Bilan: la gestion de fortune marquée par des transformations profondes

Serge Pavoncello, ASG et Wedge Associates SA

2 minutes de lecture

Les 40 ans de l’association de la branche sont l’occasion de revenir sur quatre décennies d’évolution de la profession et de se pencher sur le futur.


La gestion de fortune est une profession forte qui a su traverser les décennies en s’adaptant aux évolutions de son environnement. Si l’association de la branche célèbre aujourd’hui ses 40 ans d’existence, le métier lui-même est en fait bien plus ancien et a toujours existé, d’une certaine façon. En Suisse, il représente un pilier important de l’économie, avec plus de 500 milliards de francs d’actifs sous gestion. La gestion de fortune en Suisse distingue de par la qualité et la densité de ses professionnels, qui contribuent chaque jour à son rayonnement et à sa compétitivité.

Une profession forte et pérenne

Quarante ans constituent un cap symbolique pour la profession. Comme tous les grands jubilés, ils invitent à regarder le chemin parcouru tant dans notre profession que dans un contexte économique plus large.

Quarante ans, c'est aussi l'âge auquel de nombreux entrepreneurs franchissent une étape décisive de leur parcours professionnel. Pour les gestionnaires de fortune, c'est souvent dans leur quatrième décennie que les fondateurs de sociétés de gestion créent leur entreprise.

Fonder une société de gestion est une décision majeure. Ce choix est souvent motivé par la volonté de placer le client au centre de toutes les décisions, en agissant exclusivement dans son intérêt et en étant au plus près de ses besoins. Cette indépendance permet d'offrir un accompagnement véritablement personnalisé, fondé sur une relation de confiance durable. C'est là, selon moi, la véritable valeur ajoutée du gestionnaire.

Un monde en profonde mutation

Ces quarante dernières années ont également été marquées par des transformations profondes de notre environnement.

Sans prétendre être exhaustif, citons quelques événements majeurs: la chute du mur de Berlin et la fin de la Guerre froide, ouvrant une période de rapprochement entre l'Est et l'Ouest; les conflits du Golfe et les guerres en Irak; les attentats du 11 septembre 2001, qui ont profondément remodelé les relations internationales; plus récemment, le retour des tensions géopolitiques sur le continent européen. Sur le plan économique et financier, nous avons traversé le krach boursier de 1987, la bulle Internet, la crise financière de 2008, la pandémie de COVID-19 et les profondes mutations qu'elle a engendrées.

Ces bouleversements ont profondément modifié notre manière de travailler, rendant nos entreprises plus performantes, plus agiles et plus ouvertes sur le monde.

La technologie au service de la performance et de la relation client

Sur le plan technologique, les progrès ont été tout aussi spectaculaires. L'essor d'Internet, la généralisation de l'informatique, la robotisation, la numérisation des processus, l'intelligence artificielle et les nouveaux outils de communication ont profondément transformé nos métiers et continueront de les transformer dans les années à venir.

A notre échelle, ces évolutions ont permis à nos sociétés de gagner en efficacité, en réactivité et en compétitivité. Elles nous ont également offert davantage de temps pour nous consacrer à ce qui demeure notre véritable valeur ajoutée: la qualité de la relation avec nos clients, l'accompagnement personnalisé et la recherche constante de performances durables.

Les avancées de l’IA illustrent parfaitement cette évolution. Les informations financières ont toujours été disponibles, notamment au travers de plateformes telles que Bloomberg ou LSEG Workspace. En revanche, l'IA permet aujourd'hui d'accéder à ces informations beaucoup plus rapidement, de les synthétiser efficacement et d'accélérer considérablement les travaux d'analyse. Les bénéfices sont tout aussi importants dans le domaine du reporting, où les gains de temps, de qualité et de personnalisation sont considérables. A terme, ces évolutions auront également un impact significatif sur les outils de gestion de portefeuille (PMS).

Préparer les prochaines décennies

En regardant vers l'avenir, les défis seront nombreux, mais les opportunités le seront tout autant. A cet égard, la pensée de Joseph Schumpeter conserve une étonnante actualité. Sa théorie de l'innovation portée par les entrepreneurs et de la «destruction créatrice» n'a jamais été réellement démentie. Au contraire, elle semble aujourd'hui plus pertinente que jamais pour comprendre les profondes mutations économiques et technologiques auxquelles nous sommes confrontés.

On évoque beaucoup la «NextGen» et les changements qu'elle pourrait entraîner dans notre profession. Pour ma part, je n'observe pas de transformation fondamentale des comportements. Dans le cadre des successions patrimoniales, il est même fréquent que la génération suivante souhaite déléguer davantage la gestion de ses avoirs plutôt que de s'impliquer directement dans les décisions d'investissement.

En revanche, les innovations technologiques proposées par le système bancaire ont profondément amélioré la transparence, l'accès à l'information, la qualité des interfaces et la simplicité des opérations quotidiennes. Cette évolution favorise des échanges plus fréquents avec nos clients. Nous recevons davantage d'appels ou de réactions spontanées à la suite de nos décisions d'investissement, ce qui renforce la qualité du dialogue, la confiance mutuelle et la fluidité de la relation.

Cette transparence accrue exerce également une pression positive sur les modèles de tarification. La concurrence s'intensifie, au bénéfice des clients comme des gestionnaires qui apportent une réelle valeur ajoutée. C'est une évolution saine: à terme, ce n'est plus le simple accès aux produits qui est rémunéré, mais bien la qualité du conseil, de l'accompagnement et de l'expertise.

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