Le bêta ne suffit plus

Salima Barragan

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Pour Silex, le rendement espéré des actions et des obligations sera faible sans gestion active.


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En l’espace de neufs mois, les marchés boursiers ont de loin battu leur rendement annuel moyen grâce à l’activisme monétaire des banques centrales. Mais «les marchés, tels des dragons, ne sont jamais rassasiés», déclare Maxime Alimi, responsable de la Macro de l’allocation des actifs chez Silex. La fin d’année s’annonce donc plus compliquée.

Lors de cette phase haussière, une simple exposition au bêta du marché a suffi à générer un rendement confortable. Mais lorsque le vent tournera, les stratégies bêta ne suffiront plus malgré des «puts» de politique monétaire inédits. «Les politiques monétaires limitent les baisses mais plafonnent également les hausses», explique le stratégiste. Bien que la société de gestion genevoise ne voie aucune récession se profiler à l’horizon, les rendements espérés des actions et des obligations sont très faibles, voire négatifs. «Dans un scénario de récession, les rendements espérés plongeraient à moins 20%», précise Maxime Alimi qui est prudent à la fois sur les actions et les obligations.

L’exposition passive sur le marché obligataire
entraînera de mauvaises performances.

Si le bêta ne suffit plus, les rendements seront générés par l’alpha du gérant grâce à une allocation tactique judicieuse et un processus d’investissement rigoureux. «Il faut être flexible et chercher l’alpha à l’intérieur des classes d’actifs, potentiellement réduire le bêta des portefeuilles avec des puts», estime Maxime Alimi.

Éliminer LE RISQUE DE DURATION

Dans ce contexte d’activisme monétaire combiné à une détérioration des fondamentaux, comment trouver de la valeur dans un monde de taux négatifs, alors que tous les actifs obligataires peu risqués ont des rendements nuls voire au-dessous de zéro? «L’exposition passive sur le marché obligataire entraînera également de mauvaises performances car le crédit est hétérogène. Il faudra donc chercher activement les opportunités», prévient Phillip Kellerhals, responsable du Fixed Income chez Silex.

Un fait inhabituel en Europe, de nouvelles émissions d’entreprises comme celle de Dassault sont assorties de taux négatifs. «Le marché se japonise. La dispersion entre les valeurs cycliques et défensives a augmenté et le ralentissement économique a provoqué des accidents sur certains noms trop endettés comme Thomas Cook», explique Phillip Kellerhals qui préconise une plus grande prudence dans la sélection des secteurs au sein d’un marché où les risques sont pauvrement rémunérés.

Les obligations de qualité offrent des espérances de rendement
peu attractives, contrairement au segment du high yield.

Selon le processus quantamental de Silex, les obligations de qualité offrent des espérances de rendement peu attractives, contrairement au segment du high yield, sur lequel la société de gestion voit davantage d’opportunités. Il convient néanmoins de rester à l’écart des émetteurs pour lesquels le bas niveau des intérêts a conduit à des excès d’endettement: «Les niveaux de spreads sont plus attractifs, mais il est intéressant de couvrir le risque de duration dans les portefeuilles à cause des valorisations inédites et de la volatilité», souligne Phillip Kellerhals. «Nous recherchons de l’alpha chez les émetteurs, les secteurs, certaines portions de courbe dans certaines devises», poursuit-il.

DETTE Subordonnée Financière

Silex favorise le segment de la dette subordonnée financière européenne: «Dans l’absolu, leurs valorisations sont attractives avec un yield entre 4-6% pour de faibles risques de défaut et dans le relatif, elles sont plus intéressantes que celles du segment BB», souligne le spécialiste. En 2013, les banques avaient émis une quantité d’obligations Coco’s (dette contingente convertible), mais aujourd’hui ces titres se raréfient, ce dont les gérants obligataires se réjouissent: «Nous trouvons de l’alpha à l’intérieur de la poche dont les titres émis avant la crise. Aussi, certains papiers seront rachetés par leur émetteur avec des primes de 15 à 20 points».