Une nouvelle fintech, Helvo, s’est installée à Crissier. Cette jeune société de plus de 20 collaborateurs, dont la moitié à Helsinki pour son développement technologique, ambitionne de devenir la plateforme d’exploitation financière pour les PME et indépendants. Le lancement officiel est attendu dans le courant de l’année.
Son idée est de permettre à une société nouvellement créée d’être opérationnelle financièrement en quelques jours au lieu de plusieurs semaines. La plateforme unique et connectée combine comptes bancaires professionnels, paiements, facturation, comptabilité automatisée, gestion du payroll, analyses en temps réel du cash-flow et performances de l’entreprise. Helvo s’est associée à la banque suisse Hypothekarbank Lenzburg, afin d’opérer dès le départ avec une infrastructure bancaire intégrée pour les paiements et les dépôts clients.
La société prévoit également l’obtention prochaine d’une licence européenne EMI fintech, puis, à terme, une licence Finma en Suisse. Helvo se développera ensuite vers d’autres services financiers, notamment le crédit aux PME et des solutions de financement. Julien Barbotin-Larrieu, CEO de Helvo, répond aux questions d’Allnews:
A quelle étape de son développement se situe Helvo?
L’aventure Helvo a démarré il y a deux ans. Nous avons récemment ouvert la version bêta de la plateforme à notre premier groupe de petites entreprises à travers la Suisse, marquant ainsi une étape importante de notre développement. Nous finalisons actuellement l’expérience de l’on-boarding digital des clients et toutes les 2 à 3 semaines, nous continuerons à déployer des produits supplémentaires, notamment la facturation, la comptabilité, la gestion du payroll. Ce procédé par étape nous permet de recueillir les retours des clients, d’opérer les ajustements éventuels sur la plateforme et de garantir que chaque nouveau service soit pleinement intégré à l’écosystème.
«Pour de nombreuses PME, nous nous pouvons automatiser jusqu’à 90% des processus comptables et administratifs financiers courants.»
Pourquoi êtes-vous présent non seulement à Crissier mais aussi en Finlande?
Nous avions trouvé notre responsable technologique (CTO) en Finlande, forte de ses expériences dans la transformation d’établissements bancaires classiques en banques digitales. La Finlande a d’ailleurs développement un cluster très actif dans la fintech. Nous avons développé une équipe solide à Helsinki, au bénéfice d’un grand savoir-faire spécifique aux start-up.
Pourquoi Helvo a-t-elle sa place sur le marché, par exemple face aux autres fintechs?
Les banques ouvrent les comptes bancaires et les SaaS (logiciels en tant que service) gèrent la comptabilité. Helvo a une approche «tout en un». Nous permettons à l’administrateur d’une PME de résoudre ses problèmes administratifs et de réduire de 60% le temps consacré à ces tâches. Le gain s’exprime en semaines ou mois.
Prenons l’exemple d’une facture: Elle est reçue par courrier, électronique ou non. Soit on scanne son QR Code, soit elle est envoyée à la fiduciaire soit sa gestion est manuelle. Avec Helvo, si elle est sur inscrite votre ordinateur, vous pouvez la placer dans notre système qui va le lire, créer un paiement, puis la pre-booker au plan comptable. Deuxième manipulation à faire: il s’agit de payer la facture. Une fois accomplie, la réconciliation et la comptabilité est faite automatiquement.
Pour de nombreuses PME, nous nous pouvons automatiser jusqu’à 90% des processus comptables et administratifs financiers courants, ce qui permet au comptable de consacrer plus de temps au conseil auprès de leurs clients plutôt qu’à faire le travail administratif. Nous combinons la comptabilité et la banque en une seule solution.
Nous regroupons les opérations financières sur une seule et même plateforme, créant ainsi un moyen plus efficient de gérer les finances de l’entreprise.
Pourquoi?
Parce que nous nous concentrons sur la data, non pas pour vendre un produit mais pour pouvoir, lorsque nous aurons une licence bancaire, octroyer des crédits aux PME. Aujourd’hui, la PME doit venir à la banque avec son bilan, ses états comptables, ses fiches d’emplois. Nous aurons déjà l’ensemble des data et, grâce à notre automatisation, nous pourrons répondre à sa demande en quelques minutes.
Chaque fintech a sa spécialité. Pourquoi Helvo serait meilleure que Neon dans l’ouverture de compte, que le leader les paiements et que la meilleure fintech dans la facturation?
Nous serons équivalents à Neon, une fintech rapide dans l’on-boarding pour le grand public. En général dans une banque traditionnelle suisse, cela nécessite entre 3 à 6 semaines. Nous le ferons en 48-72 heures à la suite de notre partenariat avec les services de compliance de Hypotherkarbank à Lenzburg. Au niveau comptable et de facturation, nous pourrons servir une grande partie des indépendants et des PME, celles qui n’ont pas plus de 50 collaborateurs.
«Nous avons levé 6,2 millions de francs lors du premier tour de table et nous aurons une autre étape de financement en fin d’année.»
La différence réside dans le fait qu’au lieu de demander aux PME de faire appel à plusieurs prestataires, nous regroupons leurs opérations financières quotidiennes sur une seule plateforme, spécialement conçue pour répondre aux besoins, aux réglementations et aux activités quotidiennes des petites entreprises suisses.
Notre idée est d’apporter simplicité et clarté: tout ce qui est comptabilité, facturation et gestion des salaires est complexe. L’entrepreneur n’est pas forcément à la pointe en matière administrative. Nous nous centrons sur le client plutôt que le produit, un peu dans la philosophie d’Apple. Notre plus-value réside dans la combinaison de deux mondes, la comptabilité et la banque.
Quand pensez-vous être bénéficiaire?
Plusieurs conditions sont à remplir, comme le nombre de clients, le moment du démarrage, l’augmentation progressive des produits. En réalité, notre modèle n’a guère changé depuis nos débuts en 2024. Nous espérons être bénéficiaire à la fin 2028.
Comment est né votre partenariat avec Hypothekarbank Lenzburg?
Le rendez-vous avec sa CEO, Marianne Wildi, s’est si bien passé qu’elle a été conquise par notre idée et notre challenge en quelques minutes, en mars 2025, et que le contrat était signé en mai. Nous coopérons dans la mise en place d’un environnement adapté aux clients.
Ce partenariat permet à Helvo d’accéder dès le premier jour à une infrastructure bancaire suisse réglementée, garantissant ainsi la sécurité de la gestion des comptes, des paiements et des processus d’onboarding.
Pour nos clients, cela signifie qu’ils bénéficient d’une expérience numérique moderne tout en s’appuyant sur une infrastructure bancaire suisse de confiance, conçue pour répondre aux normes les plus strictes en matière de conformité, de sécurité et de fiabilité.
Qui sont vos actionnaires?
Nous avons levé 6,2 millions de francs lors du premier tour de table et nous aurons une autre étape de financement en fin d’année. Parmi nos actionnaires, nous comptons Yann Guyonvarc’h, une personnalité du capital-investissement, et un membre de la famille Hoffmann.
Est-ce que vous chercherez à obtenir une licence en Europe?
La première cible est la Suisse. Ensuite, nous viserons l’étranger et déploierons la force suisse à l’étranger. Nous avons déjà fait la demande pour une licence dans l’UE, effective d’ici 2027.
Est-ce que votre défi est technologique ou commercial?
Ni l’un ni l’autre. Plutôt que de parler de défi, je prendrais plutôt l’image du puzzle. Nous devons assembler un puzzle de 1000 pièces du jour au lendemain et éviter qu’il y ait des trous entre les pièces. Le défi est opérationnel si nous voulons croître rapidement.
Est-ce que vous avez un autre service à présenter?
Un domaine qui nous tient particulièrement à cœur est d’apporter aux PME des analyses dignes d’un CFO.
A mesure que de plus en plus d’entreprises utilisent la plateforme, Helvo va au-delà du simple enregistrement des transactions et aide les entrepreneurs à mieux comprendre et gérer le cash-flow de l’entreprise. Les chefs d’entreprise bénéficient d’une visibilité en temps réel sur les paiements entrants et sortants, les factures impayées ainsi que la santé financière globale de leur entreprise. Notre objectif est d’aider les PME à prendre de meilleures décisions financières avec moins d’efforts. Helvo agit comme un co-pilote financier, réduisant la charge administrative tout en offrant plus de clarté et de contrôle sur les finances quotidiennes.
Nous avons aussi une gestion intelligente d’archivage de documents. Les contrats, factures et autres documents professionnels peuvent être stockés en toute sécurité au sein de la plateforme et partagés avec les comptables et conseillers fiscaux. Le gain de temps profite tant à la PME qu’à leurs conseillers.
Avec l’IA, l’information devient gratuite et abondante. Ne risquez-vous pas d’être disrupté?
Nous considérons l’IA comme un accélérateur plutôt que comme une menace. Si nous avions développé notre projet il y a dix ans, il aurait nécessité cinq ans. Aujourd’hui, les progrès de l’IA nous permettent de développer et d’innover beaucoup plus rapidement, tout en améliorant continuellement l’expérience de nos clients.
Nous utilisons déjà l’IA pour automatiser les processus financiers et réduire le travail manuel. A mesure que la plateforme évolue, l’IA permettra également d’obtenir des analyses financières plus approfondies.
Comme Helvo repose sur une technologie moderne et des données financières connectées, nous sommes bien placés pour intégrer de nouvelles capacités d’IA à mesure qu’elles apparaissent. La valeur ne réside pas dans l’IA seule, mais dans l’IA appliquée à la situation financière globale d’une entreprise.
Est-ce la différence avec une banque?
Beaucoup de banques se lancent dans l’IA et à juste titre. Mais la différence n’est pas dans la technologie elle-même, mais dans l’agrégation des datas qui y sont rattachées.
Les banques traditionnelles ne voient généralement qu’une partie de l’activité financière d’une entreprise. Les cabinets d’expertise comptable en voient une autre, et les éditeurs de logiciels une autre encore. Comme Helvo rassemble l’ensemble de l’activité financière d’une entreprise, nous disposons d’une vision bien plus complète et cohérente de son fonctionnement.
Notre atout c’est d’être partis d’une page blanche. Nous avons pu construire la plateforme de A à Z en utilisant des technologies modernes, ce qui nous permet de structurer, de relier et d’analyser les datas plus efficacement.
Est-ce que la relation humaine entrera dans votre modèle quand vous offrirez des crédits aux PME?
Les entrepreneurs n’ont pas besoin d’un chargé de clientèle pour les aider à télécharger des documents ou à attendre des semaines une décision de prêt. Ils ont besoin d’un accès rapide aux services et d’un accompagnement d’experts lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes.
Le secteur bancaire s’éloigne de plus en plus des agences et de la paperasse. Les entrepreneurs d’aujourd’hui s’attendent à gérer leurs finances de manière numérique et à bénéficier d’un accompagnement via les canaux qui leur conviennent. Nous nous adaptons à cette nouvelle génération, celle qui, si elle veut une rencontre, organise une séance Teams ou une conversation avec un expert au moment où cela compte le plus.
Notre ambition est d’automatiser les tâches administratives et d’utiliser des données financières en temps réel pour accélérer considérablement le processus de financement, tout en veillant à ce que les PME aient toujours accès à des conseils lorsqu’elles en ont besoin. La technologie doit renforcer les relations, et non les remplacer.
En Europe et aux Etats-Unis, ce mouvement a déjà été pris. Une banque digitale prend environ 30 à 40% du marché retail dans ces pays. En Suisse, ce pas n’a pas été fait. On y trouve 3 banques majeurs: Postfinance, Raiffeisen et UBS. Puis suivent des banques cantonales qui ne se concurrencent pas. Pour cette raison, il n’y a pas eu de nouveau venu. C’est ici que nous intervenons avec nos services digitaux aux PME.
Les PME n’ont pas qu’un seul compte bancaire, mais plutôt 3 ou 4. Nous voulons être la banque opérationnelle, la banque de tous les jours. La banque peut avoir sa banque cantonale comme banque de dépôt, mais nous voulons être la banque qui aide l’entrepreneur à gagner du temps tous les jours.
Pourquoi un entrepreneur quitterait sa banque locale pour faire appel à vos services?
Nous ne proposons pas à une entreprise de fermer son compte et de nous rejoindre. Avec CS et Silicon Valley Bank, un choc émotionnel s’est produit au sein des PME qui les a amenées à passer à 3 ou 4 comptes bancaires. Cela signifie 300 ou 400’000 francs de garantie. Le risque opérationnel est mieux diversifié. Nous rejoindre, cela signifie pour la PME d’avoir 100’000 francs de garantie.
Notre atout est d’avoir un guichet unique pour toutes les affaires du quotidien. Plutôt que de développer des centaines de produits, nous nous concentrons sur les services financiers que les PME utilisent le plus fréquemment et continuons à développer la plateforme en fonction de leurs besoins et de leurs modes de fonctionnement.
Une étude britannique révélait qu’une banque de PME offrait 300 à 400 produits en général. Le mantra des banques consiste à inventer un nouveau produit. Nous pensons au contraire qu’une PME a besoin de 30 produits essentiels, accessibles via une seule plateforme connectée.
De quoi s’agit-il?
Une carte bancaire, c’est un produit, un compte bancaire un autre, l’envoi d’un compte en Europe également. Nous pensons que les PME n’ont pas besoin de centaines de produits financiers disparates. Elles ont besoin d’un ensemble de services essentiels qui fonctionnent en parfaite synergie. Nous en avons identifié environ 30. Nous en proposons environ 20 actuellement, avec une feuille de route solide pour étendre encore davantage la plateforme.
Quel produit est le plus rentable?
Nous offrons les produits sous forme de paquet de 39 à 179 francs. Avec 39 francs, la PME a droit à tant de nombre de paiements mensuels ainsi que la comptabilité simplifiée et automatisée, la facturation et un «payroll».
Notre force est vraiment le data. Une PME doit attendre 6 à 8 semaines pour un crédit bancaire. Notre vision est de l’offrir dans les 24 à 48 heures.
Que ferez-vous de vos bénéfices futurs?
Nous sommes très sensibles à la circularité. Nous devons être profitables, mais nous devons aussi redonner une partie de nos gains futurs. Dès le départ, nous avons décidé de toujours réinvestir une partie de nos futurs profits annuels dans notre éco-système. Cela peut être un emprunt à un taux préférentiel, une prise de participation dans une entreprise. Si nous marchons, vous marcherez aussi. Notre vision est celle de l’économie circulaire. Cette vision a solidifié l’équipe dès le départ.