Les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre seront largement analysées sous l'angle politique. Pour les marchés, l'enjeu est pourtant ailleurs. Dans un environnement marqué par une inflation plus persistante, des déficits élevés et un coût du capital durablement supérieur à celui de la décennie passée, ce ne sont pas les urnes mais les taux d'intérêt qui dicteront la réaction des investisseurs.
L'idée selon laquelle une majorité républicaine dans les deux chambres serait automatiquement favorable aux actions mérite d'être nuancée. Certes, elle offrirait davantage de marge de manœuvre pour prolonger les baisses d'impôts ou soutenir l'activité. Mais les besoins de financement des États-Unis sont déjà considérables. Entre intelligence artificielle, défense, transition énergétique, relocalisations industrielles et déficits publics, la demande de capitaux reste massive. Dans ce contexte, toute relance budgétaire supplémentaire risquerait surtout d'alimenter les anticipations d'inflation et de pousser les taux longs à la hausse. Or lorsque le coût du capital augmente, les valorisations des actifs financiers ont tendance à se contracter.
Au-delà du scrutin, les principaux moteurs de l'inflation resteront largement inchangés.
Paradoxalement, un Congrès divisé ou une majorité démocrate pourraient donc constituer des scénarios plus favorables aux marchés. Une capacité réduite à lancer de nouveaux programmes de dépenses limiterait le risque d'un choc budgétaire supplémentaire et contribuerait à stabiliser les rendements obligataires. Pour les investisseurs, le véritable arbitre reste aujourd'hui le marché du Trésor américain bien davantage que le calendrier électoral.
Au-delà du scrutin, les principaux moteurs de l'inflation resteront largement inchangés. Les politiques commerciales et migratoires continueront d'influencer les coûts de production et les tensions sur le marché du travail. Autrement dit, quelle que soit l'issue des élections, il paraît difficile d'envisager un retour au régime de faible inflation et de taux quasi nuls qui a prévalu durant les années 2010. La Réserve fédérale devrait conserver une posture restrictive plus longtemps que ce qu'espéraient encore les marchés il y a quelques trimestres.
Dès lors, nous ne recommandons aucune modification tactique majeure des portefeuilles à l'approche du scrutin. Les investisseurs ont souvent tendance à surestimer l'impact immédiat des élections et à sous-estimer celui des fondamentaux macroéconomiques. Nous privilégions toujours les secteurs bénéficiant de tendances structurelles fortes, notamment la technologie, l'énergie, la défense et les infrastructures liées à l'électrification. À l'inverse, nous restons prudents sur les obligations souveraines de longue maturité, dont la sensibilité à une nouvelle hausse des taux demeure élevée.
Le 3 novembre tranchera une question politique. La question financière, elle, restera entière: comment financer une économie confrontée à des besoins d'investissement gigantesques et à des déficits persistants. Les midterms détermineront l'équilibre des pouvoirs à Washington, mais c'est sur le marché obligataire que se jouera l'essentiel de la performance des actifs financiers dans les mois à venir.