La Fed temporise, le dollar s'essouffle

Jean-Marc Sabet, b-sharpe

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Cinq banques centrales du G10 se sont réunies cette semaine, une seule a bougé, et la Fed n'a pas livré le durcissement de ton que le marché redoutait.

Semaine du 26 au 30 octobre 2026

Le dollar a reculé de ses sommets de mercredi avant qu'une salve de résultats technologiques décevants ne fasse chuter le Nasdaq vendredi. Pour les frontaliers, le mouvement marquant est ailleurs : l'EUR/CHF est passé sous 0.92 et signe une septième baisse hebdomadaire consécutive.

Warsh déçoit les faucons

Le FOMC a laissé sa fourchette inchangée à 3,75-4,00%, comme prévu, mais avec deux voix en faveur d'une hausse immédiate: la présidente de la Fed de Cleveland et, plus surprenant, une gouverneure du Conseil. Le communiqué qualifie désormais la croissance de «forte» et non plus de «solide». En conférence de presse, Kevin Warsh a reconnu un débat animé, tout en estimant que la politique monétaire commence à produire ses effets. Aucune indication pour décembre : les six semaines de données à venir trancheront. Faute de signal hawkish, le dollar a été vendu pendant son intervention.

Les chiffres de jeudi ont prolongé le mouvement. Le PCE de septembre est sorti conforme aux attentes (sous-jacent à 3,1% sur un an, global à 3,6%), mais revenus et dépenses des ménages ont déçu. Le reste demeure robuste: PIB du troisième trimestre à 3,4% en rythme annualisé (3,2% attendu), inscriptions au chômage à 194'000, confiance des consommateurs à 91,7 (81,2 attendu).

Le rendement à 2 ans est passé de 4,74% mardi à 4,58% vendredi, et la hausse de décembre n'est plus pricée qu'à 17,6 points de base, contre 22,4 lundi. Le 10 ans, brièvement au-dessus de 5% mercredi, termine à 4,93%. Vendredi, les présidents des Fed de Dallas, Saint-Louis et Richmond ont pourtant plaidé pour de nouvelles hausses. Le marché ne les a pas suivis. Le Dollar Index termine à 101,82, en hausse de 0,34% sur la semaine mais en retrait de son plus haut à 102,31.

La BCE attend, mais prépare décembre

Jeudi, la BCE a maintenu son taux de dépôt à 2,50%, mais le ton a vite tourné au hawkish. Christine Lagarde a reconnu qu'une hausse avait été débattue et que la situation aurait pu la justifier. Des informations de presse ont ensuite fait état d'un relèvement probable en décembre, suivi d'une pause. Vendredi, les chiffres ont conforté ce scénario: inflation harmonisée à 5,6% en Italie (4,6% attendu) et à 3,8% en France (3,6% attendu), croissance de 0,4% au troisième trimestre pour la zone euro, le double du consensus.

Pour l'euro, l'effet est resté limité. Après un plus haut à 1,1227 lundi, l'EUR/USD est descendu jusqu'à 1,1104, sous son plancher du 14 octobre qui marquait déjà un plus bas depuis avril 2025, avant de rebondir sur les propos de Christine Lagarde. Il termine à 1,1155, en baisse de 0,43% sur la semaine. L'annonce du départ anticipé de la présidente de la BCE, le 7 février 2027, a pesé avant la réunion. La France reste un point de vigilance.

La livre passe l'épreuve du budget

Le budget d'automne présenté mercredi n'a pas créé de remous: une marge budgétaire d'environ 15 milliards de livres et une surtaxe bancaire relevée de 3 points. L'OBR a toutefois porté sa prévision d'inflation 2027 à 3,4%, contre 2,0%. Soulagée, la livre a été la devise la plus performante du G10 jeudi, effaçant l'essentiel de ses pertes de la semaine face au dollar. Le GBP/CHF termine à 1,1044 (+0,08%), près du haut de son range hebdomadaire de 1,0984 à 1,1059.

Wall Street rattrapée par la facture de l'IA

La technologie avait bien commencé la semaine. Elle l'a mal terminée. Jeudi, Alphabet a chuté de 12,5% après des résultats décevants, ravivant les doutes sur la rentabilité de l'IA. Intel, Amazon et Sandisk ont enfoncé le clou: le Nasdaq 100 a cédé 3,46% vendredi, entrant brièvement en zone de correction, pour un recul d'environ 2% sur la semaine. Les métaux précieux n'ont offert aucun abri : l'or et l'argent ont touché de nouveaux plus bas annuels, l'or reculant de 3,08% sur la semaine à 3874,58 USD/oz et l'argent dévissant de 9,06% à 49,07 USD/oz. À Zurich, le SMI a progressé lors de quatre séances sur cinq pour terminer à 14'820 points.

Pétrole: suspendu au verdict des midterms

Le brut a évolué au gré des titres sur l'Iran : tentatives de médiation qatarie, prise de contact du vice-président américain avec un responsable iranien, mais aussi attaques houthies contre des installations saoudiennes. Selon plusieurs médias américains, Washington envisagerait de reprendre les frappes après les élections de mi-mandat si la diplomatie échoue. Le WTI termine à 104,12 USD/bbl, après une clôture sous 100 USD/bbl mardi, et le Brent à 112,35 USD/bbl. L'OPEP+ se réunit dimanche.

Focus franc suisse

Face à l'euro. L'EUR/CHF cède 0,42% à 0,9206, après être passé sous le seuil de 0,92 jusqu'à 0,9183. C'est sa septième baisse hebdomadaire consécutive: depuis la clôture du 11 septembre à 0,9467, la paire a perdu 2,8%. Le durcissement de ton de la BCE creuse pourtant en théorie l'écart de taux en faveur de l'euro: 2,50% contre 0% à la BNS. Ce soutien se heurte au choc énergétique qui freine la croissance de la zone euro, au risque politique français et au regain d'aversion au risque de vendredi.

Face au dollar. Le USD/CHF est monté jusqu'à 0,8313 avant la Fed, le franc cédant du terrain mardi. Le mouvement s'est inversé après la conférence de presse de Kevin Warsh: jeudi, le franc figurait parmi les devises du G10 les plus performantes face au dollar, et la paire est descendue jusqu'à 0,8193. Elle termine quasiment inchangée à 0,8248 (-0,07%), au milieu d'un range de 120 points.

Synthèse. Stable face au dollar, en hausse face à l'euro: le franc a joué son rôle de valeur refuge quand le risque est remonté vendredi, alors même que l'or reculait. Dans un G10 où presque toutes les banques centrales envisagent de nouvelles hausses, la BNS fait figure d'exception: taux directeur à 0%, SARON autour de -0,05%, inflation à 1,0% en septembre, au milieu de la bande cible de 0 à 2%. La BNS anticipe une moyenne de 1,2% au quatrième trimestre, contre 0,7% au troisième. Tant que cette accélération reste cantonnée à l'énergie, rien ne justifie un resserrement.

Tour d'horizon

USD/JPY. La BoJ a maintenu son taux à 1,25% par 8 voix contre 1 et juge l'inflation sous-jacente compatible avec son objectif. Kazuo Ueda estime toutefois prématuré de déclarer la cible atteinte et laisse la porte ouverte à décembre. Le yen s'est raffermi vendredi sans effacer ses pertes: le USD/JPY termine à 157,55 (+0,41%), entre 156,65 et 158,34 sur la semaine.

AUD/USD. L'inflation australienne a surpris à la hausse, à 4,3% sur un an en septembre, et le marché price à environ 79% une hausse de la RBA mardi. L'Aussie a surperformé en milieu de semaine avant de pâtir jeudi du recul des métaux précieux. Clôture à 0,7030 (-0,10%), dans un range étroit.

USD/CAD. La Banque du Canada a relevé son taux à 2,50%, à titre préventif, et n'exclut pas d'aller plus loin. Le huard a surperformé vendredi, porté par le brut. Le USD/CAD termine à 1,3970 (-0,27%), après un plus bas à 1,3941.

NZD/USD. Surprise de la semaine: la RBNZ a maintenu son taux à 2,75% par 4 voix contre 3, alors que le marché pricait une hausse à 93%. Le kiwi a touché 0,5581 dans la foulée et signe la plus forte variation de nos huit paires: le NZD/USD termine à 0,5629 (-1,26%).

Perspectives

Les élections de mi-mandat américaines du mardi 3 novembre domineront la semaine. Les marchés de paris donnent environ 70% de chances à une victoire démocrate à la Chambre et au Sénat. Le résultat pèsera aussi sur la décision de Washington concernant l'Iran, donc sur le pétrole.

  • Dimanche 1er novembre: réunion de l'OPEP+, qui devrait maintenir ses objectifs de production de décembre.
  • Lundi 2 novembre: PMI manufacturiers finaux, PMI procure.ch, ISM manufacturier américain (54,7 attendu).
  • Mardi 3 novembre: RBA (hausse attendue à 4,85%), IPC suisse d'octobre (1,2% sur un an attendu, après 1,0%), élections de mi-mandat.
  • Mercredi 4 novembre: Riksbank (hausse attendue à 2,00%), inflation flash de la zone euro (3,9% attendu), ISM des services, annonce trimestrielle de refinancement du Trésor américain.
  • Jeudi 5 novembre: Banque d'Angleterre (première hausse attendue, à 4,00%), Norges Bank (statu quo attendu à 4,50%), chômage suisse d'octobre.
  • Vendredi 6 novembre: rapport sur l'emploi américain (consensus entre 40'000 et 55'000 créations selon les relevés, chômage attendu à 4,2%), emploi canadien.

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