Entre valeur refuge et exposition à des mégatendances de croissance, les métaux conservent des atouts dans un portefeuille diversifié.
Pourquoi investir dans les métaux en 2026?
Alexandre Carrier (AC): Nous sommes aujourd’hui dans une configuration assez claire: la demande progresse fortement, tandis que l’offre peine encore à s’ajuster. Le secteur minier a connu une longue période de sous-investissement entre 2010 et 2020, ce qui limite aujourd’hui les capacités de production.
Or, relancer l’offre prend du temps: les cycles miniers sont longs, souvent une dizaine d’années entre la découverte d’un gisement et sa mise en production. Cela signifie que, même avec une reprise des investissements, l’offre ne peut pas répondre rapidement à la hausse de la demande.
Dans le même temps, les besoins augmentent de manière structurelle. Ils sont tirés par des transformations profondes de l’économie mondiale: transition énergétique, électrification des usages, développement des véhicules électriques, mais aussi essor des infrastructures numériques et des centre de données. Ce sont des secteurs très consommateurs de métaux.
A ces dynamiques s’ajoutent des enjeux géopolitiques importants. La production de nombreux métaux est concentrée dans un nombre limité de pays parfois instables, ce qui fragilise les chaînes d’approvisionnement. Dans un contexte de fragmentation du commerce mondial et de recherche de souveraineté, ces tensions sont appelées à durer. Les chocs sur les marchés de l’énergie accentuent en effet les stratégies d’indépendance énergétique des Etats. Cela soutient le déploiement des énergies renouvelables, ainsi que les infrastructures associées comme les réseaux électriques et les capacités de stockage.
La volatilité des prix du pétrole peut également accélérer l’électrification des usages, notamment dans les transports, ce qui constitue un facteur de soutien supplémentaire pour les métaux industriels.
Enfin, il existe un décalage persistant entre l’ampleur des investissements nécessaires et ceux réellement engagés aujourd’hui, ce qui entretient un déficit d’offre à moyen terme.
Dans ce contexte, investir dans les métaux en 2026, c’est se positionner sur une tendance de fond, portée par des déséquilibres durables entre l’offre et la demande, mais aussi par les grandes mutations économiques et industrielles en cours.
De quels métaux parle-t-on?
AC: On pense souvent spontanément à l’or, mais l’univers des métaux est en réalité beaucoup plus vaste et complémentaire. Il faut d’abord distinguer les métaux précieux – comme l’or, l’argent, le platine ou le palladium. Ces métaux jouent avant tout un rôle de protection et de diversification. Ils ont historiquement montré leur capacité à mieux résister lors des grandes phases de stress, qu’il s’agisse de crises financières ou de chocs géopolitiques.
Mais se limiter aux métaux précieux serait réducteur: une grande partie de la dynamique actuelle se situe du côté des métaux stratégiques, aussi appelés métaux de la transition. On parle ici de métaux comme le cuivre, l’aluminium, le nickel ou encore l’étain. Ils sont indispensables à des transformations profondes de l’économie: électrification des usages, développement des énergies renouvelables, essor des véhicules électriques ou encore croissance des infrastructures numériques. Par exemple, le cuivre est omniprésent dans les réseaux électriques, les centres de données ou les technologies bas carbone, et sa demande devrait fortement augmenter dans les décennies à venir. Ce qui est intéressant, c’est que ces deux familles de métaux répondent à des logiques différentes mais complémentaires: les métaux précieux apportent de la résilience en période d’incertitude, tandis que les métaux stratégiques offrent une exposition aux grandes tendances de croissance liées aux transitions énergétique et numérique.
Selon vous, quelle part allouer à cette thématique dans un portefeuille?
AC: Historiquement, le modèle dit «60/40» (60% actions, 40% obligations) a longtemps servi de référence en matière d’allocation d’actifs. Toutefois, dans le contexte actuel de taux, d’inflation et de cycles de marché plus volatils et moins synchronisés, ce schéma perd progressivement en pertinence. Les corrélations entre actions et obligations ne jouent plus systématiquement leur rôle amortisseur, ce qui pousse à repenser la diversification.
Dans ce cadre, nous privilégions une constructure plus flexible autour de trois grandes proches: environ 50% en actions, 30% en obligations et jusqu’à 20% en actifs décorrélés. C’est dans cette dernière poche que s’inscrit la thématique des métaux, qu’il s’agisse des métaux précieux ou des métaux stratégiques. L’objectif n’est pas de substituer ces actifs aux classes traditionnelles, mais de renforcer la diversification globale du portefeuille. Les métaux précieux, comme l’or ou l’argent, jouent avant tout un rôle de protection. Ils ont historiquement démontré leur capacité à amortir les phases de stress macroéconomique ou géopolitique. A l’inverse, les métaux dits «stratégiques» – cuivre, nickel, aluminium ou encore étain – permettent de s’exposer aux grandes tendances structurelles, notamment la transition énergétique, l’électrification des usages et le développement des infrastructures numériques.
L’intérêt de cette poche décorrélée est donc double: améliorer la résilience du portefeuille tout en captant des dynamiques de long terme liées aux transformations de l’économie mondiale. Dans cette logique, une allocation pouvant aller jusqu’à 20% nous semble pertinente au sein d’une stratégie diversifiée.
Achevé de rédiger en Mai 2026.
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