La consommation mondiale d’électricité connaît une accélération sans précédent. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande devrait croître en moyenne de 4% par an d’ici 2030 contre 2,5% -3% ces dix dernières années. Cette augmentation correspond à ajouter la capacité électrique du Japon chaque année.
L’explosion de la demande est principalement tirée par deux tendances lourdes: la multiplication des centres de données dédiés à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle et la généralisation des véhicules électriques. Aux Etats-Unis, les centres de données pourraient représenter entre 6 et 12% de la consommation d’électricité dès 2028, contre 4,4% en 2023.
La question n’est donc plus de savoir si la demande va croître, mais si les opérateurs de réseaux électriques sauront suivre ce rythme, et quelles entreprises fourniront le matériel, les logiciels et les sources d’énergie indispensables à la construction des réseaux nouvelle génération.
Une croissance régionale inégale
La dynamique n’est pas homogène. L’AIE estime que l’Asie, portée par la Chine et l’Inde, représentera 85% de la hausse de la demande en 2027, alors qu’elle consomme déjà plus de la moitié de l’électricité mondiale. En Chine, la demande a augmenté de 6,8% en 2024, dopée par la reprise de la production dans les secteurs à forte intensité énergétique tels que l’acier, la chimie, les métaux, mais aussi par l’expansion rapide du cloud computing, des projets d’infrastructures numériques et l’essor des véhicules électriques. Elle devrait ensuite se stabiliser autour de 5% par an.
Après plus d’une décennie de stagnation autour de 4'000 TWh, la consommation d’électricité repart à la hausse aux Etats-Unis et pourrait frôler les 4'500 TWh par an d’ici 2030.
Des réseaux sous tension
Mais les réseaux électriques actuels ne sont pas conçus pour absorber une telle croissance. Deux contraintes majeures apparaissent. D’une part, les délais d’interconnexion pour les projets d’énergie solaire, éolienne et de stockage sont extrêmement longs - trois à quatre ans, ce qui freine l’offre et renchérit les coûts. D’autre part, les infrastructures vieillissantes peinent à supporter les nouveaux pics de consommation, liés à la recharge des véhicules électriques en soirée, au fonctionnement continu des centres de données, et à la variabilité des énergies renouvelables. Une panne majeure survenue en Espagne et au Portugal en avril 2025 a illustré cette fragilité, déclenchant des investissements records.
Une opportunité d’investissement dans la modernisation des réseaux
Satisfaire cette demande exponentielle impose une réponse complexe mais génératrice d’opportunités.
- Les renouvelables restent la base, avec un record de 700 GW d’éolien et solaire installés dans le monde en 2024, dont deux tiers en Asie. Mais les énergies renouvelables seules ne suffiront pas. Leur intermittence incite les opérateurs à investir massivement dans le stockage, dominé par Tesla, LG Chem et Samsung SDI.
- Une renaissance nucléaire est en marche: une vingtaine de pays se sont engagés à tripler leur capacité d’ici 2050. Des acteurs comme EDF, Constellation Energy, Rolls-Royce SMR et NuScale attirent de nouveaux capitaux.
- Le gaz naturel reste un pilier de la transition. Même NextEra, spécialiste des renouvelables aux Etats-Unis -Unis, souligne la nécessité d’ajouter des turbines à gaz supplémentaires pour éviter des pénuries.
- En Europe, les «autoroutes électriques» à courant continu haute tension (HVDC) avancent, portées par ABB, Siemens Energy et Prysmian.
- Côté demande, les ressources distribuées — panneaux solaires résidentiels, batteries domestiques, thermostats intelligents — sont de plus en plus agrégées en centrales électriques virtuelles, allégeant la pression sur les réseaux et transformant les consommateurs en producteurs de capacité.
Des vents politiques porteurs mais des risques réglementaires à surveiller
La politique publique reste un moteur essentiel mais comporte des risques. En Europe, les règles sont claires. Bruxelles estime à 584 milliards d’euros les investissements nécessaires dans les réseaux d’ici 2030. Aux Etats-Unis, le paysage est beaucoup plus incertain: la «One Big Beautiful Bill» adoptée par la Chambre en mai 2025 pourrait supprimer jusqu’à 440 milliards d’euros de crédits d’impôt pour l’énergie propre et interdire les équipements étrangers. La Chine impose des exigences de localisation et réduit certaines subventions, complexifiant l’accès au marché.
Malgré ces vents contraires, les flux de capitaux sont à des niveaux records. Les investisseurs scrutent le dynamisme des carnets de commandes, l’accès aux matières premières comme le cuivre, l’aluminium et le lithium, ainsi que la diversification géographique pour atténuer les risques politiques.
Une transformation majeure en marche
L’explosion de la demande électrique et la transition vers la décarbonation ouvrent une nouvelle ère: celle d’une modernisation massive des réseaux sur plusieurs décennies. Elle devient prioritaire pour les politiques publiques, comme l’illustrent le Speed to Power et le GRID Power Act aux Etats-Unis.
Cette transformation crée d’immenses opportunités pour les investisseurs dans les infrastructures, les énergies pilotables (ex: nucléaire, gaz, géothermie), les renouvelables et le stockage.