La Suisse se repose trop sur ses lauriers

Marie Owens Thomsen, Indosuez Wealth Management

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Au classement «Doing Business», la Suisse chute au 38e rang. Un recul de 17 rangs en dix ans. Alors que la Suède, par exemple, grimpe à la 12e place.


©Keystone

Sur bien des plans, la Suisse est un pays enviable. Pourtant, au classement de la Banque mondiale «Doing Business», ou «faire des affaires», le pays a vu son rang se dégrader depuis 10 ans. Dans le classement, la Suisse est en 38e  position. Elle est donc relativement loin derrière les 10 premiers pays qui sont, dans l’ordre, la Nouvelle Zélande, Singapour, le Danemark, Hong Kong, la Corée du Sud, la Géorgie, la Norvège, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, et la Macédoine. 

Il peut déjà sembler étonnant de voir la Géorgie et la Macédoine dans ce groupe de «stars» de l’environnement pro-business. Il semble tout aussi étonnant de trouver les Emirats Arabes Unis en 11e place. Dans le Doing Business 2009, les Emirats se classaient seulement 46e, réalisant donc une amélioration de 35 rangs en 10 ans. L’analyse de la Banque mondiale ne prend pas en compte la qualité de la démocratie, la liberté de l’expression, ou les droits civiques, mais la transformation remarquable que les Emirats ont su réaliser en dehors de ces domaines. Une performance encore plus remarquable est celle du Rwanda, qui passe de la 139e  position à la 29e en 2019, une amélioration de 110 rangs en 10 ans! La Suisse, par contre, était 21e dans la version 2009, 15e en 2008, un recul de 23 rangs en 11 ans. 

Le message délivré par des variations de cet ordre de grandeur
devrait interpeller nos dirigeants, peu importe la méthodologie.

Les classements de ce type se discutent, bien sûr. Mais le message délivré par des variations de cet ordre de grandeur devrait interpeller nos dirigeants, peu importe la méthodologie. Cette année, la Suisse se classe non seulement en dessous des pays mentionnés, mais également derrière l’Allemagne en 24e place, ainsi que l’Espagne, la Russie, et la France, 30e, 31e et 32e respectivement. Il y a une satisfaction, peut-être, que le pays soit mieux classé que l’Italie en 51e place, mais il est déconcertant que seul 8 rangs le séparent de la Chine (46e), tandis que la distance avec l’Allemagne est de 14 rangs. 

Concernant les dix catégories comprises dans l’indice Doing Business (chacun avec des variables multiples), la Suisse se classe 11e pour l’offre d’électricité, 16e pour les procédures liées à l’immobilier, et 20e concernant la gestion des impôts. Par contre, le pays est seulement à la 77e place en ce qui concerne les procédures nécessaires pour créer une entreprise, 69e pour les permis de construction, 73e concernant l’obtention des crédits, et 110e au niveau de la protection des investisseurs minoritaires, pour ne nommer que les pires catégories. 

Que des pays en manque de moyens n’évoluent que peu semble triste mais compréhensible. Qu’un pays comme la Suisse «se laisse aller» ne l’est par contre pas du tout. Regardons par exemple la Suède. Le pays se classait 17e en 2009, et 12e en 2019. Pourquoi la Suisse n’est-elle pas capable d’une performance similaire? La Suède a un surplus de budget similaire à celui de la Suisse, la dette du gouvernement suédois s’élève à 38% du PIB en 2018 (prévu) en comparaison avec 40% en Suisse. Pas d’excuses, parait-il, pour la sous-performance suisse.

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