Le point sur la correction

Philippe G. Müller, UBS

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Les investisseurs devraient profiter de la correction pour rééquilibrer leur allocation d'actifs.


© Keystone

Le président des Etats-Unis Donald Trump a vivement critiqué la Fed, qu'il tient pour responsable de la chute des marchés des actions de la semaine dernière. Il a estimé que la banque centrale était «devenue folle» et que le relèvement de ses taux directeurs allait trop vite et trop loin. Au cours de la semaine, les indices S&P 500, Nasdaq et MSCI All Country World ont chuté respectivement de 4,1%, 3,7% et 4,1%.

La hausse des taux d'intérêt n'est qu'une raison parmi d'autres de la correction, mais il est trop tôt pour suggérer la fin du marché haussier pour plusieurs raisons.

La hausse des taux a rendu les actions relativement moins attrayantes

Le rendement des bons du Trésor américain à dix ans a grimpé à 3,25%. Néanmoins, à l'instar de la correction des actions intervenue en février, le repli du marché des actions de la semaine dernière s'est interrompu et a en partie enrayé la hausse des rendements obligataires qui en était à l'origine.

L'inflation plus faible que prévu devrait éloigner
le spectre d'une surchauffe de l'économie américaine.

Malgré la hausse du rendement des bons du Trésor américain ces derniers mois, il est probable qu'ils peuvent rester un outil de stabilisation du portefeuille lorsque la volatilité s'empare des marchés des actions. Par ailleurs, l'inflation plus faible que prévu devrait éloigner le spectre d'une surchauffe de l'économie américaine.

Le différend commercial entre les Etats-Unis et la Chine a également contribué à la correction

Les actions américaines ont mieux résisté que d'autres à l'accentuation des tensions commerciales. Quelques entreprises exposées à la Chine ont fait état d'une demande atone par endroits. De plus, certaines sociétés ont prévenu que la dernière salve de droits de douane aux Etats-Unis et en Chine aurait un impact sur leurs opérations.

Cela dit, alors que la saison de publication des bénéfices du troisième trimestre va débuter, on s’attend toujours à ce que les entreprises américaines indiquent que les perspectives de croissance des bénéfices restent favorables – UBS prévoit une croissance des bénéfices de 23 à 24% pour le S&P 500.

La Chine aurait vendu des bons du Trésor américain

Les données de l’agence fédérale américaine régulant des bourses des matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), relatives au positionnement des investisseurs sur le marché des bons du Trésor suggèrent que la Chine aurait vendu des bons du Trésor américain avant de savoir si l'administration Trump l'accuserait formellement de manipuler sa monnaie. Il est possible que cela ait contribué à une plus grande volatilité des taux et, par ricochet, des actions en incitant des comptes de négoce automatisé à réduire leur exposition aux actions.

Une pression technique vendeuse peut souvent créer
des opportunités pour les investisseurs à long terme.

Toutefois, les données de la CFTC sont bruitées et, de ce fait, non concluantes. Il est en effet peu probable que la Chine se mette à vendre activement des bons du Trésor pour faire pression sur l'administration américaine étant donné les effets secondaires que cela pourrait avoir sur sa monnaie et sur les rendements obligataires au plan national, et ce alors qu'elle s'efforce de stimuler sa relance économique.

Il semble que les ventes forcées aient amplifié la correction

La correction de jeudi dernier, en l'absence de facteur déclencheur clairement identifié, suggère une vente forcée de la part des fonds visant des niveaux de risque de portefeuille spécifiques, ce qui n'est pas sans rappeler les fluctuations des marchés en février.

Même si les flux de collecte à court terme des fonds sont très difficiles à prévoir, une pression technique vendeuse peut souvent créer des opportunités pour les investisseurs à long terme guidés par les fondamentaux.

Les investisseurs devraient profiter de la correction pour rééquilibrer leur allocation d'actifs

Dans un environnement caractérisé par une volatilité accrue, on ne peut exclure une baisse plus marquée. Il est vraisemblable que les périodes d'accentuation de la volatilité et de repli des marchés seront probablement plus fréquentes à mesure que le cycle conjoncturel parviendra à maturité et la correction actuelle n'est peut-être pas encore achevée.

Néanmoins, il convient de remettre la baisse des marchés en perspective: cette année, l'indice S&P 500 a progressé de 5% alors que les bénéfices ont augmenté d'environ 20%. Les valorisations se sont améliorées. Le ratio cours / bénéfices (PER) prospectif du S&P 500, basé sur la prévision de bénéfices 2019, est désormais de 16,25, en repli d'un point depuis le début de la correction. Il est à peine supérieur à la moyenne à long terme de 16,0 pour le PER à douze mois.

L'ampleur de la correction semble donc injustifiée au regard des fondamentaux. UBS surpondère toujours les actions mondiales et recommande aux investisseurs de profiter de la correction pour rééquilibrer leur allocation d'actifs.

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