Concentration: comprendre le vrai risque

Equipe Growth Equity Strategies, Loomis Sayles

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La montée des mégacaps technologiques accroît la concentration des indices, mais une analyse plus fine révèle une réalité bien plus nuancée.

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La réussite spectaculaire des mégacaps technologiques américaines a renforcé la concentration au sein des indices large cap américains et mondiaux. Investisseurs et commentateurs s’en inquiètent de plus en plus. Pourtant, selon l’équipe Growth Equity Strategies (GES) de Loomis Sayles, les mesures superficielles de concentration et de diversification peuvent induire en erreur. Les investisseurs doivent aller plus loin pour comprendre réellement le niveau de risque qu’ils assument.

Le marché actions américain a largement porté la performance mondiale ces dernières années. Tirés par les mégacaps technologiques et portés par l’innovation et les promesses de l’IA, les Etats-Unis ont consolidé leur leadership sur les marchés globaux. Le S&P 500 a progressé de plus de 20% en 2023 comme en 2024, et après un léger fléchissement début 2025, la hausse s’est poursuivie. Aujourd’hui, le marché actions américain pèse plus de 60% du total mondial, une proportion inédite depuis les années 1960.

Si cette dynamique a évidemment bénéficié aux investisseurs, elle a aussi accru la concentration des indices large caps américains et mondiaux — une évolution qui alimente les préoccupations.

La concentration est-elle mauvaise? Pas forcément.

La concentration est presque universellement perçue comme un risque. À l’inverse, la diversification est considérée comme protectrice, puisqu’elle répartit l’exposition sur plusieurs titres, secteurs ou zones géographiques pour réduire l’impact d’un choc. Sur le papier, cela semble évident: plus un portefeuille dépend d’un petit nombre de titres ou d’un seul segment, plus il paraît fragile.

Mais cette vision superficielle est trompeuse, estime Hollie Briggs, Head of Global Product Management au sein de l’équipe GES.

L’équipe souligne que la concentration subie d’un indice pondéré par la capitalisation n’a rien à voir avec la concentration intentionnelle construite par des investisseurs expérimentés. Et il existe des moyens concrets de réduire le risque de concentration tout en conservant une exposition aux valeurs de croissance américaines.

Les investisseurs se préoccupent généralement de deux types de concentration dans les indices large caps américains et mondiaux:

  1. Une concentration excessive dans un petit nombre de titres.
  2. Une concentration excessive dans le secteur technologique.

Les marchés sont-ils trop concentrés dans trop peu de titres?

Il est vrai que les indices large caps affichent aujourd’hui un niveau de concentration parmi les plus élevés de l’histoire. Selon le Financial Times, ils n’ont «jamais été aussi concentrés».

Mais, comme l’explique Hollie Briggs, il faut distinguer concentration passive et concentration active: «Lorsque vous détenez un indice pondéré par la capitalisation, la hausse des cours et la poursuite du momentum renforcent mécaniquement le poids des mêmes titres. Pour les investisseurs passifs, cela accroît le risque de baisse: leur portefeuille devient concentré sans qu’ils ne l’aient choisi.»

À l’inverse, la concentration active repose sur des choix délibérés: sélection des titres, taille des positions et valorisation de long terme.

«Dans nos stratégies, nous analysons en profondeur les fondamentaux des entreprises. Nous n’achetons un titre que lorsqu’il se négocie à un discount significatif par rapport à notre estimation de sa valeur intrinsèque, avec une marge de sécurité. Nous exigeons un ratio de rendement-risque d’au moins 2 pour 1. Les positions les plus importantes sont celles où le discount est le plus élevé.»

Lorsque le cours rejoint la valeur intrinsèque estimée, la position est progressivement réduite. Bien mise en œuvre, cette méthode réduit le risque global du portefeuille, souligne l’équipe, comme en témoignent les résultats obtenus depuis vingt ans.

Hollie Briggs rappelle également qu’un plus grand nombre de titres ne signifie pas nécessairement une meilleure diversification: «Une étude de Citigroup a montré qu’un portefeuille de 30 titres diversifiait déjà plus de 85% du risque diversifiable. Ajouter 70 titres supplémentaires n’apporte qu’environ 9% de diversification additionnelle. Plus de titres peuvent même masquer des risques mal compris. Au 31 mars 2024, l’indice Russell 1000 Growth comptait 400 titres, mais 21% de l’indice reposaient uniquement sur Apple et Microsoft.»

La concentration sectorielle: un indicateur souvent trompeur

Pour Hollie Briggs, se focaliser sur la concentration dans le secteur technologique passe à côté du vrai sujet.

La diversification par secteur est trop rudimentaire et peut masquer des corrélations sous-jacentes importantes entre des entreprises classées dans des secteurs différents mais exposées aux mêmes moteurs fondamentaux de risque et de performance.

«En 2022, vous pouviez avoir un portefeuille de cent titres répartis entre technologie, santé, services de communication et finance…mais si tous bénéficiaient structurellement des confinements, votre portefeuille était bien plus risqué qu’il n’y paraissait.»

C’est pourquoi l’équipe GES utilise une approche fondée sur les business drivers. Chaque entreprise est analysée pour identifier ses moteurs fondamentaux de création ou de destruction de valeur; aucun moteur ne doit représenter plus d’environ 20% du portefeuille.

Cette approche vise à combiner des moteurs imparfaitement corrélés, afin qu’un impact négatif sur l’un puisse être compensé par un effet positif sur un autre.

Au 30 septembre 2025, la stratégie US Growth comptait 31,7% de technologies, contre 52,6% pour le S&P 500. Malgré cela, l’équipe estime que le portefeuille est bien diversifié:

«Nous détenons huit entreprises technologiques, reposant sur sept moteurs économiques distincts. Leurs corrélations sont similaires à celles du S&P 500 dans son ensemble. Avec environ 36 titres, nous atteignons une corrélation comparable à celle de l’indice, mais avec un risque baissier moindre, car la taille de chaque position reflète un choix délibéré, et non la pondération imposée par le marché.»

Optimiser le couple rendement/risque grâce à la concentration active

Les outils classiques de mesure de la diversification — nombre de titres, secteurs, zones géographiques — sont utiles, mais insuffisants.

L’analyse fondée sur les business drivers offre une vision plus précise de la véritable diversification d’un portefeuille et de la gestion du risque de concentration.

Selon Hollie Briggs: «La diversification par business drivers est au cœur de notre processus depuis près de vingt ans, et elle est particulièrement cruciale dans l’environnement actuel de concentration des indices. Mais pour l’appliquer correctement, il faut connaître en profondeur chacune des positions — ce qui nous semble difficilement réalisable dans des portefeuilles de 70, 100 ou 150 titres.»

Elle insiste également sur la différence fondamentale entre mesurer le risque et gérer le risque: «Définir le risque uniquement en termes relatifs occulte le fait que le benchmark lui-même est risqué. La montée de la gestion passive et des stratégies sans ancrage de valorisation crée des inefficiences dont des gérants actifs, disciplinés et orientés long terme peuvent tirer parti.»

L’historique de près de vingt ans des stratégies de croissance de Loomis Sayles illustre cette approche: les gérants qui ont fait mieux en marchés baissiers ont souvent fait nettement moins bien en marchés haussiers; ceux qui ont surperformé en marchés haussiers ont tendu à sous-performer en marchés baissiers. «Nous pensons que cette stabilité relative, en haut comme en bas de cycle, fait de nos stratégies un choix pertinent pour les investisseurs de long terme souhaitant s’exposer au potentiel de croissance des marchés actions américains et mondiaux, sans devoir choisir entre offensive et défensive


 

Achevé de rédiger en Novembre 2025.
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