Plan de relance et de reconstruction de l’Ukraine: ciment, grues et capitaux

Andrew Ye, Global X ETFs

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Bien que l’évolution du conflit reste incertaine, les récents développements diplomatiques laissent entrevoir la possibilité d’une résolution.

 

Quelle est l’ampleur des travaux de reconstruction nécessaires?

Les chances de négociations de paix entre l’Ukraine et la Russie semblent avoir augmenté après que le président Donald Trump s’est entretenu en août avec le président russe Vladimir Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelensky1,2. Il semble que les investisseurs se tournent désormais vers la reconstruction de l’Ukraine et les opportunités d’investissement qu’elle représente3.

Le quatrième rapport d’évaluation rapide des dommages infligés à l’Ukraine et des besoins de ce pays (RDNA4), commandé par le gouvernement ukrainien, le Groupe de la Banque mondiale, la Commission européenne et les Nations unies, estime les dommages directs en Ukraine à 176 milliards de dollars à fin décembre 2024, contre 152 milliards de dollars un an plus tôt4. Les coûts totaux de la reconstruction et du redressement de l’Ukraine au cours de la prochaine décennie sont estimés à 524 milliards de dollars, sur la base des dommages subis de février 2022 à décembre 20245. C’est 38 milliards de dollars de plus que ne le préconisait le rapport RDNA36, ce qui reflète une augmentation des besoins. Étant donné que le conflit se poursuit, les dégâts directs et le coût total de la reconstruction et du redressement pourraient continuer d’augmenter.

 

Le rapport RDNA4 met en évidence neuf domaines prioritaires répartis dans trois catégories: (1) le secteur social, (2) la reconstruction des infrastructures et (3) le déminage et la protection civile7. La catégorie secteur social met l’accent sur la reconstruction et la réhabilitation dans les domaines du logement, de l’éducation et de la science, de la santé, de la protection sociale et des moyens de subsistance. Cela vient s’ajouter aux besoins de développement des services publics mis en avant dans la catégorie reconstruction des infrastructures: l’énergie et l’industrie minière, les transports, l’approvisionnement en eau et l’assainissement8. Les infrastructures couvrent sept des neuf domaines prioritaires et sont essentielles au développement à long terme de l’Ukraine.


 

Reconstruire en mieux: Une approche axée sur le développement des infrastructures à long terme

Le gouvernement ukrainien considère la reconstruction comme une «opportunité de transformation», et pas seulement comme une restauration9. Une stratégie de «reconstruction en mieux» privilégie la résilience et la durabilité10, créant ainsi des opportunités à long terme pour les entreprises dans les domaines des infrastructures et de l’énergie.

Les efforts de reconstruction sont déjà en cours, et les besoins de financement identifiés par le rapport RDNA4 s’élèvent à 17,32 milliards de dollars en 2025. Cependant, le financement garanti n’a pas suffi, le gouvernement ukrainien et les donateurs n’ayant pu allouer que 7,37 milliards de dollars. Les capitaux privés devraient jouer un rôle important pour combler ce déficit puisque les bailleurs de fonds multilatéraux (l’IFC, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et la Commission européenne) ont lancé des initiatives pour débloquer des financements privés. Les capitaux privés pourraient couvrir un tiers de l’ensemble des besoins, à condition que les réformes permettent une participation plus étendue.

Quels secteurs pourraient en bénéficier?

Les revenus actuels des entreprises provenant d’Ukraine ne constituent pas un indicateur fiable de leurs revenus futurs dans ce pays. Pour autant, compte tenu du conflit en cours, l’examen des entreprises actives en Europe centrale et orientale, ou de celles qui ont mené des projets en Ukraine par le passé ou y ont conclu des accords récemment, peut donner un aperçu des bénéficiaires potentiels de sa reconstruction.

Construction & infrastructures

Les entreprises européennes spécialisées dans le développement des infrastructures pourraient être bien placées pour tirer parti de la reconstruction de l’Ukraine, car nombre d’entre elles sont bien implantées en Europe centrale et orientale ou ont déjà mené à bien des projets en Ukraine. Par exemple, Ferrovial, via son unité Budimex, est un acteur majeur du marché polonais, qui représente 25% de son carnet de commandes. Pour illustrer sa présence en Pologne et son expertise dans le domaine de la construction ferroviaire, la société Ferrovial Budimex a été choisie par PKP PLK, l’opérateur des chemins de fer polonais, pour moderniser deux tronçons de la ligne 7, reliant Varsovie et Dorohusk à la frontière ukrainienne.

Elle a également réalisé de nombreux autres projets ferroviaires en Pologne, notamment la construction du métro de Gdańsk, la modernisation du tramway de Cracovie et la modernisation de la gare de Wrocław. C’est d’autant plus pertinent que la Pologne est depuis longtemps considérée comme une plaque tournante en vue de la reconstruction de l’Ukraine, étant donné qu’elle partage une frontière commune importante avec ce pays et qu’elle est un soutien de longue date. Le rôle de Vinci dans la construction de l’arche de confinement de Tchernobyl, d’une valeur de 1,5 milliard d’euros, et ses 417 millions d’euros dans les contrats d’infrastructures de transport en République tchèque, mettent en évidence la forte exposition de l’entreprise à l’Europe centrale et orientale. Elle a également généré plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires rien qu’en République tchèque en 2023. Les précédents projets d’Acciona dans le domaine des énergies renouvelables en Ukraine (l’entreprise a achevé en 2019 la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 57 MW près de Kiev, pour un montant de 55 millions d’euros) soulignent également son engagement de longue date. Les grands donneurs d’ordre européens possèdent une solide expérience de la construction et de la gestion de projets à l’échelle mondiale et pourraient remporter des contrats pour la reconstruction de ponts, de routes et de centrales électriques.

Défense & ingénierie

Les entreprises de défense et d’ingénierie sont également directement exposées au marché ukrainien. Thales a signé des accords pour la création de coentreprises et assurer la maintenance des systèmes radar, de communication et de guerre électronique de l’Ukraine. Le groupe Leonardo fournit cinq systèmes radar pour reconstruire le réseau ukrainien de contrôle du trafic aérien, afin de restaurer et d’améliorer l’infrastructure de navigation aérienne civile de l’Ukraine. Palantir s’est associée au ministère ukrainien de l’économie pour soutenir l’objectif du gouvernement de rendre 80% des terres potentiellement contaminées productives d’ici dix ans. Ces initiatives s’inscrivent dans la priorité «Déminage et protection civile» du rapport RDNA4, ce qui pourrait permettre à ces entreprises de se positionner à la fois dans le domaine de la reconstruction et dans celui de la défense.

Matériaux & équipements

Les fournisseurs de matériaux en vrac, d’acier et d’équipements lourds sont les autres grands bénéficiaires potentiels en raison de leur taille. La reconstruction nécessitera probablement des millions de tonnes de granulats, de ciment et d’acier, ainsi qu’un accès permanent aux grues, aux engins de terrassement et à d’autres équipements. Les fournisseurs de matériaux de construction, comme le géant des matériaux CRH, qui a récemment racheté les activités cimentières ukrainiennes de Buzzi, ainsi que les entreprises de produits et d’équipements, pourraient être bien placées pour tirer parti du contexte actuel.

Transition énergétique

Au-delà de la phase initiale de reconstruction, l’approche consistant à «reconstruire en mieux» pourrait également avoir des répercussions importantes sur les infrastructures énergétiques de l’Ukraine. Le secteur de l’énergie a été l’un des plus durement touchés pendant le conflit, puisque l’on estime les dommages subis à 20,51 milliards de dollars au 31 décembre 2024, soit plus du double en l’espace d’un an. Dans le cadre du mécanisme d’aide à l’Ukraine soutenu par l’UE, le pays s’aligne sur la politique énergétique de l’UE, en mettant l’accent sur la sécurité énergétique, les énergies renouvelables et la décarbonation. À titre d’exemple, Vestas Wind Systems a reçu deux commandes pour la fourniture d’éoliennes au plus grand projet éolien d’Ukraine. Malgré les préoccupations énergétiques plus immédiates, si la reconstruction à long terme de l’Ukraine met l’accent sur les énergies propres, comme le suggèrent les responsables politiques, cela pourrait profiter non seulement aux entreprises de construction et d’ingénierie, mais aussi aux opérateurs d’énergie propre.

Conclusion

Bien que l’évolution du conflit reste incertaine, les récents développements diplomatiques laissent entrevoir la possibilité d’une résolution. Avec des besoins de reconstruction de 524 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, une stratégie de «reconstruction en mieux» et un large soutien multilatéral, la reconstruction de l’Ukraine pourrait offrir d’excellentes opportunités d’investissement. Dans les secteurs de la construction et de l’ingénierie, de la défense et de l’ingénierie, des matériaux, produits et équipements de construction et des énergies propres, les entreprises actives en Europe centrale et orientale, ou celles qui ont mené des projets en Ukraine par le passé ou y ont conclu des accords récemment pourraient être bien placées pour bénéficier de sa reconstruction.

 

 

1AP, Donald Trump quitte Anchorage les mains vides. À l’issue du sommet de l’Alaska avec Vladimir Poutine, il a échoué à conclure un accord pour mettre fin à la guerre en Ukraine. 16 août 2025.
2AP, Points à retenir de la rencontre de Donald Trump avec Volodymyr Zelensky et les représentants européens : éloges, discours sur la sécurité, plus de réunions. 19 août 2025.
3AP, Donald Trump commence à planifier la rencontre entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky tout en affirmant l’aide américaine en termes de garanties de sécurité. 19 août 2025. 
4The Telegraph, Les hedge funds investissent massivement en Ukraine, profitant des espoirs de paix de Donald Trump. 20 août 2025.
5Banque mondiale, gouvernement ukrainien, Union européenne, Nations Unies, Ukraine Fourth Rapid Damage and Needs Assessment. Février 2025.
6Ibid.
7Ibid.
8Ibid.
9Banque mondiale, gouvernement ukrainien, Union européenne, Nations Unies, Third Ukraine Rapid Damage and Needs Assessment. Février 2024.
10Banque mondiale, gouvernement ukrainien, Union européenne, Nations Unies, Ukraine Fourth Rapid Damage and Needs Assessment. Février 2025.