Depuis dix ans, les bas et moyens revenus s’appauvrissent en Suisse, alors que les plus riches voient leurs salaires augmenter, dénonce mardi l’USS à l’occasion de la publication de son rapport sur la répartition 2026. L’Union patronale voit les choses différemment: les salaires suisses sont les plus élevés d’Europe, déclare-t-elle.
Dans son rapport, l’Union syndicale suisse (USS) dresse un bilan sévère de l’évolution des revenus en Suisse au cours de la dernière décennie. Les salaires réels de la classe moyenne ont stagné au cours entre 2016 et 2026. Cette situation contraste avec la période de 2006 à 2016, durant laquelle les salaires réels avaient augmenté de 0,9% par an en termes réels.
La productivité a également augmenté d’environ 1% par an ces dernières années, sans que cela ne se répercute toutefois sur les salaires. Ce sont surtout les employeurs et les actionnaires qui en ont profité, grâce à des marges plus élevées et à des distributions de dividendes, rapporte l’USS.
A l’inverse, les salaires du 1% des salariés les mieux rémunérés ont augmenté de plus de 16% depuis 2016.
Répartition «équilibrée» juge l’UPS
Selon une analyse de l’Union patronale suisse (UPS), «la répartition des salaires est équilibrée et stable par rapport aux autres pays de l’Europe», note-t-elle dans son communiqué.
Selon cette analyse, l’écart salarial entre les dixièmes des revenus les plus élevés et les dixièmes des revenus les plus bas n’a pratiquement pas évolué depuis des années et reste modéré en comparaison internationale.
Sur une période plus longue, de 2008 à 2024, ce sont les salaires les plus bas qui ont connu la plus forte augmentation. En 2025, les salaires réels ont enregistré leur plus forte hausse depuis 2009, avec une augmentation de 1,6%, selon l’UPS.
En tête des pays d’Europe occidentale
Entre 2010 et 2022, le salaire horaire médian réel a augmenté de 12% en Suisse, poursuit le rapport de l’Union patronale. La Suisse se place ainsi en tête des pays d’Europe occidentale.
Même en tenant compte du niveau des prix en Suisse, les salaires restent les plus élevés. Le salaire horaire médian en Suisse est de 23,9 unités de parité de pouvoir d’achat et se situe ainsi également au-dessus de celui des autres pays européens.
Les femmes particulièrement impactées
L’Union syndicale suisse estime qu’il reste beaucoup à faire. Ces pertes de pouvoir d’achat affectent particulièrement les femmes, note son rapport. Elles gagnent en moyenne 2000 francs de moins par mois que les hommes. Une femme sur deux gagne moins de 5000 francs, tandis que la moitié des hommes gagne moins de 7000 francs. «Il s’agit d’un écart alarmant», décrit le rapport.
Cette différence s’explique d’une part par un taux d’occupation plus faible, les femmes assumant encore la majorité du travail non rémunéré, a indiqué mardi devant les médias à Berne Daniel Lampart, coresponsable du secrétariat de l’USS et économiste en chef.
Une autre partie provient de salaires plus bas dans les professions exercées par des femmes. Les quelque 500 francs restants restent «inexpliqués», car une partie de cette somme est «directement liée à la discrimination».
Cette situation a des conséquences directes sur le niveau de vie, lorsqu’elles sont au chômage ou à la retraite «elles ont moins de prestations». Plus de 11% des femmes doivent recourir aux prestations complémentaires au moment de la retraite, une proportion qui augmente avec l’âge.
Primes et impôts en cause
Le rapport pointe également la charge croissante des primes d’assurance maladie, qui pèse lourdement sur les budgets des ménages à revenus bas et moyens. Cette charge n’est pas compensée par la politique fiscale, selon les syndicats.
Au contraire, une tendance aux baisses d’impôts s’observe dans de nombreux cantons depuis 2024. Ces allègements profitent principalement aux plus hauts revenus et creusent davantage les inégalités, déplore le syndicat. L’effet progressif de l’impôt direct est affaibli par l’effet régressif des primes maladie, étant identiques pour toute personne, quel que soit le revenu.
Compensation automatique du renchérissement
«C’est une évolution indésirable sur tous points», a indiqué M. Lampart. «La Suisse est devenue moins sociale au cours des 10 dernières années, surtout en ce qui concerne les salaires», a-t-il ajouté. L’Union syndicale réclame donc un changement de cap dans la politique salariale et fiscale. Les salaires réels des classes moyennes et modestes devraient augmenter sensiblement et la compensation du renchérissement redevenir une évidence.
En outre, le syndicat réclame un salaire minimum de 5000 francs pour les personnes ayant terminé leur apprentissage et s’oppose de manière générale aux salaires inférieurs à 4500 francs. Au lieu d’accorder des baisses d’impôts aux plus hauts revenus, les cantons devraient réduire sensiblement le montant des primes d’assurance maladie.