Le leasing d’équipements, une nouvelle source de rendement en CHF

Thomas Le Forestier, Calvin._

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Dans l’univers des placements libellés en francs suisses, le financement de contrats de leasing d’équipements constitue une approche relativement peu explorée par les investisseurs traditionnels.

 

Dans un environnement où les rendements obligataires en francs suisses demeurent structurellement faibles, les investisseurs cherchent des instruments capables d’offrir un portage plus élevé tout en conservant à la fois visibilité sur les flux, ancrage dans l’économie réelle et faible corrélation aux marchés cotés.

Les obligations investment grade en CHF offrent généralement des rendements modestes, tandis que les investisseurs qui recherchent davantage de portage doivent souvent accepter une exposition accrue aux marchés actions ou au risque de duration. Les stratégies de dette privée, quant à elles, permettent de capter d’autres sources de rendement. Elles reposent notamment sur la prime d’illiquidité, liée au caractère non coté de ces financements, et sur la prime d’origination, liée à la structuration directe des opérations en dehors des circuits bancaires traditionnels.

Parmi elles, le financement de contrats de leasing d’équipements constitue une approche encore relativement peu explorée par les investisseurs traditionnels. Cette stratégie de dette privée repose sur les flux contractuels du leasing et la capacité d’origination de tels contrats via un réseau de partenaires commerciaux.

Un rendement fondé sur des flux contractuels

Ces stratégies consistent à financer des équipements mis à disposition d’utilisateurs finaux au travers de contrats de leasing. Les loyers versés mensuellement pendant la durée du contrat constituent des flux contractuels récurrents captés par l’investisseur.
Les financements portent généralement sur des durées de deux à sept ans sur des montants unitaires relativement modestes, souvent de l’ordre de quelques dizaines de milliers de francs. Cette granularité permet de constituer des portefeuilles composés d’un grand nombre de contrats individuels et limite la concentration du risque.

Les flux générés par ces loyers présentent une structure amortissable: une partie du paiement correspond à des intérêts, tandis qu’une autre part rembourse progressivement le capital engagé. Cette mécanique rapproche ces créances d’obligations amortissables adossées à des actifs.

Des financements adossés à des actifs

Le leasing présente une particularité structurelle importante: l’équipement financé reste généralement la propriété du bailleur pendant toute la durée du contrat. En cas de défaut, il peut donc être récupéré.

Les structures de financement utilisées dans ce segment reposent souvent sur plusieurs niveaux de protection. Ceux-ci peuvent inclure la créance contractuelle sur le locataire, le nantissement des contrats de leasing et des équipements associés, ainsi que des dispositifs de reprise des équipements éventuellement saisis.

Le modèle du vendor leasing

Une grande partie du développement de ce segment repose sur le modèle de vendor leasing. Dans ce schéma, le financement est intégré directement dans l’acte de vente de l’équipement.

Concrètement, un fournisseur d’équipements propose à son client final une solution de leasing au moment de la transaction. Une fois le contrat signé, la société de leasing incorpore l’équipement à l’actif de son bilan, tandis que l’utilisateur rembourse l’équipement sous forme de loyers mensuels sur plusieurs années.

Ce mécanisme constitue un levier commercial important pour les fournisseurs d’équipements, car la disponibilité d’une solution de financement peut faciliter la décision d’achat. Surtout, il démultiplie la capacité d’origination de la société de leasing qui voit sa force commerciale déportée chez les fournisseurs.

Une classe d’actifs liée à l’économie réelle

Le développement du financement d’équipements est également soutenu par certaines tendances structurelles. Les investissements liés à la transition énergétique, à l’électrification des usages ou à la modernisation des équipements productifs sont largement incités par les pouvoirs publics. L’engagement de la Confédération Helvétique pour le Net Zéro Carbone à horizon 2050, par exemple, va générer un besoin de financement de 16.6 milliards de francs par an (source OFS).

Pour les investisseurs, ces stratégies offrent une exposition directe à des actifs utilisés dans l’économie réelle, avec des flux de remboursement qui dépendent davantage de l’usage des équipements que de l’évolution des marchés financiers.

Dans un contexte où les investisseurs cherchent à combiner rendement, visibilité sur les flux et diversification par rapport aux classes d’actifs traditionnelles, le financement de contrats de leasing pourrait ainsi s’imposer progressivement comme une composante complémentaire de l’univers de la dette privée libellée en francs suisses.