Défense: un thème déjà valorisé… ou encore sous-estimé?

Roberto Magnatantini, DECALIA

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La mécanique s’est enfin mise en marche, mais il faudra des années avant que notre degré de préparation soit suffisant à garantir la paix pour les générations futures.

 

L’argument le plus fréquemment avancé pour justifier une absence d’exposition au secteur de la défense tient en une phrase: «il est trop tard». Les marchés auraient déjà intégré la hausse des budgets militaires et le potentiel d’appréciation serait donc désormais limité.

Cette lecture repose sur l’hypothèse d’un cycle court. Or, pour paraphraser Churchill, ce que nous vivons actuellement n’est ni la fin, ni même le début de la fin du cycle... mais probablement juste la fin de son début.

Les investisseurs, tout comme les gouvernements occidentaux, ont enfin commencé à accepter l’idée que l’environnement géopolitique a durablement changé. Mais la menace reste encore amplement sous-estimée, tant nous nous sommes contentés de la nier. Et cela, alors qu’après des décennies de sous-investissements, des régions entières sont aujourd’hui sans défense contre des menaces qui évoluent à un rythme sans précédent. La mécanique s’est enfin mise en marche, mais il faudra des années avant que notre degré de préparation soit suffisant à garantir la paix pour les générations futures.

Les décisions d’investissement sont donc d’abord politiques, inscrites dans des logiques de souveraineté, puis déclinées en programmes industriels qui se déploient souvent sur plusieurs décennies. Cette temporalité longue est à double tranchant pour les investisseurs: d’une part elle confère aux acteurs du secteur une excellente visibilité mais elle se traduit aussi par des phases transitoires où les multiples paraissent excessifs, car les bénéfices mettent du temps à se matérialiser.

Dans ce contexte, réduire le mouvement actuel à un simple «rerating» boursier revient à ignorer la profondeur du cycle en cours. La reconstitution des capacités militaires s’inscrit dans un changement de régime durable, marqué par la fin du «peace dividend», la fragmentation géopolitique et la révolution technologique en cours.

Celle-ci est principalement liée à l’avènement de l’AI et des systèmes autonomes, qui obligent les armées à se réinventer. Les investissements se concentreront de plus en plus sur les segments à forte intensité technologique, ce qui créera d’extraordinaires opportunités d’investissement, mais générera aussi des perdants parmi les acteurs traditionnels qui ne sauront pas s’adapter.

Dans ce cadre, la question centrale n’est donc pas le timing de l’investissement dans la défense, préoccupation secondaire dans un cycle de longue durée, mais bien l’identification des segments et des entreprises capables de créer le plus de valeur dans une thématique en plein développement.