Portés par l'intelligence artificielle, l'abondance de liquidités et une remarquable capacité à absorber les risques géopolitiques, les marchés ont continué leur ascension malgré un environnement particulièrement incertain. Mais derrière des indices proches de leurs sommets, les équilibres évoluent. Le temps du bêta facile et des paris consensuels pourrait progressivement laisser place à une phase plus exigeante, où la croissance bénéficiaire, les valorisations, les rendements pour les actionnaires et la solidité des fondamentaux redeviendront les véritables moteurs de performance. Pour les investisseurs, l'enjeu sera de conserver une exposition aux thèmes de croissance les plus puissants tout en évitant les excès de concentration qui accompagnent les phases de forte euphorie. Plus que jamais, il s'agira de distinguer le momentum durable du simple emballement de marché.
Si la détente géopolitique observée récemment se confirme, le recul des prix de l'énergie et la diminution du risque stagflationniste pourraient ouvrir la voie à un élargissement du rebond boursier. L'Europe, longtemps pénalisée par son déficit de croissance et de technologie, disposerait alors d'un potentiel de rattrapage significatif.
L'Europe : un axe de réallocation à ne pas négliger
Dans un marché moins dépendant d'un nombre restreint de valeurs et davantage guidé par les fondamentaux, l'heure pourrait progressivement revenir à la sélection des entreprises plutôt qu'à la seule exposition aux grands thèmes de marché. Après des mois de sous-performance marquée et alors que les investisseurs restent sous-pondérés, les niveaux d’exposition aux marchés européens se situent encore proches de leurs plus bas historiques. Les valorisations se sont normalisées, les excès ont été largement purgés et, à mesure que l’environnement macroéconomique s’apaise, de nouvelles opportunités émergent.
C’est notamment le cas des petites capitalisations, dont le retard accumulé pourrait se résorber au cours des prochains mois, mais également des sociétés de qualité, dont les fondamentaux demeurent solides malgré les incertitudes récentes. Ces dernières redeviennent attractives, leurs valorisations relatives s'étant largement normalisées après deux années difficiles. Le renchérissement du dollar face à l’euro pourrait aussi aider ces valeurs fortement exportatrices.
Certaines valeurs du luxe bénéficient des premiers signes de reprise de la demande. Le renouvellement des équipes créatives au sein des principales maisons contribue également à restaurer la désirabilité des marques et l'intérêt des investisseurs.
Les banques de la zone euro continuent de profiter d'un environnement de taux encore favorable, de bilans solides et de niveaux de rentabilité élevés. À cela s'ajoutent les gains de productivité attendus de l'intelligence artificielle, l'optimisation des réseaux bancaires, un mouvement de consolidation naissant et des retours aux actionnaires particulièrement attractifs.
La duration retrouve également de l'intérêt, particulièrement en Europe, dans un contexte où la détente des prix de l'énergie pourrait contribuer à modérer les anticipations d'inflation et redonner davantage de marge de manœuvre aux banques centrales.
Au-delà de l'Europe, plusieurs thèmes offrent des sources de diversification complémentaires. Le développement soutenu des infrastructures de l'intelligence artificielle continue d'alimenter des besoins massifs d'investissement. Les matériaux critiques occupent une position stratégique au cœur des transitions technologique, énergétique et industrielle.
Les actions japonaises méritent également une attention particulière. Alors que les effets du resserrement monétaire de la Banque du Japon semblent désormais largement intégrés dans les cours, les fondamentaux des entreprises restent solides et les réformes de gouvernance continuent de soutenir le potentiel de revalorisation du marché japonais. Porté par le retour de l'investissement, une meilleure utilisation du capital, les réformes de gouvernance et l'intérêt croissant des investisseurs domestiques comme internationaux, dans un contexte où le yen demeure à des niveaux historiquement faibles, le Japon retrouve progressivement sa place au sein des allocations mondiales.
Dans cet environnement, la gestion de conviction apparaît plus que jamais comme une réponse pertinente. Alors que la dispersion des performances s'accroît et que les opportunités se multiplient, la sélectivité redevient un facteur essentiel de création de valeur. Plus que jamais, l'enjeu est d'identifier les entreprises capables de conjuguer visibilité, qualité, discipline financière et croissance durable. Dans une phase de marché moins portée par quelques valeurs dominantes, ce ne sont plus les indices qui feront la différence, mais la capacité à sélectionner les bons titres.
Rédaction achevée le 3 juillet 2026