Le marché des produits structurés a clairement gagné en maturité. Utilisé avec discipline, dans le cadre d’une architecture ouverte, avec une sélection rigoureuse des contreparties, le produit structuré constitue un outil sophistiqué d’ingénierie patrimoniale, selon Yohan Palleau, directeur de NFG Partners.
Comment exploitez-vous l’architecture ouverte pour mettre en concurrence les émetteurs et obtenir des conditions de pricing optimales sur des produits structurés sur mesure pour vos clients?
En tant que gestionnaire de fortune indépendant suisse, notre architecture est par définition ouverte et multi-émetteurs.
Concrètement, pour chaque produit sur mesure, nous lançons une demande simultanée auprès d’un panel de banques d’investissement et de structurers de premier rang. Nous analysons systématiquement les niveaux de protection et barrière offertes, le coupon proposé, la qualité du pricing des options implicites, la solidité des bilans et rating des émetteurs, la profondeur et la qualité du marché secondaire.
Nous arbitrons entre valeur implicite, qualité du hedge et robustesse de la contrepartie. Cette discipline de mise en concurrence optimise mécaniquement le pricing et améliore le profil rendement/risque pour nos clients. L’architecture ouverte n’est pas un argument marketing, mais un outil d’optimisation avec impact direct sur la performance.
Dans un marché volatil, privilégiez-vous actuellement les structures de type «yield enhancement» avec des barrières de protection très basses, ou observez-vous un regain d’intérêt pour les produits à capital garanti face à la hausse des taux?
Le contexte actuel de volatilité structurelle élevée et de taux désormais normalisés nous conduit à adopter une approche opportuniste et sélective. Les structures de type Multi-Barrier Reverse Convertibles restent pertinentes lorsque la volatilité implicite est attractive, les barrières sont profondément hors de la monnaie et la corrélation entre sous-jacents est maîtrisée. Nous privilégions des barrières significativement décotées, situées dans des zones techniquement défendables, en cohérence avec nos vues macro et notre allocation d’actifs stratégique.
À noter que la remontée des taux a redonné de l’attractivité aux produits à capital garanti. Le coût du zéro-coupon étant redevenu efficient, ces structures permettent de reconstruire des profils asymétriques intéressants pour les investisseurs recherchant visibilité et protection. Nous utilisons les produits structurés comme des instruments de gestion du profil de payoff parfaitement inscrits dans notre positionnement stratégique, et non comme une classe d’actifs autonome.
«Nous observons une évolution marquée des demandes clients, notamment côté advisory, en parallèle de notre gestion discrétionnaire.»
Au-delà des grands indices traditionnels, intégrez-vous des sous-jacents plus spécifiques liés à la souveraineté numérique ou à la transition énergétique dans vos produits structurés pour aligner performance et convictions de vos investisseurs?
Nous observons une évolution marquée des demandes clients, notamment côté advisory, en parallèle de notre gestion discrétionnaire. Au-delà des indices traditionnels comme l’Eurostoxx 50 ou le S&P 500, nous intégrons également des stratégies liées au différentiel de taux courts/taux longs, des expositions aux matières premières, notamment l’or, ainsi que des solutions sur devises («dual currency notes»). Nous intégrons également des paniers thématiques, notamment autour des leaders technologiques.
L’approche consiste à structurer des solutions à capital garanti, à participation ou autocallables, plutôt que de répliquer passivement un index cap-weighted. Le produit structuré devient ainsi un outil d’expression de nos vues macro et d’allocation active, avec un contrôle du risque intégré dès la construction.
«Nous sélectionnons des émetteurs capables d’assurer un market making continu, avec des spreads encadrés contractuellement.»
L’un des griefs historiques contre les produits structurés est leur manque de liquidité. Comment NFG Partners s’assure-t-elle de la qualité du marché secondaire auprès des émetteurs?
La critique historique sur la liquidité est fondée, mais elle dépend largement de la structuration initiale. Nous sélectionnons des émetteurs capables d’assurer un market making continu, avec des spreads encadrés contractuellement. Nous évaluons la fréquence et la qualité des cotations, la profondeur des bid/ask, la capacité de débouclage et la réactivité des équipes en cas de stress de marché.
Lorsque la liquidité est un paramètre stratégique pour le client, nous privilégions des structures standardisées. Enfin, nous simulons en amont des scénarios de sortie défavorable afin d’analyser la sensibilité à la volatilité, au delta résiduel et aux conditions de marché dégradées. La liquidité ne s’improvise pas, elle se modélise.
Utilisez-vous les produits structurés comme une alternative à l’exposition directe en actions pour réduire la volatilité globale du portefeuille, ou plutôt comme un moteur de rendement spécifique dans un environnement de taux qui s’est stabilisé?
Nous utilisons les produits structurés dans nos portefeuilles advisory de façon prédominante selon deux axes stratégiques complémentaires. Le premier axe est celui de la substitution partielle à l’exposition actions. Il s’agit de réduire la volatilité agrégée tout en conservant une prime de risque actions, via des structures yield enhancement assorties de barrières de protection profondes.
Le deuxième axe concerne le moteur de rendement spécifique. Dans un environnement de taux stabilisé, la volatilité implicite demeure une source structurelle de rendement. Les produits structurés permettent de monétiser cette prime de manière disciplinée et encadrée. Notre approche reste systémique. Les produits structurés constituent un module d’optimisation intégré dans une allocation globale multi-actifs, cohérente avec la gestion consolidée du risque client.