Alors que la cote de popularité du président Trump évolue autour de 38%, le paysage politique a considérablement changé à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Les marchés prédictifs comme Polymarket estiment actuellement à 91% la probabilité que les démocrates prennent le contrôle de la Chambre des représentants et à 64% celle qu’ils remportent le Sénat, ce qui laisse entrevoir la possibilité d’une victoire démocrate dans les deux chambres.
Un tel résultat pourrait avoir des conséquences importantes sur les perspectives budgétaires américaines. Aujourd’hui, les républicains favorables à l’orthodoxie budgétaire au Sénat constituent encore un frein important à de nouvelles dépenses publiques. Un changement de majorité pourrait ouvrir la voie à un compromis bipartisan, les républicains plaidant pour une hausse des dépenses de défense et les démocrates pour davantage de dépenses sociales.
Dans ce scénario, l’impulsion budgétaire pourrait passer de négative à positive, avec un retournement potentiel de l’ordre de 1% du PIB à mesure que les dépenses publiques supplémentaires se diffusent dans l’économie.
Cela reviendrait à ajouter une nouvelle relance budgétaire à une économie qui affiche déjà un rythme de croissance soutenu. GDPNow prévoit une croissance du PIB de 3,6% au troisième trimestre. Du point de vue des marchés, une croissance plus forte du PIB et des bénéfices des entreprises créerait probablement un environnement favorable aux actifs risqués, et notamment aux actions.
La situation serait en revanche différente pour le marché obligataire. Si ces dépenses supplémentaires ne sont pas financées, l’accélération de la croissance s’accompagnerait d’un creusement des déficits budgétaires et d’une augmentation des émissions de bons du Trésor américain. Associée à des anticipations d’inflation potentiellement plus élevées, cette situation exercerait probablement une pression haussière sur les rendements obligataires, en particulier sur les taux américains à long terme, d’autant que la Fed pourrait se montrer moins déterminée dans sa lutte contre l’inflation que ne le laisse entendre son discours. En résumé, une victoire démocrate dans les deux chambres serait donc probablement favorable aux actions, mais défavorable aux obligations américaines de longue maturité.
Il est toutefois important de souligner qu’un retour en force des Républicains n’écarterait pas nécessairement le risque budgétaire. Le président Trump a lui-même évoqué de nouvelles mesures visant à soutenir les revenus des ménages, notamment le versement d’un «dividende» de 5000 dollars aux Américains. Un montant considérable, équivalant à 4% du PIB et supérieur aux dépenses consacrées à la défense, à Medicare ou au paiement des intérêts de la dette. Si la forme exacte et la probabilité de telles mesures doivent être considérées avec prudence, l’orientation générale de la politique budgétaire pourrait rester expansionniste.
Le principal enseignement porte donc moins sur l’opposition entre démocrates et républicains que sur l’orientation de la politique budgétaire américaine: dans les deux scénarios, les risques semblent pencher en faveur de la poursuite de l’expansion budgétaire. Cela conforte notre prudence à l’égard des obligations américaines, en particulier sur les maturités longues, tout en pouvant apporter un soutien supplémentaire à la croissance nominale et aux actifs risqués.