Modi à l’heure du jugement

Salima Barragan

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«Si Modi est réélu, les réformes économiques se poursuivront dans la bonne direction», estime Raheel Altaf chez Artemis.


© Keystone

L’élection de Narendra Modi et du Bharatiya Janata Party (BJP) à la tête de l’Union indienne en 2014 avait attisé de grands espoirs. Quatre ans plus tard, son mandat prend fin et de nouvelles élections législatives auront lieu du 11 avril au 19 mai. Quel bilan tirer de son mandat? Est-ce que les 850 millions d’indiens, qui se rendront aux urnes ce printemps, lui réitéreront leur confiance? Le commentaire de Raheel Altaf, co-gerant du fonds Artemis sur les marchés émergents.

INCERTITUDES POLITIQUES BEGNINES

Ce n’est pas seulement l’approche des élections législatives qui a rendu les investisseurs plus prudents sur le marché indien, suite à une embellie boursière portée par l’effet «Modi». Les hautes valorisations du début de l’année ont également refroidi les ardeurs de ces derniers. «Nous sommes sous-pondérés en Inde en grande partie à cause des riches valorisations que nous observons sur de nombreux secteurs» explique Raheel Altaf «les secteurs qui sont exposés à la consommation tels que ceux de l’automobile ou des biens de consommation courante se négocient à des valorisations élevées car les investisseurs semblent optimistes à l’égard des perspectives de croissance», poursuit-il. Les bourses indiennes, bien que positives depuis le début de l’année, ont eu des performances deux fois moins généreuses que leurs pairs émergents (4,64 pour le NIFTY 50 contre 8,41 pour le MSCI Emerging Market). Cependant, le marché recèle encore de belles opportunités pour l’investisseur attentif dans un univers où la volatilité est plus élevée. «Nous restons à l'affût des opportunités que la volatilité offre souvent, en particulier lorsque les ventes sont indiscriminées», souligne Raheel Altaf qui nuance toutefois que le marché indien n’a pas été particulièrement plus volatil que les autres marchés émergents malgré les incertitudes politiques. De même, la roupie indienne n’a pas fait les frais des élections à venir. Elle s’est même renforcée face au dollar et à bon nombre d’autres devises émergentes depuis le début de l’année. Sa bonne tenue est due à la croissance encore robuste de son économie, une inflation contenue et la politique toujours conciliante de la Réserve Fédérale.

Si Modi est réélu, nous devrions nous attendre à ce que
les réformes économiques se poursuivent dans la bonne direction.
VERS UN DEUXIEME MANDAT?

La fastidieuse réforme fiscale sur la privatisation des entreprises, promise par Modi, n’a pas été couronnée de succès. Cependant, «l'Administration Modi a remanié le code de l'insolvabilité et de la faillite, ce qui a aidé les banques à recouvrer des créances douteuses. Les effets positifs de l’introduction de la taxe sur les produits et services commencent également à apparaître lentement», souligne Raheel Altaf.

De nombreuses réformes structurelles attendent encore ce grand pays et Modi, décidé à reprendre le défi, tentera de remporter un second mandat lors des prochaines élections. Malgré un bilan mitigé, il reste pour l’instant le grand favori. Son éventuelle réélection sera favorable pour les bourses indiennes. «Si Modi est réélu, nous devrions nous attendre à ce que les réformes économiques se poursuivent dans la bonne direction, mais leur progrès seront lents», explique Raheel Altaf. Selon le gérant, il semble difficile de pronostiquer les éventuels secteurs gagnants: «Les performances des secteurs après les élections seront sujettes aux fluctuations à court terme du sentiment chez les investisseurs». La volatilité, elle, est attendue…

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