Le nouveau rapport semestriel de Bain & Company met en évidence un ralentissement des investissements, des cessions et de la levée de fonds. L’intelligence artificielle redéfinit les stratégies du secteur tandis que le cycle du capital atteint des niveaux historiques.
Malgré la résilience globale des marchés financiers, l’industrie mondiale du capital-investissement continue d’évoluer dans un environnement particulièrement complexe. Selon le «Private Equity Midyear Report 2026» publié par Bain & Company, la combinaison des tensions géopolitiques, des incertitudes technologiques et des perturbations sur le marché du crédit a freiné l’activité du secteur au cours du premier semestre.
Après un début d’année encourageant, le marché a été confronté à trois chocs successifs: la correction des valorisations des entreprises technologiques liée à l’intelligence artificielle, les tensions observées sur le marché du crédit privé et les conséquences géopolitiques du conflit avec l’Iran, accompagnées d’une hausse des prix de l’énergie.
Les transactions dans le secteur technologique ont été particulièrement affectées. La valeur des opérations technologiques a chuté de 70% entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026. Dans le même temps, les valorisations des sociétés de logiciels détenues par les fonds de private equity ont reculé en moyenne de 8%, avec une baisse plus marquée aux États-Unis (-8,9%) qu’en Europe (-4,2%).
«Le secteur du private equity évolue aujourd’hui dans un environnement plus exigeant, caractérisé par des taux d’intérêt durablement élevés, des valorisations toujours importantes et une nécessité accrue de générer de la valeur par l’amélioration opérationnelle. Les acteurs qui réussiront seront ceux capables de se concentrer sur les leviers qu’ils maîtrisent réellement», souligne Bain & Company.
L’intelligence artificielle devient un impératif stratégique
Le rapport met en lumière le rôle croissant de l’intelligence artificielle comme moteur de création de valeur au sein des portefeuilles d’investissement.
Les entreprises les plus avancées utilisent déjà l’IA pour améliorer leur productivité, accélérer le développement de nouveaux produits, optimiser leurs processus commerciaux et créer de nouvelles sources de revenus. Pour Bain & Company, l’adoption de l’IA n’est plus une option mais une nécessité stratégique.
Une pression persistante sur la liquidité
La faiblesse des opérations de sortie continue de représenter l’un des principaux défis du secteur. Les distributions aux investisseurs demeurent à des niveaux historiquement bas, portant le cycle moyen de recyclage du capital à près de sept ans, bien au-delà des standards historiques.
Plus de 50% des actifs détenus dans les portefeuilles de buy-out ont été acquis en 2021 ou avant, illustrant les difficultés croissantes à réaliser les investissements dans les conditions actuelles de marché.
Selon une enquête menée auprès des investisseurs institutionnels, plus de la moitié des Limited Partners (LPs) déclarent perdre confiance dans un gestionnaire lorsqu’une cession intervient avec une décote supérieure à 5% par rapport à la dernière valorisation communiquée.
Malgré ces tensions, plus de 75% des entreprises cédées continuent d’être vendues à un prix supérieur à leur avant-dernière valorisation trimestrielle, confirmant une relative solidité des valorisations sur le marché privé.
Levée de fonds: un marché de plus en plus sélectif
La collecte de nouveaux capitaux reste freinée par le manque de liquidité. Si plusieurs acteurs majeurs ont réussi des levées de fonds significatives en 2026, le marché demeure fortement polarisé.
Près d’un investisseur institutionnel sur cinq indique réduire ses allocations au private equity en raison des contraintes de liquidité ou d’anticipations de rendement moins favorables.
Les sociétés de gestion affichant les meilleurs historiques de performance continuent d’attirer les capitaux, tandis que la majorité des acteurs fait face à un environnement de collecte plus compétitif et à des exigences accrues de la part des investisseurs en matière de conditions financières et d’opportunités de co-investissement.
Quatre priorités pour générer de la performance
Dans ce contexte, Bain & Company identifie quatre priorités stratégiques pour les acteurs du private equity:
- Accélérer la création de valeur opérationnelle afin de compenser le coût plus élevé du capital;
- Intégrer rapidement l’intelligence artificielle dans les modèles d’affaires et les processus de décision;
- Réévaluer régulièrement les plans de transformation des entreprises en portefeuille;
- Concentrer les ressources sur les investissements présentant le plus fort potentiel de création de valeur.
Selon Bain & Company, une opération qui nécessitait il y a dix ans une croissance annuelle de l’EBITDA de 5% pour atteindre les objectifs de rendement exige désormais une croissance proche de 12% pour générer un retour sur investissement de 2,5 fois le capital investi sur une période de cinq ans.
«Dans un marché aussi exigeant, les meilleures performances continueront d’être récompensées. Les sociétés capables de combiner spécialisation, excellence opérationnelle, innovation et discipline d’exécution seront celles qui mèneront le prochain cycle de croissance du private equity», conclut Bain & Company.
Cliquez ici pour accéder au rapport complet (en anglais).