Le prix de la stabilité des prix

Kevin Thozet, Carmignac

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Pour la BCE, qui relèvera certainement ses taux de 25 points de base ce jeudi, une croissance plus faible aujourd'hui peut être le prix à payer pour éviter des taux durablement plus élevés demain.

La Banque centrale européenne (BCE) devrait remonter ses taux directeurs de 25 points de base ce jeudi, portant le taux de dépôt à 2,25%, soit son niveau d’il y a un an presque jour pour jour.

Cette décision est largement intégrée par les marchés, qui ont considérablement revu à la hausse leurs anticipations de resserrement monétaire ces deux derniers mois.

La remontée des anticipations d'inflation observée dans les enquêtes de la BCE auprès des ménages et des entreprises, la réaccélération des prix à la consommation comme à la production et le retour de tensions sur les chaînes d'approvisionnement plaident en faveur d'un resserrement préventif. Dans le même temps, le ralentissement de l'activité reste trop limité aux yeux du Conseil des gouverneurs pour compenser le risque d'une inflation durablement supérieure à sa cible.

Depuis la réunion d'avril, les développements économiques ont davantage renforcé ces inquiétudes qu'ils ne les ont dissipées. Plus encore que la hausse de taux elle-même, les nouvelles projections macroéconomiques de la BCE seront déterminantes pour évaluer la trajectoire future de la politique monétaire.

Nous nous attendons à une révision à la hausse des perspectives d'inflation. Après plusieurs années marquées par des chocs inflationnistes successifs, la BCE semble craindre que les anticipations deviennent plus sensibles et plus persistantes face aux hausses de prix, augmentant le risque de désancrage. A l'inverse, les prévisions de croissance devraient être abaissées sous l'effet de conditions financières plus restrictives, d'une demande extérieure moribonde et d'une confiance des ménages dégradée qui ne laisse pas présager une forte demande domestique.

La BCE devrait probablement s’en tenir à son approche habituelle, consistant à garder toutes les options ouvertes et à prendre ses décisions réunion par réunion en fonction des données disponibles. Cependant, des projections d'inflation plus élevées ouvriraient mécaniquement la voie à un cycle de resserrement supplémentaire.

Pour une institution dont le mandat est exclusivement centré sur la stabilité des prix, préserver sa crédibilité implique d'accepter un coût économique à court terme.

Autrement dit, une croissance plus faible aujourd'hui peut être le prix à payer pour éviter des taux durablement plus élevés demain.

Conséquences pour les marchés

La hausse de juin semble acquise. L'incertitude porte davantage sur le rythme du resserrement que sur sa direction. Nous anticipons deux hausses de taux de la BCE d’ici la fin de l’été.

Avec près de trois hausses déjà intégrées dans les prix pour 2026, les obligations souveraines européennes de courte maturité retrouvent de l’attrait. Dans le même temps, le reflux du pétrole sous les 100 dollars a entraîné une détente des anticipations d'inflation qui nous parait prématurée. Les risques de prolongation du conflit au-delà de l'été, de nouvelles perturbations des chaînes d'approvisionnement et d'une inflation plus persistante qu'attendu restent sous-estimés.

Les marchés ont largement intégré le risque de taux. Ils n'ont peut-être pas encore pleinement intégré celui de l'inflation. C'est précisément ce décalage qui recrée aujourd'hui des opportunités au sein de la dette souveraine européenne.

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