Six CEO sur dix à la tête des grandes entreprises suisses sont étrangers

Yves Hulmann

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Les sociétés actives dans le secteur financier veillent toutefois à avoir au moins soit un directeur ou un président suisse, observe Marion Fengler-Veith, directrice de Heidrick & Struggles en Suisse.

Chaque année au début du mois d’août, nombre d’experts ou politiciens s’interrogent ce qui caractérise la Suisse à l’occasion de la fête nationale. En ce qui concerne les grandes entreprises cotées en bourse, la tendance à l’internationalisation des directions des principales sociétés helvétiques se poursuit. La part des CEO qui ont une nationalité différente que le marché sur lequel leur entreprise est cotée en bourse s’élève à 62% en 2025, comparé à 50% dans l’étude de l’an précédent. C’est ce qui ressort de l’étude «Route to the Top 2025» publiée par le cabinet de recrutement Heidrick & Struggles qui a pris en compte les données des 50 plus grandes sociétés suisses faisant partie de l’indice SMI Expanded. Le point sur les résultats de l’étude avec Marion Fengler-Veith, directrice de Heidrick & Struggles en Suisse.

Quels sont les résultats marquants de l’étude «Route to the Top 2025» sur les CEO des grandes entreprises cotées en bourse et comment se compare la Suisse par rapport aux autres pays industrialisés?

Concernant la Suisse, l’un des résultats marquants de l’étude de 2025 est la part très élevée de CEO des entreprises suisses qui proviennent de l’étranger. La part des CEO qui ont une nationalité différente que le marché sur lequel leur entreprise est cotée en bourse s’élève à 62% en Suisse en 2025, comparé à 50% dans l’étude de 2024. Cette proportion est plus élevée seulement à Hong Kong avec 69%. Dans les pays voisins, cette part est beaucoup plus faible en Allemagne (24%), en France (15%) et en Italie (13%).

«Cette proportion est plus élevée seulement à Hong Kong avec 69%. Dans les pays voisins, cette part est beaucoup plus faible en Allemagne (24%), en France (15%) et en Italie (13%).»

Il faut toutefois nuancer la proportion très élevée des grandes entreprises suisses qui sont dirigées par des CEO étrangers en tenant compte du fait que ceux-ci ont souvent effectué une grande partie de leur carrière en Suisse au préalable, ou du moins déjà travaillé longtemps au sein de ces entreprises. C’est le cas, par exemple, du CEO d’ABB, norvégien, qui a passé 27 ans au sein du groupe, dont plusieurs années en Suisse, avant de prendre la direction du groupe en 2024. Autre personnalité bien connue en Suisse romande : le directeur de Nestlé, de nationalité française, travaille aussi en Suisse depuis 2008. Cela permet à ces personnes de se constituer peu à peu un réseau en Suisse avant d’occuper la fonction de CEO d’une société suisse ultérieurement. Ce n’est pas comme s’ils étaient parachutés d’un seul coup depuis l’étranger pour prendre la direction d’une grande entreprise en Suisse.

Si la taille du pays joue un rôle dans la proportion de CEO étrangers qui dirigent des entreprises, le fait qu’il y ait un grand nombre de groupes actifs à l’international est aussi un facteur important. La proportion de CEO qui ont une nationalité différente du pays où l’entreprise est cotée est par exemple élevée au Royaume-Uni avec 46%. A l’autre extrême, cette proportion n’atteint que 14% en Espagne et même 0% au Portugal.

La proportion élevée de CEO étrangers à la tête des entreprises suisses s’explique-elle par le fait que les rémunérations sont plus élevées en Suisse?

Les candidats qui viennent de l’étranger savent que les rémunérations sont plus élevées en Suisse. Maintenant, il faut aussi tenir des coûts de la vie plus élevés en Suisse, des prix des logements ou des bien immobiliers supérieurs aux autres pays européens. Malgré tout, les rémunérations accordées aux dirigeants des grandes entreprises suisses restent souvent inférieures à celles qui sont proposées aux Etats-Unis.

Le taux de rotation des dirigeants à la tête des grandes entreprises suisses faisant partie de l’indice SMI Expanded est plutôt important : en moyenne, ils n’assurent la fonction de CEO que pendant 5 ans, beaucoup moins qu’en France et au Canada (9 ans), en Allemagne (7 ans) ou aux Etats-Unis (7 ans). Cela s’explique-t-il par la proportion plus élevée de CEO provenant de l’étranger ou par d’autres facteurs?

Non, il n’est pas possible d’établir un lien direct entre ces deux aspects. Un autre facteur qui peut aussi entrer en ligne de compte est celui de l’âge où les dirigeants accèdent à la fonction de CEO. En Suisse, il est relativement élevé avec 52 ans – il est plus élevé dans seulement trois pays pris en compte par l’étude: en Italie (55 ans), en Finlande (54 ans) et aux Etats-Unis (54 ans).

«Au cours des dernières années, on a souvent pu observer que les banques et assurances veillent à trouver un bon équilibre entre conseil d’administration et direction.»

En outre, il faut aussi tenir compte du fait qu’au début de la décennie, marquée par la pandémie de Covid, beaucoup de CEO ont été très fortement mis à contribution et ont dû faire face à un niveau d’incertitude commerciale extrême. Il y a dès lors eu un grand renouvellement durant les années qui ont suivi la pandémie, réduisant ainsi la durée durant laquelle les dirigeants d’entreprises occupent cette fonction actuellement.

En termes de diversité, la proportion de femmes qui occupent une fonction de CEO est toujours très faible en Suisse avec 6%. Observez-vous une évolution dans ce domaine sur la durée?

Avec seulement 3 femmes qui occupent la fonction de CEO parmi les 50 sociétés du SMI Expanded, cette proportion reste faible avec 6%. La Suisse reste plutôt dans le bas du tableau, même si cette proportion est encore plus faible dans certains pays européens comme l’Allemagne (5%), l’Irlande (4%) ou encore la Suède, l’Espagne et l’Italie (3% chacun). La Suisse a donc encore un grand besoin de rattrapage à cet égard.

Maintenant, il faut aussi tenir compte du fait que l’indice SMI Expanded est un échantillon restreint et très spécifique d’entreprises. La situation est souvent différente dans les entreprises de plus petite taille ou celles qui sont détenues en mains privées. Au niveau des conseils d’administration, après tout, la proportion de femmes a augmenté de manière significative au cours des dernières décennies.

Si l’on considère plus spécifiquement le secteur financier, ce sont en général des CEO de nationalité suisse qui ont été nommés lors de changements à la direction de banques ou assurances depuis 2024. On peut citer les exemples de Vontobel, Julius Baer ou de Swiss Life. Les instituts financiers préfèrent-ils désormais recruter des dirigeants suisses au poste de CEO?

Il est difficile de dire s’il s’agit d’une tendance ou non à partir de quelques exemples. En matière de recrutement, il faut à la fois que le profil des candidates et candidats corresponde aux exigences mais aussi que les personnes soient disponibles. S’y ajoute encore le fait, en ce qui concerne spécifiquement le secteur financier, que les personnes candidates obtiennent l’accord de la Finma. Cela fait déjà beaucoup de conditions à remplir.

Au cours des dernières années, on a souvent pu observer que les banques et assurances veillent à trouver un bon équilibre entre conseil d’administration et direction. Lorsque le président du conseil est étranger, le CEO est souvent suisse – et vice versa. Les entreprises essaient de trouver les meilleures combinaisons possibles entre la composition de la direction et du conseil d’administration. 

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