Perspectives helvétiques - Macro Pulse d'Indosuez WM

Paul Wetterwald, Indosuez Wealth Management

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L’économie suisse devrait ralentir quelque peu au cours du second semestre de l’année en cours.

Avec des chiffres de +0,7% en variation trimestrielle, respectivement +3,2% en glissement annuel, la croissance du PIB a largement dépassé les attentes au deuxième trimestre 2018. Ce rythme de croissance élevé a fait suite à un premier trimestre encore plus fort, soit +1% en variation trimestrielle. Toutefois, l’économie suisse devrait ralentir quelque peu au cours du second semestre de l’année en cours. Les données relatives au troisième trimestre seront publiées le 29 novembre prochain. Le consensus Bloomberg correspond à une prévision de +0,4% pour le trimestre. Nos propres prévisions sont résumées dans le tableau ci-après. 

Prévisions d’Indosuez Wealth Management pour la Suisse
Source: Indosuez Wealth Management 

Concernant l’inflation, il faut noter que le force du franc suisse ainsi que l’effet de base lié à l’évolution récente des prix du pétrole tendra à freiner la hausse des prix à la consommation. De plus, il faut prendre en considération le changement structurel touchant l’économie suisse sous la forme du remplacement d’une partie importante des travailleurs immigrés par des travailleurs frontaliers. A la différence des premiers, les frontaliers augmentent l’offre de travail sans accroître sensiblement la demande domestique. Ainsi, les frontaliers tendent à réduire la croissance des prix et des salaires, encourageant indirectement la politique accommodante de la BNS. 

Nous remarquons également que les sorties de revenus du travail pèsent aux alentours de 3,5% du PIB, ce qui est élevé en comparaison internationale. Toutefois, ceci tend à être compensé par les revenus issus des investissements à l’étranger. Dans sa lutte contre la cherté du franc suisse, la BNS a constitué de larges réserves de change qui produisent des revenus augmentant le surplus de la balance courante, ce qui s’avère quelque peu contreproductif. Tout ceci contribue pour partie à expliquer pourquoi la prévision conditionnelle d’inflation de la BNS (c’est-à-dire la prévision en maintenant le taux d’intérêt Libor à 3 mois à -0,75%) n’atteint pas la limite supérieure de l’objectif, soit 2%, avant 2021.

Prévision d’inflation conditionnelle de septembre 2018
Variation en % de l’indice suisse des prix à la consommation par rapport à l’année précédente
Sources: BNS et OFS

Nous relèverons aussi que l’environnement international impacte la croissance helvétique à la fois via les changements de rythme d’activité des partenaires commerciaux de la Suisse et par le biais du taux de change du franc suisse. Un renforcement de 1% de ce dernier contre un panier de devises dont la pondération reflète l’importance de celles-ci dans les exportations suisses se traduit par une contribution cumulée négative à la croissance du PIB de 0.15% sur 3 trimestres1

En définitive, il n’y a aucune urgence à ce que la BNS devienne moins accommodante. Nous supposons que la banque centrale attendra le premier mouvement en matière de taux d’intérêt en provenance de la BCE avant d’agir elle-même. Ceci pourrait se produire vers la fin 2019. Par ailleurs, ainsi que précisé dans le communiqué de presse publié à l’issue de la réunion trimestrielle de politique monétaire de Septembre passé, «la BNS continue d’intervenir au besoin sur le marché des changes en tenant compte de la situation pour l’ensemble des monnaies.» 

Prévisions de taux d’intérêts de la BCE et de la BNS 

Alors que le niveau de dette totale rapporté au PIB de la Suisse est très proche de ceux de l’Italie et de la Chine, l’essentiel de celle-ci, soit 95%, est constituée de dette des ménages sécurisée par des actifs immobiliers. Le montant des prêts hypothécaires s’élève à 730 milliards de francs, alors que les actifs immobiliers qui y sont adossés totalisent 1’900 milliards de francs. En sus, il existe un impôt sur la valeur locative des immeubles des propriétaires de résidence principale. Ceci n’encourage pas lesdits propriétaires à amortir leurs prêts hypothécaires parce que, pour neutraliser en partie l’impôt sur la valeur locative, ils sont incités à conserver un montant d’intérêts hypothécaires le plus élevé possible du fait de leur déductibilité du revenu imposable. 

Tout ceci a conduit la banque centrale à mettre en place des mesures macro prudentielles. Ainsi que précisé par la BNS: «Tant les prêts hypothécaires que les prix des maisons individuelles et des appartements en propriété par étage ont continué d’afficher une hausse modérée au cours des derniers trimestres. Dans le segment des objets résidentiels de rendement, les prix se sont stabilisés, mais risquent de subir une correction du fait de leur forte progression au cours des dernières années et du nombre croissant de logements vacants. La Banque nationale observe toujours attentivement l’évolution sur les marchés hypothécaire et immobilier, et examine régulièrement s’il y a lieu d’adapter le volant anticyclique de fonds propres».