«On accorde trop d'importance à l'impact des taux d'intérêt sur le private equity»

Yves Hulmann

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Pour Scott Nuttall, co-CEO de KKR, l'essentiel est de garder une vision à long terme. Il souligne les ambitions du gérant d'actifs en Suisse et en Europe.

 

Présent en Europe depuis 1999, avec une antenne suisse à Zurich depuis 2023, KKR est bien décidé à poursuivre son expansion sur le marché helvétique et européen où le gérant d'actifs américain notamment spécialisé dans le capital-investissement est souvent au coude à coude avec le groupe zougois Partners Group. Au-delà du capital-investissement, KKR est actif dans trois domaines majeurs: la gestion d’actifs, l’assurance et les participations stratégiques. Une présentation destinée aux médias suisses, qui s'est tenue en septembre à Zurich en présence de Scott Nuttall, co-CEO de KKR, a été l'occasion de faire le point sur les ambitions helvétiques et européennes de la société d'investissement de renommée mondiale, en particulier sur les fonds perpétuels ou «evergreen», des véhicules d'investissement à durée indéterminée qui placent de l'argent dans des actifs non cotés.

En tout, KKR gère des actifs à hauteur de près de 796 milliards de dollars (au 30 juin 2026), dont environ 42 milliards sont affectés à des fonds evergreen de série K, conçus pour les investisseurs fortunés. En 2020, le groupe a franchi pour la première fois le seuil des 250 milliards de dollars d'actifs sous gestion, après avoir atteint les 100 milliards d'actifs sous gestion en 2013.

Le plus grand gérant de fonds evergreen en Europe

«Nous sommes récemment devenus le plus grand gérant de fonds evergreen en Europe», a souligné Markus Egloff, directeur général et responsable de Global Wealth Solutions International chez KKR. Pour autant, le groupe basé à New York n'entend pas se limiter à la seule clientèle institutionnelle en Suisse qu’elle accompagne depuis 1987. «Nous traitons un investisseur individuel de la même façon que nous agissons avec des investisseurs institutionnels.  Nous cherchons à aider les particuliers à institutionnaliser leurs portefeuilles, en leur donnant accès aux mêmes investissements sur les marchés privés, et non à «retailiser» les classes d’actifs avec des stratégies différentes réservées au marché de détail», a poursuivi le responsable suisse qui supervise les activités de gestion de patrimoine de KKR dans les régions EMEA et APAC depuis le bureau de KKR à Londres.

«Ce qui a été inhabituel au cours des cinquante ans d’histoire de KKR, c’est cette période de dix ans durant laquelle les taux ont été proches de zéro. Nous exerçons cette activité depuis longtemps et savons comment naviguer au gré de ces cycles de taux d’intérêt.»

Améliorer la prévoyance des individus

La présentation devant les médias helvétiques a aussi été l'occasion de mesurer le chemin parcouru par le géant du private equity au cours trois dernières décennies. «En 1996, nous investissions notre fonds de 1993 qui s’élevait à 1,9 milliards de dollars. Nous nous concentrions uniquement sur le private equity aux Etats-Unis et visions à réaliser un ou deux investissements par an. Aujourd'hui, nous investissons chaque semaine un montant supérieur à celui-là et disposons de stratégies mondiales couvrant toutes les classes d'actifs des marchés privés, y compris le crédit, les infrastructures et l'immobilier», a mis en perspective Scott Nuttall, co-CEO de KKR et qui a rejoint la société il y a 30 ans. Il met l'accent sur l'approche d'investissement à long terme de KKR qui est à la base de son succès selon lui: «Nous avons toujours considéré que nous travaillions d'abord pour améliorer la prévoyance d'individus, qu'il s'agisse d'enseignants, de fonctionnaires ou de personnes issues de différents secteurs. Notre premier objectif est de sécuriser les avoirs de retraite. Le deuxième objectif est, idéalement, d'ajouter des rendements supplémentaires pour améliorer l'avoir de retraite», a-t-il poursuivi.

Le secteur des marchés privés n'affronte-t-il pas d'importants vents contraires depuis l'an dernier? Scott Nuttal observe que les investissements dans les marchés privés ont fait l'objet de beaucoup d'attention, parfois négative, depuis l'automne dernier. Pour autant, ce type de situation, plus difficile, a souvent été l'occasion de se démarquer de la concurrence: «Nos monétisations ont atteint un niveau record, nos levées de fonds ont atteint un niveau record, nos déploiements de capitaux ont également atteint un niveau record. KKR se trouve dans la partie «heureuse» du K. Notre secteur a pris la forme d’un K, et la partie «heureuse» du K prend des parts de marché à ceux qui se trouvent dans la partie «moins heureuse» du K», souligne le co-directeur de KKR.

Investir dans des entreprises pour des durées de 5 à 7 ans

La hausse des taux d'intérêts, notamment aux Etats-Unis, et le relèvement d'un quart de point des taux directeurs de la Fed en septembre, ne va-t-il pas rendre plus difficile l'accès au financement pour les fonds de private equity? «Je pense que l’on accorde beaucoup trop d'importance à l'impact des taux d'intérêt sur notre activité. Ce qui a été inhabituel au cours des cinquante ans d’histoire de KKR, c’est cette période de dix ans durant laquelle les taux ont été proches de zéro. Nous exerçons cette activité depuis longtemps et savons comment naviguer au gré de ces cycles de taux d’intérêt. Nous avons maintenu une approche disciplinée dans nos investissements, sans attendre sur le maintien de taux bas. Les taux d'intérêt plus élevés ont plutôt un impact sur les multiples de valorisation au moment de la cession des sociétés. Toutefois, dès lors que nous parvenons à rendre une entreprise rentable, nous pouvons toujours atteindre les rendements attendus. L'important est de garder une vision à long terme: nous investissons généralement dans des entreprises pour des durées de 5 à 7 ans, tandis que leur prochain acquéreur évaluera probablement son potentiel de valorisation à un horizon de 10 à 20 ans. Lorsque le marché réagit aux taux et que la valeur des actifs diminue, nous pouvons mobiliser plus de 100 milliards de dollars de capitaux pour saisir de nouvelles opportunités à des prix attractifs. Que les taux augmentent ou baissent, nous restons optimistes dans les deux cas», explique Scott Nuttall. Il souligne aussi que le marché des M&A reste dynamique et que des cessions stratégiques et des entrées en bourse ont lieu régulièrement ce qui fournit des possibilités d'exit pour les investisseurs.

Les préférences spécifiques des investisseurs suisses

Les investisseurs suisses ont-ils des préférences spécifiques dans le domaine des marchés privés actuellement? Pour Markus Egloff, les segments du private equity et des infrastructures ont le vent en poupe actuellement auprès des investisseurs suisses.  «Les placements dans les infrastructures sont recherchés par certains investisseurs, notamment institutionnels, en raison de leurs caractéristiques défensives et la protection contre l'inflation qu'ils offrent. Globalement, la clientèle de Private Wealth se concentre beaucoup sur le private equity et les infrastructures. En revanche, nos solutions dans l'immobilier suscitent moins d'intérêt actuellement en Suisse, probablement parce que beaucoup d'investisseurs sont déjà beaucoup investis dans l'immobilier via d'autres placements», suppose Markus Egloff.

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