Au-delà du discount: ce qui détermine réellement les rendements des secondaries

Boris Maeder, Coller Capital

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Le discount ne fait pas la stratégie. La valeur d’un portefeuille secondaire de qualité provient avant tout de la croissance des actifs sous-jacents.

 

Les marchés privés secondaires occupent désormais une place centrale dans le débat. Depuis l’ouverture des marchés privés aux investisseurs individuels, la stratégie consistant à acquérir des actifs existants — souvent en deçà de leur dernière NAV — est passée d’une niche institutionnelle à un pilier du wealth channel.

Cette croissance s’accompagne d’une attention accrue, largement concentrée sur une seule caractéristique: le discount. La question qui revient le plus souvent parmi les investisseurs évaluant une stratégie secondaire est «quel est le discount?». L’idée d’acquérir une participation à un prix inférieur à la valeur déclarée est intuitive. Mais ce n’est qu’un élément de la façon dont les secondaires génèrent du rendement et, pris isolément, il peut donner une image trompeuse d’un portefeuille de qualité.

Tous les discounts ne se valent pas

Le discount est l’écart entre le prix d’achat et la dernière NAV déclarée par le GP qui gère le fonds sous-jacent. Cet écart existe pour deux raisons distinctes : la qualité de l’actif et les dynamiques transactionnelles.

Les discounts liés à la qualité portent sur l’actif lui-même : performance, visibilité sur la sortie, potentiel de croissance. Plus ce potentiel est prévisible, moins la stratégie a besoin de s’appuyer sur un prix d’entrée décoté. À l’inverse, un discount peut compenser un risque — actifs sous-performants, secteurs ou régions plus risqués, expositions venture early-stage ou portefeuilles tail-end au potentiel résiduel limité.

Les discounts liés aux dynamiques transactionnelles sont indépendants de la qualité de l’actif. Les vendeurs sont souvent soumis à des contraintes de calendrier qui, combinées à une demande limitée, peuvent les conduire à céder en deçà de la NAV même lorsque la qualité est élevée. Pour les acheteurs focalisés sur la qualité, c’est souvent là que résident les opportunités les plus attractives.

Discount et croissance de la NAV

Reste à comprendre comment les discounts se traduisent en rendement. La création de valeur dans les secondaires combine la captation du discount au closing et l’appréciation des actifs après le closing.

Un exemple: un acheteur paie 90 dollars pour des actifs valorisés 100 dollars. La décote de 10 dollars est le chiffre de première lecture. Si c’était toute l’histoire, les secondaires seraient un simple arbitrage. Mais l’actif n’est pas statique. Si le portefeuille progresse de 100 dollars à 150 dollars sur la période de détention, le gain total atteint 60 dollars. La décote en représente 10 dollars, soit environ 17%; les 50 dollars restants — 83% — proviennent de l’appréciation des actifs eux-mêmes. Les décotes, valorisées avec discipline, enrichissent la stratégie; elles en sont un élément, non le fondement.

Qui fixe la NAV

Une idée reçue veut que les acheteurs secondaires réévaluent à la hausse les actifs qu’ils acquièrent. Ce n’est pas le cas. Les NAV sont déterminées par les GP qui gèrent les actifs sous-jacents, selon des normes de valorisation reconnues, avec audits indépendants et supervision. Lorsqu’un acheteur achète en deçà de la NAV, il paie un prix accepté par le vendeur; il ne réévalue pas l’actif. Le prix de la transaction et la juste valeur déclarée par le GP relèvent de processus distincts. Les structures evergreen, qui publient leur performance plus fréquemment que les fonds fermés, ont simplement rendu ces mécanismes plus visibles.

Ce que cela implique pour l’evergreen

Dans un véhicule evergreen, les investisseurs souscrivent dans le temps à la NAV en vigueur et obtiennent donc des expositions et des trajectoires de rendement distinctes — une caractéristique commune à tous les véhicules open-ended. La spécificité des secondaires est stratégique: une approche centrée sur les décotes s’adapte mal à ce format, car à mesure que les actifs croissent, la contribution marginale de chaque décote diminue. La viabilité d’un evergreen tient donc à la capacité des actifs sous-jacents à continuer de créer de la valeur, et non au niveau de décote au closing.

Le message-clé

Les décotes sont une caractéristique réelle des rendements secondaires, mais elles n’en sont pas le principal moteur. Les traiter comme tel revient à passer à côté de l’essentiel : des expositions bien construites et une croissance continue des actifs sous-jacents, sélectionnés au travers d’une due diligence rigoureuse. Pour les investisseurs qui évaluent cet univers, la question ne devrait pas être «quel est le discount?», mais «quelle est la qualité des actifs sous-jacents, et quelle part de la valeur provient de la croissance future de la NAV plutôt que de la décote?». C’est là que réside la véritable différenciation.

 

Les opinions exprimées reflètent celles de Coller Capital à la date de publication et sont susceptibles d’évoluer. Tout investissement comporte un risque de perte, y compris en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.