L’or et les mines d’or consolident après une hausse de plus de 50% depuis le début de l’année et un plus haut de 4380 dollars l’once. Les investisseurs s’interrogent sur le prochain mouvement et sur l’étendue temporelle de la consolidation. L’interrogation porte aussi sur les actions de mines d’or. VanEck dispose d’un ETF sur les actions aurifères d’une taille de 3,2 milliards de dollars et d’un autre ETF sur les petites capitalisations aurifères d’environ 1 milliard de dollars. Basée à New-York et gérante de portefeuille pour VanEck, spécialisée dans les mines d’or, Imaru Casanova, de passage à Genève, répond aux questions d’Allnews:
Quelle est votre analyse de la correction de l’once d’or?
Durant la première moitié de l’année, quand l’once franchissait sans cesse de nouvelles résistances, par exemple les 3000 dollars, les investisseurs se demandaient s’ils n’étaient pas en train de rater le mouvement haussier. Puis l’or a cassé les 4000 pour s’approcher de 4500 dollars sous l’impulsion d’une demande plus spéculative. Il était évident qu’il devenait clairement suracheté. Le mouvement haussier était trop fort et trop rapide. Une correction du prix s’imposait. Le recul actuel de quelque 10% peut être interprété comme un repli technique. Il ne m’a pas surpris.
Je pense que l’or entre dans une nouvelle zone de fluctuations. J’ignore s’il s’agira de 3500, 3600 ou 3800 dollars, mais probablement vers ces niveaux. Il demeurera dans cette zone avant un prochain élément déclencheur l’amène à un niveau supérieur. Je ne crois donc pas que nous ayons vu la fin du marché haussier de l’or.
Habituellement, un mouvement haussier de l’or dure plus longtemps. Les fondamentaux de la hausse restent en place. Les investisseurs l’achètent pour diversifier leur portefeuille ou pour le protéger contre l’incertitude globale ou contre un éventuel retour de l’inflation. La Fed devrait continuer de baisser ses taux, ce qui devrait soutenir l’économie, et éventuellement de relancer l’inflation.
«Le prix de l’or est le résultat de la perception des risques dans le monde».
Quel devrait être ce prochain soutien d’une nouvelle hausse? Les banques centrales ou la demande des investisseurs?
Ces deux facteurs sont les principaux responsables de la demande d’or. Historiquement, la demande des investisseurs constitue le principal soutien du marché. A partir de 2022, les banques centrales ont pris le relais. Je m’attends à la poursuite des achats des banques centrales. Elles se sont engagées à dé-dollariser leurs réserves dans une optique à long terme. En 2025, le secteur constituera une source principale de demande. Initialement, le montant en or de leurs réserves devait être de 20% et il est en train de passer à 30%. Le pourcentage est de 8% pour la Chine. Nous pensons que les banques centrales continueront d’acheter même à des prix élevés. Mais nous avons besoin de la demande des investisseurs afin de chercher des niveaux de prix supérieurs à aujourd’hui.
Les moteurs peuvent donc être divers. L’or peut profiter des nombreux déséquilibres du système. Le déclencheur pourrait venir d’un recul marqué du marché des actions. La valorisation des indices américains est très élevée. Une rotation des investisseurs des actions vers l’or est possible.
Les actions sont très chères, mais comment évaluez-vous l’or?
L’exercice n’est pas aisé. Les experts, et nous-mêmes, analysent les habituels critères employés pour les marchés de matières premières, à savoir l’offre et la demande, et évaluent un niveau d’équilibre. A la différence d’autres matières premières, l’or est d’abord un actif financier. Il faut donc considérer le comportement de trois acteurs, celui des banques centrales, celui des investisseurs et celui de la bijouterie.
Les banques centrales sont peu sensibles au prix. Elles achetaient à 2000 dollars et continuent à 4000 dollars. Finalement, le prix de l’or est le résultat de la perception des risques dans le monde. Il est également nécessaire de prendre en compte le coût de production, lequel se situe autour de 1600 dollars l’once. Le cours est logiquement supérieur au coût de production.
Pour fixer un objectif de cours sur l’or, nous faisons aussi des hypothèses sur la demande des investisseurs.
En ce qui concerne à la demande de bijouterie, nous pouvons penser qu’elle permet de définir un plancher. Par exemple, elle a diminué récemment en réponse aux cours records du métal, mais ce trimestre elle est en train de repartir, par exemple en Inde et en Chine, en lien avec la saison des mariages en Inde et du Nouvel An chinois.
La demande des banques centrales et de la bijouterie permettent de définir un niveau de support, et la hausse additionnelle provient de la demande des investisseurs. Nous devrions facilement envisager un cours de 5000 dollars au cours de l’année prochaine.
Est-ce que vous craignez des mesures étatiques contre la demande d’or, par exemple en Chine?
Les mesures prises par la Chine sont très favorables au prix de l’or. Elle s’est fondamentalement engagée en faveur de l’or. Elle est à la fois producteur et acheteur d’or. Elle a par exemple autorisé les assurances-vie à détenir au moins 1% de leurs placements en or. Ce n’est pas dérisoire. Plus récemment, la Chine a décidé de taxer l’or destiné aux achats de bijouterie et à d’autres utilisations industrielles, mais l’or à usage d’investissement demeure exempté. Cela renforce l’idée selon laquelle l’or est un instrument d’investissement. La Chine veut participer plus activement et peut-être de façon plus transparente au marché global de l’or. Le cours de l’once devrait profiter de telles politiques.
«Le recul actuel de quelque 10% peut être interprété comme un repli technique».
Comment évolue la relation entre le cours de l’once et celui des mines d’or?
Historiquement, les actions des groupes aurifères surperforment l’once lors d’un marché haussier parce qu’il en résulte une extension des marges de l’industrie minière. Cela illustre l’effet de levier exercé par le cours de l’or sur l’action. Entre 2022 et 2024, le cours de l’once a augmenté mais les actions minières sont restées en retrait parce que ce sont les banques centrales qui soutenaient la demande. Or elles n’achètent pas d’actions minières.
Cette année, c’est la demande des investisseurs qui a pris le relais. L’effet de levier fonctionne à nouveau. L’indice des mines d’or (GDX) a gagné deux fois plus que l’once en 2025. Les marges des producteurs n’ont jamais été aussi élevées. Les sociétés productrices sont peu endettées et généralement elles ne hedgent pas leur production d’or. Elles versent un dividende et procèdent à des rachats d’actions. Et elles investissent dans l’avenir, à travers des projets d’exploration et des acquisitions. Je pense qu’elles devraient continuer de surperformer.
Quels pays sont les plus compétitifs sachant que leurs coûts sont définis par les salaires et l’énergie?
Le coût du travail représente environ 40% du total et l’énergie entre 10 et 30% selon les situations. Les autres coûts proviennent de l’emploi de produits chimiques et des explosifs. Les coûts du travail sont relativement élevés au Canada et en Australie. Mais le principal facteur qui impacte les coûts se trouve dans la qualité et la richesse des gisements, laquelle se calcule en grammes d’or par tonne. Plus la concentration est forte et plus les coûts sont bas.
Avec la hausse de l’once, est-ce que l’on produit davantage et la qualité des gisements diminue?
Effectivement. Avec la hausse de l’or, des projets qui n’étaient pas très rentables deviennent plus attractifs. Les entreprises restent pour l’instant conservatrices dans leur comportement et dans leurs projets. Mais si l’or continue de monter, la densité en or des gisements devrait diminuer.
Est-ce qu’elles découvrent de nouveaux gisements attractifs?
Ces dernières années, peu de découvertes majeures ont été réalisées. L’annonce la plus importante de ces derniers temps est venue de Barrick Mining en septembre dernier, lorsque le groupe a communiqué au marché les premiers détails de son projet Fourmile, situé au Nevada. Même si les fonds nécessaires à des explorations sont disponibles, il est devenu plus difficile de découvrir de nouveaux gisements.