L’écart entre les taux d’emprunt à dix ans de la France et de l’Allemagne a dépassé mardi matin le seuil symbolique de 1,5 point. La dette française est revenue au coeur des préoccupations des marchés après un week-end de violences dans le pays.
Ce niveau est «associé à la crise de la dette de la zone euro», relèvent les stratégistes d’UBS Global Wealth Management, pour qui «les difficultés budgétaires et politiques de la France pourraient maintenir la volatilité sur les marchés de la dette souveraine européenne». Vers 11h55, la France empruntait à 4,96% sur dix ans, contre 4,93% lundi soir, et l’Allemagne à 3,43%, contre 3,45%, portant l’écart entre les deux taux à 1,53 point au cours de la séance de mardi sur le marché de la dette.
Cet écart, considéré comme une mesure de la méfiance des investisseurs envers la dette française, n’a pas dépassé 1,5 point en clôture de séance depuis 2012. Il était encore de 1,37 point vendredi, avant que des violences et pillages de grande ampleur se déroulent en marge de manifestations samedi contre «la vie chère» dans plusieurs grandes villes françaises.
Plus cet écart est élevé au détriment de la France, plus celle-ci paie cher pour se financer par rapport à sa voisine, qui est considérée comme l’emprunteur le plus sûr de la zone euro. Signe de cette défiance, la France emprunte aussi à un taux nettement plus cher que l’Italie (4,59 %) et l’Espagne (4,07 %), deux pays longtemps jugés plus fragiles que l’Hexagone sur le plan budgétaire.
Les investisseurs pourraient rester prudents envers la dette française jusqu’au scrutin présidentiel, prévu les 18 avril et 2 mai 2027, car «même si le gouvernement actuel parvient à faire adopter un budget, l’élection présidentielle de l’an prochain pourrait défaire tout ce qui est décidé aujourd’hui», a souligné Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote Bank.
«Nous ne sommes pas encore revenus au pic de tension», ont toutefois nuancé les stratégistes de Deutsche Bank, l’écart ayant déjà dépassé 1,50 point en séance une première fois début octobre. Ces tensions surviennent alors que l’agence de notation Moody’s doit réexaminer vendredi la note de la France, déjà assortie d’une perspective négative.
«De nouvelles dégradations de la note souveraine française sont à prévoir si les finances publiques ne se redressent pas», a prévenu Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM.