Un faux-pas de la Fed comme principale menace pour la croissance US

Philippe G. Müller, UBS

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La croissance économique actuelle aux Etats-Unis sera bientôt la plus longue de l'histoire et l'on peut se demander quand elle prendra fin.


© Keystone

Dans leur Bull Market Monitor, les analystes de la Recherche d’UBS suivent une série d'indicateurs pour évaluer les perspectives cycliques de l'économie. Cet outil permet, premièrement, de voir dans quelle mesure l'économie est en surchauffe et donc vulnérable à un ralentissement, voire à une récession. Deuxièmement, il indique si les conditions monétaires ou de crédit sont encore souples ou si elles sont devenues restrictives et si cela résulte ou non d'un choix politique.

Les fondamentaux restent porteurs

Les récents chiffres de l'emploi aux Etats-Unis ont suscité une certaine incertitude quant à la poursuite de la croissance économique. En effet, en mai, les créations d'emplois sont, contre toute attente, tombées à seulement 75'000.

Néanmoins, il se peut que cela reflète une pénurie de main d'œuvre plutôt qu'un fléchissement de la demande. Les indicateurs de la demande de main d'œuvre, comme la composante emploi de l'indice ISM et les offres d'emplois, suggèrent que le marché du travail reste dynamique, ce qui est cohérent avec un cycle économique qui se trouve à un stade avancé.

La pénurie de main d'œuvre pourrait constituer un problème si elle se traduisait par un regain d'inflation, mais les augmentations de salaire restent modérées et les prix demeurent étonnamment stables.

L'indice des prix des dépenses de consommation personnelles (PCE) est tombé nettement en deçà des 2% visés par la Fed, même si certains baromètres de l'inflation tels que l'indice trimmed mean PCE calculé par la Fed de Dallas en restent proches. A noter que l'inflation atone a permis à la Fed de se montrer plus conciliante. Il est donc peu probable qu'un resserrement excessif de la politique monétaire mette un terme au cycle d'expansion.

Les droits de douane américains sur les voitures et les importations
en provenance du Mexique ont été évités pour le moment.

Un positionnement tactique sur un horizon de six à douze mois consisterait toujours à surpondérer les actions, en privilégiant toutefois certaines zones géographiques. Ainsi, la Recherche d’UBS surpondère depuis peu les actions américaines par rapport à celles de la zone euro.

Principaux risques pour l'économie et les marchés: les choix de politique monétaire

1. La politique commerciale des Etats-Unis

Le sommet du G20 à la fin du mois apparaît comme le prochain tournant dans le différend commercial opposant les Etats-Unis et la Chine. La probabilité d'un accord en marge du sommet du G20 semble très faible, mais les deux parties conviendront probablement de poursuivre les négociations.

Il est probable que les Etats-Unis n'instaureront pas rapidement de droits de douane sur les importations en provenance de Chine qui en sont encore exemptées. C'est ce que suggèrent les déclarations du secrétaire au Commerce américain, Wilbur Ross, la semaine dernière: les Etats-Unis et la Chine pourraient décider que «cela vaut le coup de reprendre» les pourparlers, mais le G20 ne servira pas de théâtre à la signature d'un accord final.

Cela dit, il subsiste un risque de rupture des pourparlers et que les Etats-Unis instaurent de nouveaux droits de douane, avec des répercussions négatives pour la croissance du PIB et l'investissement des entreprises.

L'incertitude liée aux droits de douane ne concerne pas uniquement la Chine: les droits de douane américains sur les voitures et les importations en provenance du Mexique ont été évités pour le moment. Néanmoins, cette menace pourrait resurgir en cours d'année si les pourparlers avec l'Union européenne et le Japon concernant le secteur automobile échouent et si la question de l'immigration revient à l'ordre du jour.

Certains devront admettre qu'ils se sont trompés: soit les participants
au marché obligataire, soit les participants au marché des actions.

Etant donné ces risques baissiers, les positions anticycliques et des couvertures sont également recommandés. Les analystes d’UBS disposent d'une option de vente sur l'indice S&P 500 et sont
exposés au yen, qui a tendance à tirer son épingle du jeu en période d'aversion au risque.

2. La politique de la Fed

La posture plus «patiente» de la Fed a atténué le risque d'une fin de cycle engendrée par un resserrement de la politique de la banque centrale. Mais, comme les marchés tablent désormais sur une baisse des taux directeurs de 100 points de base d'ici la fin 2020, la politique de la Fed comporte des risques pour les marchés obligataires et des actions.

Le meilleur scénario pour les marchés, du moins à court terme, serait que la Fed réponde aux attentes en procédant à une baisse de taux préventive, qui s'avérerait ensuite superflue, les statistiques économiques restant solides.

Mais au final, certains devront admettre qu'ils se sont trompés: soit les participants au marché obligataire (en anticipant à tort une baisse des taux substantielle et durable), soit les participants au marché des actions (en anticipant à tort un environnement économique relativement favorable).

Il est davantage probable que l'économie reste relativement robuste et que la Fed ne baisse pas ses taux dans les mois à venir. Les responsables prendront sans doute leur temps pour ajuster leur communication avant d'agir.

Pour parer au risque que la Fed se montre moins conciliante que ne le pensent les investisseurs à l'heure actuelle, les analystes d’UBS ont récemment mis en place une sous-pondération des bons du Trésor américain à deux ans par rapport aux liquidités.