«Tout le monde veut dominer le monde»

Itshak Banon, Alpian

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Quatre décennies après la chanson de Tears For Fears, la lutte pour la dominance militaire, énergétique et technologique est toujours aussi acharnée.

©Keystone

 

Sortie en 1985, la chanson «Everybody Wants to Rule the World» de Tears For Fears devient très rapidement un succès international. Quelques décennies plus tard, ce constat n’a pas changé, et la lutte pour la dominance militaire, énergétique et technologique est toujours aussi acharnée.

Le Mondial s’est achevée sur une finale qui ne restera pas gravée dans les esprits, l’été bat son plein, et la marche du monde reste imprévisible, comme le démontre les récents développements géopolitiques.

La reprise des hostilités entre l’Iran et les Etats-Unis ont fait voler en éclats le protocole d’accord signé entre les deux partis le 17 juin, et a constitué l’un des principaux facteurs de volatilité sur les marchés financiers. Après plusieurs semaines d’accalmie et l’annonce de discussions visant à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz, les frappes, ripostes et échanges de menaces ont ravivé les inquiétudes des investisseurs.

Reste la question de savoir si une fois réouvert, le détroit d’Ormuz deviendra un point de passage à péage, donc une privatisation de facto, ce qui aurait d’une part des implications économiques et politiques significatives, et pourrait d’autre part donner des idées aux états bordant les autres détroits et canaux d’importance mondiale.

Cette résurgence du conflit a bien évidemment entraîné une remontée des prix du pétrole, les marchés craignant des perturbations de l’approvisionnement mondial en énergie provenant du golfe persique.

Toujours est-il que les marchés des actions ont continué leur progression, portés par l’enthousiasme persistant autour de l’intelligence artificielle. Il conviendrait toutefois de faire attention au niveau de valorisation très élevé du secteur technologique qui aura mathématiquement une incidence négative sur les rendements à venir.

Une étude faite le mois dernier par Horizon Kinetics illustre le fond du problème. Au cours du trimestre dernier, Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle, qui représentent ensemble environ 17% du SP500, ont investi un total combiné de 149 milliards de dollars, sur un cash-flow opérationnel total combiné de 158 milliards de dollars.

En d’autres termes, les 9 milliards de différence qui pourraient en théorie être rendus aux actionnaires sur ce trimestre doivent justifier la capitalisation boursière combinée de ces 5 entreprises, soit environ 12 trillions de dollars. Ce qui donne un rendement annualisé pour les actionnaires d’environ 0,30%!

Pour ne rien arranger, cette phase d’expansion se fait dans un nouvel environnement très concurrentiel dû à l’arrivée de nouveaux poids lourds (Open IA, Anthropic, X AI, Stripe…), chose qui ne s’était pas produite depuis deux décennies. En bref, un pari très cher, qui doit impérativement porter ses fruits sous peine de voir le prix de ces sociétés - et donc du SP500 - s’ajuster à la baisse, phénomène qui, historiquement, a toujours des effets domino sur d’autres secteurs.

En conclusion, cette configuration ressemble à d’autres périodes d’euphorie boursière liée aux promesses d’une «nouvelle ère». Ce phénomène d’exubérance est récurrent sur les marchés financiers, comme lors de l’avènement de la télévision, de l’informatique, de la télécommunication ou encore d’internet. Le progrès technologique demeure un puissant moteur de création de valeur à long terme, mais lorsque les attentes deviennent irréalistes, la moindre déception peut provoquer une correction brutale.

«Nothing ever lasts forever» – rien ne dure éternellement, le monde change, les technologies évoluent. Mais le mécanisme et la psychologie qui sous-tendent les marchés financiers, eux, restent étonnamment constants. L’histoire ne se répète pas mais elle rime, et un investisseur avisé en vaut deux.

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