Le scénario de taux plus élevés gagne du terrain – Flash boursier de Bonhôte

Pierre-François Donzé, Julien Staehli, Karine Patron, David Zahnd, Bertrand Lemattre et Pascal Maire, Banque Bonhôte & Cie SA

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Les investisseurs ont progressivement réintégré une problématique qui semblait avoir disparu des radars: le risque d’un maintien durable de taux d’intérêt élevés.

Les marchés financiers ont abordé le mois de juin avec davantage de prudence après plusieurs semaines d’euphorie alimentée par l’intelligence artificielle. Si les valeurs technologiques américaines continuent d’attirer l’essentiel des flux, les investisseurs ont progressivement réintégré une problématique qui semblait avoir disparu des radars: le risque d’un maintien durable de taux d’intérêt élevés. Les statistiques américaines publiées cette semaine, et plus particulièrement le rapport sur l’emploi de vendredi, ont renforcé cette hypothèse. L’environnement géopolitique demeure également une source d’incertitude. Au Moyen-Orient, les négociations entre Washington et Téhéran ont continué d’envoyer des signaux contradictoires. Alors que l’Iran annonçait suspendre les discussions en réaction aux tensions régionales, l’administration américaine affirmait simultanément que les échanges se poursuivaient à un rythme soutenu. Cette absence de visibilité a maintenu le pétrole dans une fourchette élevée comprise entre 90 et 95 dollars le baril de Brent.

L’emploi américain remarquablement robuste

Aux États-Unis, les indicateurs économiques ont confirmé la remarquable résilience de l’économie. L’activité manufacturière a enregistré sa plus forte expansion depuis quatre ans tandis que l’indice ISM des services est remonté à 54,5 points en mai, mettant fin à deux mois consécutifs de ralentissement. Les enquêtes JOLTS ont également révélé une nouvelle progression des offres d’emploi. Selon le rapport officiel de l’emploi américain, les créations d’emplois non agricoles ont atteint 172’000 en mai, soit près du double des attentes du consensus qui tablait sur 88’000. Cette publication confirme la robustesse du marché du travail malgré le niveau déjà restrictif des taux d’intérêt. Cette statistique est importante car elle réduit encore la probabilité d’un assouplissement monétaire de la Réserve fédérale à court terme. Les rendements obligataires américains se sont tendus après la publication et les anticipations de maintien des taux élevés ont continué de progresser. Plusieurs institutions ont désormais repoussé leurs prévisions de baisse des taux à 2027.

Prises de bénéfices sur l'IA

Sur le marché actions, cette perspective a entraîné quelques prises de bénéfices sur les valeurs technologiques les plus spéculatives. Les craintes de valorisations excessives dans l’univers de l’intelligence artificielle ont ressurgi après plusieurs mois de progression quasi ininterrompue. Néanmoins, les flux continuent de se concentrer sur les grands gagnants de la révolution de l’IA, tandis que les secteurs plus traditionnels peinent à attirer les capitaux.

En Europe, l’attention se tourne désormais vers la réunion de la Banque centrale européenne du 11 juin. L’inflation de la zone euro a accéléré à 3,2% en mai, franchissant à nouveau le seuil de 3% pour la première fois depuis septembre 2023. Cette remontée des prix place la BCE face à un choix délicat entre soutien à l’activité économique et lutte contre l’inflation. Les investisseurs anticipent désormais un discours nettement plus ferme de la part de l’institution de Francfort. Même si un relèvement immédiat des taux ne constitue pas encore le scénario central, le risque d’un maintien prolongé d’une politique restrictive est clairement remonté dans les anticipations de marché.

En Suisse, les chiffres du commerce extérieur demeurent globalement solides avec une progression mensuelle de 4,1% des importations et de 3% des exportations. En revanche, le secteur horloger traverse une phase plus difficile avec une baisse de 16,6% des exportations sur un an. L’inflation reste modérée à 0,6% sur douze mois, confirmant la situation relativement favorable dont bénéficie encore l’économie helvétique.

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