La Banque du Japon (BoJ) s’est prononcée vendredi pour un statu quo sur ses taux d’intérêt, après avoir relevé en juin son taux directeur à 1%, au plus haut niveau depuis plus de trois décennies.
Cette décision, conforme aux anticipations, intervient après un statu quo monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) plus tôt cette semaine.
Mais les analystes s’attendent à des relèvements de taux des deux institutions d’ici la fin de l’année face aux tensions inflationnistes alimentées par la flambée des cours de l’énergie à l’heure où les affrontements entre Iran et Etats-Unis se poursuivent.
L’inflation au Japon (hors produits frais) a ainsi accéléré à 1,6% sur un an en juin, la guerre au Moyen-Orient et un yen toujours très bas contribuant à pousser les prix.
L’archipel, très dépendant de ses importations d’hydrocarbures, subit la flambée des cours mondiaux et souffre d’autant plus que la glissade du yen - tombé à ses plus bas niveaux depuis 40 ans face au dollar - renchérit ses achats de pétrole libellé dans la monnaie américaine.
Pour autant, la BoJ a révisé en légère baisse sa prévision d’inflation (hors produits frais) pour l’exercice fiscal 2026-2027 qui s’achèvera en mars, avec une anticipation médiane de 2,5%.
L’institution pointe notamment «les effets des mesures gouvernementales visant à alléger, pour les ménages, le coût de la hausse des prix de l’énergie (tarifs de l’électricité et du gaz) durant l’été».
Face à l’embardée de l’inflation, la Première ministre Sanae Takaichi avait dès fin 2025 adopté un plan de relance de 117 milliards d’euros pour aider ménages et entreprises, tout en procédant à des subventions et rabais fiscaux sur l’énergie.
Enfin, le Parlement nippon a adopté début juin une rallonge budgétaire de 17 milliards d’euros pour soutenir encore davantage les ménages confrontés à l’envolée des prix liée à la guerre en Iran.
Relèvements à venir?
Cependant, cela ne devrait pas dissuader la Banque du Japon de reprendre sous peu ses relèvements de taux.
Alors que l’archipel, longtemps guetté par la déflation, a été confronté depuis le printemps 2022 à une hausse soutenue des prix à la consommation au-delà de 2%, la BoJ a entamé depuis mars 2024 un resserrement de ses taux, après 10 ans de politique monétaire ultra-accommodante.
«Nous pensons que la Banque relèvera à nouveau ses taux lors de sa réunion d’octobre et portera son taux directeur à 2% d’ici l’année prochaine», réagit Marcel Thieliant, analyste du cabinet Capital Economics.
L’institution, dans sa déclaration de vendredi, «a évoqué plusieurs facteurs de pression à la hausse sur l’inflation, notamment la progression des prix du pétrole brut et des semi-conducteurs ainsi que la faiblesse du yen», fait-il valoir.
«Plus important encore, pour la première fois, la BoJ considère désormais que l’+inflation sous-jacente+ (hors alimentaire et énergie) pourrait dépasser sa cible de 2%, ce qui témoigne d’une préoccupation accrue», insiste-t-il.
Par ailleurs, la banque centrale a légèrement relevé, à 0,6%, sa prévision de croissance du PIB pour l’exercice 2026-2027: cette résilience relative de la quatrième économie mondiale pourrait l’inciter à relever ses taux pour mieux endiguer une inflation persistante sans craindre de trop pénaliser l’activité.
«Si la hausse des prix du pétrole brut devrait peser sur l’activité économique, celle-ci devrait être soutenue par divers facteurs, notamment les mesures gouvernementales et des conditions financières accommodantes, ainsi que par la progression de la demande mondiale liée à l’IA», souligne l’institution.
«Les effets défavorables des prix élevés du pétrole brut devraient s’estomper et le cercle vertueux reliant les revenus aux dépenses devrait progressivement s’intensifier», prédit-elle, tout en reconnaissant des incertitudes liées aux développements du conflit au Moyen-Orient.
Reste aussi une inconnue sur la trajectoire du yen: jeudi, la monnaie nippone s’était envolée soudainement d’environ 3,4%, suscitant des spéculations sur une intervention des autorités de Tokyo sur le marché des changes pour soutenir la devise.
Le yen devrait cependant continuer à pâtir de l’écart toujours importants entre les taux d’intérêts américains élevés, et japonais, toujours bas en dépit des récents relèvements de la BoJ. Un yen affaibli renchérit les prix des produits importés.