La Banque du Japon (BoJ) a relevé vendredi ses taux afin de contrer les tensions inflationnistes, décision largement attendue par les marchés à la suite des récents durcissements de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Réserve fédérale américaine (Fed).
L’institution a relevé son taux directeur de 0,25 point à 1,25%, au plus haut niveau depuis 31 ans, une décision approuvée par sept des neuf membres de son comité de politique monétaire, sur fond de flambée des cours de l’énergie.
La dernière hausse remonte à mi-juin: un rythme d’accélération extrêmement inhabituel pour la BoJ, qui emboîte le pas aux grandes banques centrales pour durcir le ton.
Principale raison: l’envolée des cours du pétrole, dans un contexte de reprise des hostilités au Moyen-Orient, devrait continuer d’alimenter le renchérissement des prix à la consommation.
L’inflation au Japon (hors produits frais) a certes légèrement reflué en août à +1,7%, mais reste à un niveau élevé et proche de la cible de 2% fixée par la BoJ.
Le sursis pourrait s’avérer très temporaire, faute de perspective d’issue diplomatique au Moyen-Orient. Les prix du pétrole dépassent à nouveau les 100 dollars le baril.
«Le taux de progression de l’indice des prix à la production reste élevé en glissement annuel, reflétant l’impact de l’essor de la demande liée à l’intelligence artificielle (IA), qui s’ajoute aux effets des prix élevés du pétrole brut et de la dépréciation du yen», indique la Banque dans un communiqué.
«Il convient de rester attentif à l’incidence que la situation au Moyen-Orient, l’essor de la demande liée à l’IA et l’évolution des taux de change pourraient avoir sur l’activité économique et les prix. Quant à l’inflation sous-jacente, il existe un risque qu’elle dépasse l’objectif de stabilité des prix fixé à 2%», insiste-t-elle.
Alors que l’archipel, longtemps guetté par la déflation, a été confronté depuis le printemps 2022 à une hausse soutenue des prix à la consommation, la BoJ avait entamé en mars 2024 un resserrement de ses taux après 10 ans de politique monétaire ultra-accommodante.
Pression américaine
Par ailleurs, alors que le yen a chuté cet été à ses plus bas niveaux face au dollar depuis 40 ans, les Etats-Unis et le Japon se sont entendus fin juillet pour intervenir conjointement pour soutenir la devise.
Le yen avait notamment été plombé par l’écart entre les taux d’intérêt japonais et ceux, bien plus élevés, de la Fed, ce qui encourage les investisseurs à préférer des actifs en dollars mieux rémunérés. Or, un yen affaibli renchérit les produits importés au Japon et exacerbe ainsi l’inflation.
La décision de la Fed, mercredi, de relever ses taux pour la première fois en trois ans, en creusant l’écart, contribue à mettre encore davantage sous pression la BoJ. Et le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent avait lui-même encouragé un relèvement des taux nippons.
Dans ce contexte, les investisseurs surveilleront plus tard vendredi une conférence de presse du gouverneur de la BoJ Kazuo Ueda, en quête d’indices sur sa politique monétaire des prochains mois et les perspectives de nouvelles hausses de taux si l’inflation s’emballe.
«Concernant la conduite future de la politique monétaire, étant donné que l’inflation sous-jacente se rapproche de 2% et que les conditions financières restent accommodantes, la Banque continuera de relever son taux directeur», a d’ores et déjà souligné l’institution dans son communiqué.
La dissidence de deux membres de la BoJ suscitait cependant une certaine déception sur le marché des changes: la devise japonaise perdait 0,6% à 157 yens pour un dollar vers 03H30 GMT.
«Nous pensons que la BoJ durcira sa politique plus rapidement que ne l’anticipent la plupart des observateurs au cours des prochains mois», estime cependant Marcel Thieliant, expert du cabinet Capital Economics, jugeant que l’institution pourrait même porter à 2% son taux directeur d’ici mi-2027.
Ce durcissement monétaire intervient sur fond de forte hausse des rendements obligataires japonais, signe d’inquiétudes sur la politique budgétaire du gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi, favorable à une relance musclée, à des rabais fiscaux et à des dépenses accrues.