Présence asiatique renforcée

Yves Hulmann

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Michael Ploog, directeur financier de Swissquote, détaille la stratégie du groupe. Vers une clientèle encore plus sophistiquée.

Le courtier en ligne Swissquote a publié vendredi des chiffres record au titre de l’exercice 2018 mais se montre un peu plus prudent pour l’exercice en cours. Le résultat avant impôts s'est établi à 53,8 millions de francs (+17,4%), tandis que le bénéfice net a augmenté de 13,8% à 44,6 millions. Un exercice marqué aussi par de nouvelles initiatives lancées dans le domaine des crypto-monnaies et crypto-actifs. Mais aussi des bourses asiatiques. Entretien avec Michael Ploog, actuel directeur financier (CFO), qui cédera bientôt son poste pour occuper la fonction de chief investment officer (CIO) chez Swissquote.

Swissquote anticipe une croissance de son chiffre d’affaires d’environ 5 à 10% en 2019 mais un recul de son bénéfice avant impôts de quelque 10 millions de francs. Cela signifie-t-il que vous anticipez un recul de la marge sur les actifs des clients – située à 90 points de base (0,9%) actuellement?

Non, avec notre portefeuille d’activités actuel, Swissquote devrait parvenir à maintenir une marge sur les actifs des clients située aux alentours de 0,9%. Certes, cette marge est plus basse en comparaison du niveau affiché jusqu’en 2015. Mais cela s’explique avant tout par le fait que nous avons développé depuis 2016 une offre pour une clientèle plus institutionnelle, dont PostFinance, avec laquelle nous partageons une partie du chiffre d’affaires réalisé. Cela explique que cette marge soit passée de plus de 1% jusqu’en 2015 à 0,9% en 2017 et 2018. Celle-ci tient compte du reste aussi de l’impact des taux négatifs sur nos activités. Compte tenu de la diversification de notre portefeuille d’activités et d’une présence toujours plus internationale, nous devrions parvenir à maintenir cette marge à un niveau compris entre 0,85% et 1%, avec une cible d’environ 0,9%. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que cette marge se rapporte à une masse d’actifs sous gestion qui va constamment augmenter ces prochaines années – passant de 23,8 milliards de francs à fin 2018 à 36 milliards attendus en 2022.

«La technologie blockchain a un avenir
et il faut rester à la pointe dans ce domaine.»
Au cours des trois dernières années, Swissquote a beaucoup investi dans son offre de solutions en rapport avec les crypto-monnaies et les crypto-actifs. Cette expansion a-t-elle été déjà rentable pour votre groupe - ou est-ce avant tout un investissement pour l’avenir?

La frénésie qui régnait dans le domaine des crypto-monnaies entre fin 2017 et début 2018 nous a déjà permis de rentabiliser cette expansion – même plus vite que ce que nous attendions avec le plan initial. Ensuite, nous avons assisté, depuis le milieu de l’an dernier, à une sorte de contrecoup à cette évolution. Malgré tout, nous pensons que la technologie blockchain a un avenir et qu’il faut rester à la pointe dans ce domaine.

A partir du 21 mars, il sera possible de transférer des crypto-monnaies depuis un portefeuille externe vers un compte Swissquote. Qu’attendez-vous de ce nouveau service?

Cette nouvelle offre proposée aux clients de Swissquote répond à un réel besoin. A savoir celui de pouvoir déposer des crypto-monnaies dans un endroit sécurisé et où l’on puisse être certain de pouvoir les récupérer. L’histoire, qui a fait grand bruit récemment, de cette personne décédée qui était la seule à connaître les mots de passe permettant d’accéder à un panier de crypto-monnaies a rappelé à quel point il est essentiel d’avoir un système sécurisé sur ce plan.

Qu’est-ce que cela implique en termes de vérification de l’origine des fonds?

Comme pour n’importe quel client, une personne qui veut transférer des crypto-monnaies chez nous doit d’abord ouvrir un compte chez Swissquote. Elle devra ainsi passer au travers du même processus que n’importe quel autre client. En plus de cela, quelques précautions supplémentaires sont appliquées dans le cas des crypto-monnaies.

«Je pense que l’on se situe encore seulement au début
de l’évolution des levées de fonds par ICO.»
L’automne dernier, Swissquote a permis pour la première fois à ses clients de participer directement à une ICO («initial coin offering») pour financer le développement de LakeDiamond. Quel développement attendez-vous sur ce plan?

Au sujet du trend en matière d’ICO, je pense qu’il faut distinguer entre les levées de fonds effectuées via des jetons de paiement («utility token») et ceux qui permettent de prendre une forme de participation dans l’entreprise («asset token»). Dans le premier cas, les jetons de paiement sont avant tout utilisés pour faire du financement participatif. Dans ce cas, les gens achètent des micro-participations sur la base de motivation qui ne sont pas uniquement financières. L’aspect qui prime est de participer à un projet ou de le soutenir.

Dans le second cas, un «asset token» se rapproche, lui, d’un bon de jouissance ou d’un bon de participation (STO) – sans donner autant de droit à son détenteur qu’avec une action. Il s’agit ici d’instruments plus adaptés au financement d’entreprises. Dès lors, je pense que l’on se situe encore seulement au début de cette évolution. Depuis octobre 2018, nous avons été contactés par une soixantaine d’entreprises qui souhaitaient lever des fonds par ce biais et nous accompagnons actuellement une vingtaine de projets, notamment dans la première phase de recherche de financements privés en vue d’une STO à venir.

S’agit-il avant tout de start-up ou y a-t-il aussi des sociétés plus établies?

Au début, ce sont surtout des start-up qui se sont intéressées à cette forme de financement. Mais aussi celles que l’on appelle des «scale up», soit des sociétés qui ont parfois déjà des produits sur le marché mais qui cherchent à démultiplier leur modèle d’affaires.

«Les clients du Moyen-Orient s’intéressent davantage aux métaux précieux.
Les Asiatiques sont plus actifs dans les devises qu’en Europe.»
Swissquote va prochainement intégrer dans son offre 14 places boursières asiatiques pour le négoce en temps réel. Cette nouvelle offre s’adresse-t-elle avant tout aux clients résidant déjà dans cette région ou aussi à la clientèle européenne?

L’ensemble de nos clients vont bénéficier de cette offre. Maintenant, il est sûr que les habitudes des clients ne changent pas du jour au lendemain. On constate des préférences culturelles selon les régions qui ne changent que lentement. Par exemple, les clients du Moyen-Orient s’intéressent davantage au négoce de métaux précieux que dans d’autres régions. Les Asiatiques, eux, sont plus actifs dans les devises qu’en Europe. Notre offre s’adresse aussi à une clientèle professionnelle. En étendant ainsi notre offre de service, nous allons certainement parvenir à obtenir de nouveaux clients sophistiqués, tels que des family offices par exemple.

Après avoir été directeur financier de Swissquote pendant deux décennies, vous allez bientôt prendre la fonction de chief investment officer. De quoi allez-vous vous occuper au juste?

D’abord, je tiens à souligner que cela a été un grand honneur pour moi d’avoir pu être CFO de Swissquote pendant vingt ans. Dans ma future fonction, je vais travailler plus à fond sur la structure du bilan de la banque et sur la présentation de ses différents produits. Mais, tout d’abord, je dois m’occuper d’assurer la transition avec mon successeur.