse des taux d’emprunt sur le marché obligataire, induite par l’inflation, n’empêche pas les Bourses de progresser. Car «le marché se dit que c’est temporaire», estime Alexandre Baradez.
Au total, la santé d’un indice boursier dépend d’un «mix» de données «macro» et «micro», ajoute-t-il.
Ce lundi, c’est la baisse du pétrole qui a dopé le moral des investisseurs, à l’issue d’un énième cycle frappes militaires/ouverture diplomatique entre les Etats-Unis et l’Iran.
Les marchés boursiers engrangent également le bénéfice d’une «incroyable» saison des résultats des grandes entreprises sur le premier semestre 2026.
«Le consensus attendait une croissance de 14%. Aujourd’hui, on est plutôt sur une croissance de 16%, qui est tirée essentiellement par le secteur de l’énergie et le secteur financier», expliquait vendredi à l’AFP Isabelle de Gavoty, gérante actions chez AllianzGI.
La revanche des valeurs «ennuyeuses»
Mines à Londres, luxe à Paris, banques et industries à Francfort: peu dépendantes des «géants de la tech», l’Europe échappe aux grands doutes sur les rendements futurs des méga-investissements dans l’intelligence artificielle.
Ces doutes ont fait souffler le vent de la volatilité à Séoul mais aussi sur le Nasdaq. Et le vieux Continent en tire profit.
«Le record du DAX reflète une rotation des investisseurs vers des secteurs plus traditionnels de l’économie», affirme à Francfort Robert Halver, chez Baader Bank. «Les investisseurs privilégient désormais davantage les groupes liés aux infrastructures».
En outre, «les acheteurs du marché allemand sont essentiellement des investisseurs institutionnels étrangers, qui continuent de miser sur les performances des grandes entreprises cotées en faisant abstraction des turbulences de la politique intérieure allemande», prolonge-t-il.
«Le Royaume-Uni n’est peut-être pas le marché des actions le plus sexy, mais il a son charme», ironisait à Londres Neil Birrell, chef des investissements chez Premier Miton, au moment du record du Footsie.
«Le FTSE 1000 est dominé par le secteur traditionnel, avec des compagnies pétrolières comme Shell et BP, des industries comme Rolls-Royce et BAE Systems, et des géants miniers comme Rio Tinto et Glencore», détaillait la semaine dernière dans The Telegraph.
Et ces «valeurs ennuyeuses», comme les appellent parfois aussi les analystes, offrent encore des perspectives de rendements intéressants.
«Les analystes s’attendent à ce que les sociétés du FTSE 100 génèrent des profits records et versent des dividendes records en 2026 comme en 2027», selon Russ Mould, d’AJ Bell Investment.
Joint par l’AFP, il avance le montant de «88,8 milliards de livres sterling (103,6 milliards d’euros) de dividendes en 2026».