Dans une année 2026 marquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, l’évolution du baril de brent a été sans doute l’un des indicateurs les plus influents dans l’évolution de la dette des entreprises émergentes au cours de ces derniers mois.
Le segment «Oil & Gas» représente près de 12% de l’indice de marché. C’est le deuxième sous-indice le plus important après celui des «Financières» (34%). Il revêt donc une influence importante dans les mouvements et les comportements de marché.
Le cours du brent a évolué dans une étroite fourchette d’environ 12 us dollar, entre US$ 59/bbl et US$71/bbl, entre la fin du mois de juillet 2025 et celui de février 2026.
Au cours de cette période, nous avons pu observer que les entreprises productrices de pétrole qui ont un «breakeven price» – leur seuil de rentabilité – élevé, au-delà de US$ 60/bbl subissaient des pressions relativement importantes dans le marché. En effet, à ces niveaux, un certain nombre d’entre-elles se retrouvaient dans l’incapacité de générer des «free cashflows» – surplus de trésorerie – suffisants pour honorer le service de leur dette. Le risque ne se situait pas à court terme mais plutôt à un horizon de deux à trois ans. Du point de vue géographique, on retrouve ces sociétés principalement en Colombie, au Nigeria et au Ghana.
Par les ténors du marché latino-américain, les fluctuations de prix sont moins déterminantes en ce qui concerne la croissance des résultats.
La situation a profondément changé depuis le début du mois de mars avec la résurgence des tensions au Moyen-Orient et notamment le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran. Le marché du pétrole a été fortement perturbé. Pour rappel, environ la moitié du pétrole exporté de la région du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, épicentre du conflit. Il n’en fallait pas plus pour le cours du brut s’envole. Ainsi le cours moyen du brent se situe à plus d’US$ 94/bbl depuis la fin du mois de février contre US$ 65/bbl pour les six mois précédents.
Pour le groupe de compagnies évoqué plus haut, la donne a complètement changé depuis le début du mois de mars. Avec le niveau actuel du brent, les revenus ont pris l’ascenseur, dopé par les nouveaux prix de vente du brut. Le redressement, déjà perceptible à la fin du premier trimestre, s’est confirmé avec la récente parution des résultats de second trimestre. Avec un cours du brent à la fin du mois de juillet encore à US$90/bbl, il est vraisemblable que les résultats jusqu’à la fin de l’année demeureront orientés positivement.
Par les ténors du marché latino-américain, les fluctuations de prix sont moins déterminantes en ce qui concerne la croissance des résultats. En effet, les compagnies Petrobras au Brésil, Ecopetrol en Colombie et YPF en Argentine ont un coût d’extraction bien en-deçà du cours de marché. Elles sont ainsi davantage sensibles à leur environnement domestique (régulations, politique fiscale, soutien politique…) qu’aux fluctuations de prix. L’exemple d’Ecopetrol en Colombie est significatif: le résultat des récentes élections présidentielles a placé Abelardo Gabriel de la Espriella au pouvoir à la fin du mois de juin. Ce partisan d’une droite dure devrait permettre de redynamiser le secteur oil & gas dans le pays après quatre ans de gel de toute nouvelles prospections décrété par le président sortant, Gustavo Petro. C’est non seulement le principal producteur colombien mais le secteur dans son entier qui se voit doté d’un champ d’action élargit.
Le marché n’a pas tardé à ajuster le prix des emprunts de sociétés concernées. Ces sont des hausses à deux chiffres que l’on observe dans certains cas particuliers mais en tous cas au-delà de la moyenne du marché. Preuve en est, l’indice «Oil and Gas» affiche une progression de 3,7% à la fin du mois de juillet, le double de celle de l’indice de marché. C’est le secteur le plus performant. Nul doute qu’une surpondération de ce secteur au cours du premier trimestre se sera révélée rémunératrice pour l’investisseur exposé à la dette d’entreprise émergente.