Un vent de panique a soufflé la semaine dernière sur le thème de la tech, entraînant une lourde chute de certaines valeurs en bourse aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Compte tenu de l’ampleur des risques et des opportunités, ce mouvement mérite d’être étudié afin d’en tirer des enseignements.
Le déclencheur
La combinaison d’un rapport d’inflation défavorable aux Etats-Unis, qui exerce une pression à la hausse sur les taux, et de la publication de rapports de recherche défavorables sur les valeurs Tech Hardware et les opérateurs de data centers a provoqué un effet de cisaille.
D’une part, si l’adoption de l’IA par les entreprises n’est pas à la hauteur, les revenus ne permettront pas de rembourser la dette, dont le coût s’accroît avec la hausse des taux. La part des budgets IT alloués à l’IA dans les entreprises est difficile à mesurer et repose sur des hypothèses. Le chiffre avancé de 5% dans l’un de ces rapports a tiré la sonnette d’alarme. Mais il semble très faible, et la question est d’estimer où se situera ce ratio dans un an ou dans trois ans pour savoir si le capex engagé peut être rentabilisé.
Ce que l’on sait, c’est que ChatGPT recensait 1 milliard d’utilisateurs actifs mensuels en juin 2026, Meta AI et Google Gemini également, même si, pour ces deux derniers, ce chiffre est porté par les intégrations dans leurs applications (WhatsApp, Instagram) ou écosystèmes (Android). ChatGPT, qui reste le leader avec 56% de la part du trafic web des chatbots d'IA en septembre 2026, nous indique que le taux de conversion (les utilisateurs du grand public qui passent de la version gratuite à la version payante) est de l’ordre de 5%. Cela peut paraître faible, mais représente quand même 50 millions d’abonnés qui paient en moyenne 20 euros par mois, soit 12 milliards de revenus par an, auxquels s’ajoutent les revenus liés aux entreprises. Dans l’ensemble, OpenAI générerait près de 50 milliards de revenus en 2026 selon les chiffres les plus récents, mais ne serait toujours pas rentable. Anthropic, générerait plus de 60 milliards de revenus et serait déjà rentable. Enfin, en Europe, un rapport d’OpenAI d’octobre 2026 évoque une explosion de l’IA agentique auprès des PME, qui aurait été multipliée par plus de 8 au cours des six derniers mois.
La question à 3500 milliards de dollars
Un autre rapport de recherche du consultant Gartner estime que les dépréciations d'actifs pour le segment d'infrastructure de l'IA pourraient atteindre 3,5 billions de dollars en 2030 si les entreprises technologiques poursuivent leur rythme effrené d’investissements sans obtenir de revenus à la hauteur de ce capex. Une double condition donc, qui soulève aussi la question de la partialité de l’auteur qui défend la thèse de l’effet Hype cycle, selon laquelle les nouvelles technologies passent d’une phase d’anticipations exagérées à un stade de désillusion. Cependant, d’autres consultants en IA sont beaucoup plus nuancés et parlent d’une année 2027 marquée par des enjeux considérables, où le marché devra passer du stade de la construction massive d’infrastructures à celui de leur monétisation.
Des risques et des opportunités à une échelle monumentale
L’IA est clairement un vecteur d’opportunités. L'OCDE estime, par exemple, un gain de 0,4 à 1,3 point de pourcentage par an de productivité du travail dans les pays fortement exposés. Mais le FMI évoque aussi des risques systémiques en cas de déception, compte tenu du levier considérable du secteur, des interdépendances entre acteurs (financement circulaire), et des effets de contagion mondiaux, via la détention d’actifs US par les investisseurs globaux.
Que faut-il en conclure?
D’une part, nous ne pensons pas que les taux resteront à ces niveaux. L’IA est vulnérable aux tensions géopolitiques, via la remontée des taux, ce qui exige un rendement plus élevé du capex. Mais la situation actuelle ne durera pas éternellement et le repli des taux contribuerait à alléger la pression sur les coûts de financement de l’industrie. D’autre part, les acteurs IA disposent de plusieurs leviers pour augmenter leurs revenus. La publicité a fait son apparition et, dès le mois de juillet dernier, les chiffres avancés évoquaient des revenus de l’ordre de 100 millions de dollars en six semaines (données à juillet) pour OpenAI. Aussi, le taux de conversion des utilisateurs peut augmenter rapidement si des contraintes sont imposées aux usagers des versions gratuites, qui ont appris à maîtriser les outils IA et en tirent un bénéfice qui dépasse largement le coût. Enfin, le prix des abonnements peut également être révisé.
D’un point de vue investissement, la diversification reste la clé au sein du thème tech
Les dynamiques évoluent très vite et les chiffres de début d’année pourraient être bien plus élevés dès 2027, ce qui rassurerait les investisseurs. Mais les risques ne sont pas négligeables vu l’ampleur des montants engagés et les interdépendances nouées. Il faut toutefois garder en tête que la part des valeurs infrastructure IA attaquées par les marchés représentent environ 2,5% à 3,5% du S&P 500 (4% à 6% du Nasdaq), et que les hyperscalers (Amazon, Meta, Microsoft, Alphabet) ont les reins beaucoup plus solides.