«Les booms technologiques se terminent rarement sans correction»

ACATIS Investment

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Les bénéfices des entreprises ne progressent pas forcément au même rythme que les capacités technologiques. Entretien avec Dr Hendrik Leber, fondateur et CEO d’ACATIS Investment.

 

L’essor de l’intelligence artificielle nourrit des attentes considérables sur les marchés financiers. Mais les investissements actuels sont-ils réellement soutenables? Et les gains de productivité promis se traduiront-ils par davantage de profits? Nous avons interrogé le Dr Hendrik Leber, fondateur et CEO d’ACATIS Investment.

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme la prochaine grande révolution économique. Les investisseurs font-ils preuve d’un optimisme excessif selon vous?

L’IA a déclenché une phase de boom tout à fait classique. Comme les chemins de fer il y a 150 ans, qui représentaient alors près de 60% de la capitalisation boursière. Ou encore le boom de l’électrification au début du XXe siècle, lorsque les sociétés de services publics figuraient parmi les plus grandes entreprises cotées. Ou encore Internet à la fin des années 1990. Les grandes vagues d’innovation suivent souvent des schémas similaires.

Les marchés ont déjà connu plusieurs épisodes d’euphorie autour de nouvelles technologies. Voyez-vous aujourd’hui des similitudes avec ces précédents cycles?

Oui, très clairement. Et comme lors des cycles précédents, je pense qu’il y aura tôt ou tard une correction. Des groupes comme Alphabet investissent aujourd’hui des centaines de milliards de dollars par an dans les infrastructures d’IA et les centres de données, parfois en ayant recours à l’endettement. Or, les centres de données construits aujourd’hui risquent d’être technologiquement dépassés dans quelques années à peine. Une partie de ces investissements devra alors être amortie. Dans un tel contexte, une correction importante du secteur n’est pas impossible.

Malgré ce risque potentiel, vous restez fortement exposé aux actions. Comment expliquez-vous ce positionnement?

Parce qu’il est extrêmement difficile, voire impossible, de prévoir le moment précis où les marchés corrigeront. Nous ne cherchons pas à faire du market timing. À long terme, les actions demeurent selon nous la meilleure classe d’actifs. Une règle bien connue rappelle que manquer seulement quelques-unes des meilleures séances boursières d’une année peut fortement réduire la performance finale. Cela dit, nous intégrons des mécanismes de protection dans nos portefeuilles. Nous détenons notamment des positions liées à la volatilité, qui tend à fortement augmenter lors des phases de stress de marché.

La concentration des indices mondiaux autour de quelques géants technologiques vous préoccupe-t-elle?

Pas particulièrement. Le secteur technologique représente aujourd’hui environ 30% du MSCI World. Historiquement, ce niveau reste tout à fait acceptable. La concentration est élevée, mais pas encore exceptionnelle. Cette situation pourrait d’ailleurs perdurer pendant plusieurs années encore.

L’IA générera-t-elle réellement la création de valeur que les marchés anticipent aujourd’hui?

En 2000, Warren Buffett expliquait déjà qu’Internet rendrait probablement les entreprises plus efficaces, mais aussi davantage exposées à la concurrence. Je pense que la même logique peut s’appliquer à l’intelligence artificielle. Oui, la productivité va progresser. Mais cette productivité accrue pourrait aussi exercer une pression considérable sur les prix, les marges et les positions concurrentielles. Les bénéfices des entreprises ne progresseront donc pas forcément au même rythme que les capacités technologiques. En parallèle, nous pourrions assister à une concentration accrue de certains marchés.