Le rôle stratégique des infrastructures européennes

Andrew Ye, Global X ETFs

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L’IA, l’informatique quantique, la cybersécurité et la guerre électronique sont identifiées comme l’un des sept domaines de capacités prioritaires dans le livre blanc de l’UE sur la préparation à l’horizon 2030.

 

L’Europe met en œuvre une stratégie à long terme visant à bâtir une économie durable, numérique et inclusive, fondée sur des investissements dans les infrastructures «core». La Commission européenne a défini des objectifs ambitieux pour la période 2024-2029, en mettant l’accent sur la compétitivité, le climat, la sécurité et un modèle social solide pour relever les défis contemporains allant des changements économiques à la sécurité énergétique1.

Cette orientation stratégique se traduit par des investissements à grande échelle dans les infrastructures critiques, soutenus par des capitaux publics et privés par le biais d’initiatives telles que NextGenerationEU (NGEU) et Recovery and Resilience Facility (RRF)2. En parallèle, le rôle croissant des dépenses de défense et le lancement de fonds nationaux pour les infrastructures3 comme annoncé en Allemagne renforcent encore davantage le rôle des infrastructures en tant que relais économique et comme une nécessité géopolitique en Europe.

Infrastructures numériques - L’heure de la transition

L’UE met en place une stratégie coordonnée pour renforcer sa position dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Le plan d’action AI Continent s’appuie sur l’initiative InvestAI, qui vise à mobiliser 200 milliards d’euros pour l’investissement dans l’IA au sein de l’UE, dont 20 milliards d’euros destinés à la création de cinq «gigafactories» d’IA capables de soutenir l’entraînement de modèles d’IA de pointe, chacune dotée de plus de 100'000 puces avancées4. Le plan propose également la création d’au moins 13 usines d’IA à travers l’Europe, afin d’aider les startups, l’industrie et les équipes de recherche à développer des modèles d’IA de pointe5. Ces évolutions reposent sur des mécanismes de financement public-privé conçus pour allier assurance réglementaire et dynamisme des marchés.

Pour compléter l’infrastructure informatique, le projet de loi sur le développement du cloud et de l’IA vise à au moins tripler la capacité des centres de données de l’UE lors des cinq à sept prochaines années, en mettant l’accent sur le développement durable6. Cette initiative a pour objectif de lever les obstacles persistants, tels que les longs délais d’obtention des permis et l’accès limité à l’énergie et à l’eau, en encourageant la création de centres de données efficaces et écologiques grâce à des procédures d’approbation et des mécanismes de soutien simplifiés7. Pourtant, comme les projections indiquent que la consommation mondiale d’électricité des centres de données pourrait plus que doubler d’ici 20308, le plan met en évidence une intersection critique entre l’expansion numérique et la stratégie énergétique.

Le Climate Neutral Data Centre Pact (Pacte pour des centres de données neutres sur le plan climatique), soutenu par les principaux fournisseurs de l’UE, s’engage désormais à atteindre 100% d’énergie sans carbone et à respecter des normes d’efficacité énergétique et hydrique d’ici 2030 ce qui témoigne de l’évolution du lien entre le numérique et les infrastructures d’énergie propre9.

 

Compte tenu de l’importance d’atteindre les objectifs du programme politique 2030 de l’UE pour la décennie numérique, les Etats membres de l’UE ont élaboré des feuilles de route stratégiques nationales et engagé des investissements collectifs totalisant 288,6 milliards d’euros, dont 205,1 milliards d’euros provenant des budgets publics (équivalent à 1,14% du PIB de l’UE)10. Et ce pour répondre aux défis persistants liés au déploiement et à l’intégration des technologies numériques dans l’UE.

L’UE a reconnu ces défis dans son livre blanc intitulé «Comment maîtriser les besoins de l’Europe en matière d’infrastructures numériques?», qui présente des solutions potentielles. L’inclusion des réseaux de télécommunications dans la taxonomie des activités durables de l’UE pourrait débloquer des financements en permettant aux projets ou aux opérateurs éligibles d’accéder à des outils de financement vert. La certitude réglementaire et l’uniformité au niveau de l’UE en matière d’octroi de licences de spectres de fréquences pourraient réduire les retards dans la mise en œuvre des fréquences 5G et des futurs spectres, et assurer la cohérence entre les marchés. Dans la lignée du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l’UE, la possibilité d’une consolidation ou d’un assouplissement des règles de concurrence au sein de l’industrie des télécommunications a également été évoquée dans le livre blanc. Les entreprises de télécommunications auraient conclu des accords dans l’espoir que la nouvelle responsable de la concurrence de l’UE, Teresa Ribera, assouplisse les règles en matière de fusions. Les lois en préparation, le Digital Networks Act, et le Gigabit Infrastructure Act, devraient donner à l’UE la possibilité de relever ces défis.

Les infrastructures numériques recoupent également la défense dans divers domaines, notamment la cybersécurité, les réseaux de communication robustes et l’indépendance de la chaîne logistique dans des secteurs essentiels tels que les semi-conducteurs. L’IA, l’informatique quantique, la cybersécurité et la guerre électronique sont identifiées comme l’un des sept domaines de capacités prioritaires dans le livre blanc de l’UE sur la préparation à l’horizon 2030. ce qui souligne la nécessité d’accélérer les achats et l’innovation dans ces domaines. Il s’agit là d’un catalyseur supplémentaires en faveur d’un financement accru des capacités numériques dans toute l’Europe.

Infrastructures énergétiques - Cultiver la résilience

Dans un contexte de divergence mondiale croissante en matière de politique climatique, l’Europe se démarque en maintenant ses objectifs climatiques à long terme. L’UE est en bonne voie pour réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre de 54% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. tout juste en deçà de son objectif de 55%. À plus long terme, la Commission européenne a proposé un objectif de réduction des émissions de 90% d’ici 2040 dans le cadre de la loi européenne sur le climat, comme tremplin vers l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Il reste à voir si ces objectifs seront pleinement atteignables, mais la volonté de l’UE de s’engager dès maintenant sur des objectifs à long terme reflète la conviction que les coûts de l’inaction, bien qu’incertains en termes de calendrier, sont susceptibles de dépasser les coûts de préparation.

L’UE a également lancé un Pacte pour une industrie propre (Clean Industrial Deal) afin de favoriser la compétitivité des industries, de créer des emplois de qualité et de favoriser la décarbonation. L’UE souhaite mobiliser plus de 100 milliards d’euros pour soutenir l’industrie manufacturière propre fabriquée dans l’UE via le Fonds pour l’innovation, et jusqu’à 50 milliards d’euros par le biais de modifications de la règlementation InvestEU.

Afin de simplifier les procédures, elle prévoit de lancer une loi sur l’accélération de la décarbonation industrielle afin de stimuler les processus de planification et d’appels d’offres et l’obtention des permis pour les projets connexes. L’objectif n’est pas seulement l’efficacité, mais aussi la prévisibilité, qui est essentielle pour débloquer des capitaux à long terme. Les municipalités contribuent activement à cette transition, et plus de la moitié d’entre elles prévoient d’augmenter leurs investissements dans l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets au cours des trois prochaines années. Cet engagement bottom-up suggère un alignement croissant entre les cadres européens et les capacités de mise en œuvre à l’échelon local, souvent un chaînon manquant dans la politique climatique.

Le FRR, une composante essentielle de NextGenerationEU, consacre environ 42% de ses dépenses estimées aux objectifs climatiques, dépassant ainsi son objectif de 37%. Les obligations vertes du NGEU, qui financent jusqu’à 30% du programme NextGenerationEU, constituent une part importante de cet effort. Plus de 68 milliards d’euros avaient été émis à fin 2024, faisant de l’UE le premier émetteur d’obligations vertes au monde.

Ces investissements devraient permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’UE de 55 millions de tonnes par an, soit l’équivalent de 1,5% de toutes les émissions de GES de l’UE. Le soutien du FRR aux collectivités régionales et locales a contribué de manière significative à l’augmentation des investissements publics, en particulier en Europe du Sud, Centrale et de l’Est. Cette injection de capitaux a permis de combler les disparités de longue date en matière de préparation des infrastructures et de capacité d’absorption des investissements.

Cumulés, ces efforts forment un cadre politique qui, bien que complexe, démontre l’intention de l’UE de montrer l’exemple non seulement par le biais d’objectifs, mais aussi par le biais de mécanismes financiers et réglementaires coordonnés conçus pour rendre les réalisations plausibles, et pas seulement ambitieuse. Les principaux enseignements à tirer sont les suivants: l’UE s’engage sur une trajectoire plus crédible vers la neutralité carbone, les opportunités d’investissement liées au climat se multiplient et les investissements municipaux anticipés démontrent que la dynamique politique et les flux de capitaux commencent à s’aligner.

Les infrastructures de transport - Les clés de la mobilité et de la compétitivité

Comme nous l’avons évoqué dans nos précédentes analyses, le réseau RTE-T joue un rôle central à cet égard. Il prévoit le développement d’un réseau central (d’ici 2030), d’un réseau central étendu (d’ici 2040) et d’un réseau global (d’ici 2050) sur 9 corridors de transport clés. Récemment nommé, le chef de la commission des Transports et du Tourisme durables, Apostolos Tzitzikostas, a réitéré l’engagement de l’UE à achever le réseau central TENT-T d’ici 2030. Cependant, il a également noté que des fonds supplémentaires seraient nécessaires, les coûts d’achèvement du réseau RTE-T central et étendu sont estimés à 866 milliards d’euros (en valeur de 2023).

La forte demande de financement dans le domaine des transports est illustrée par les 9,5 milliards d’euros demandés dans le cadre des 258 candidatures soumises au titre des appels à propositions 2024 du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) dans le domaine des transports, soit près de quatre fois le budget disponible de 2,5 milliards d’euros. Ce décalage entre ambition et financement disponible n’est pas nouveau, mais il est devenu plus visible à mesure que les infrastructures sont de plus en plus considérées comme des composantes des politiques stratégiques. Ce déficit est également visible à l’échelon local. Environ la moitié des municipalités de l’UE ont exprimé leur mécontentement à l’égard de leurs investissements passés dans les infrastructures de transport urbain. Toutefois, si le MIE est la principale source de financement des projets de transport de l’UE, le RRF contribue également à l’amélioration des infrastructures de transport grâce à son financement du pilier «transition verte», qui comprend l’amélioration des réseaux de transport.

Les récentes évolutions géopolitiques ont renforcé l’importance stratégique des infrastructures de transport pour la défense et la préparation militaire de l’Europe. La mobilité militaire est l’un des sept «domaines de capacités prioritaires» mis en évidence dans le livre blanc conjoint de la Commission européenne pour l’état de préparation de la défense européenne à l’horizon 2030, qui appelle à la mise en place d’infrastructures de transport essentielles adaptées à un double usage (c’est-à-dire à la fois militaire et civile). Par conséquent, l’UE a identifié 500 projets répartis sur quatre corridors prioritaires (ferroviaire, routier, maritime et aérien) pour des modernisations urgentes visant à faciliter le déplacement à grande échelle des troupes et des équipements de défense. Le MIE a alloué 1,7 milliard d’euros au soutien des infrastructures de transport à double usage pour la mobilité militaire dans le cadre de l’actuel cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE.

L’un des principaux objectifs du règlement établissant le réseau RTE-T était d’éliminer les goulets d’étranglement liés aux infrastructures et d’améliorer la coordination des travaux entre les Etats membres de l’UE. Par ailleurs, l’élaboration d’un package sur la mobilité militaire de l’UE en fin d’année a pour objectif de remédier aux goulets d’étranglement, aux obstacles procéduraux et aux lacunes en matière de capacités. et pourrait améliorer l’efficacité de l’investissement dans la mobilité militaire. Enfin, dans le cadre d’une proposition de réglementation unique en matière de réservation et de billetterie numériques, les passagers pourraient bénéficier de leurs droits tout au long de leur voyage à partir d’un seul billet, ce qui simplifierait les déplacements transfrontaliers dans l’UE.

Le rôle central des fonds nationaux d’infrastructure

L’exemple allemand de 500 milliards d’euros consacré aux infrastructures. Le vice-chancelier Lars Klingbeil prévoit d’allouer 10,5 milliards d’euros à l’amélioration des infrastructures ferroviaires en 2025, soit près de la moitié du budget de 22 milliards d’euros. Cela souligne l’importance du développement et du renouvellement des infrastructures de transport, la Deutsche Bahn ayant préparé des projets d’investissement détaillés.

Ces efforts suggèrent que les infrastructures de transport ne sont plus seulement un catalyseur de l’activité économique; elles sont de plus en plus considérées comme essentielles à la compétitivité, à la cohésion et à la préparation aux crises. Cela offre une double opportunité: d’une part, celle de s’engager dans des mises à niveau des infrastructures physiques à long terme et, d’autre part, celle de s’aligner sur les priorités de l’UE, qui sont de plus en plus soutenues par l’urgence réglementaire et la volonté politique.

Conclusion

Les objectifs stratégiques fixés par la Commission européenne soulignent un engagement fort en faveur de l’amélioration de la compétitivité et de l’autonomie stratégique de l’Europe grâce à des initiatives sur les marchés publics et investissements ciblés dans les infrastructures.

Également la création de fonds nationaux pour les infrastructures par des pays comme l’Allemagne et l’attention accrue accordée à la défense et aux infrastructures à double usage par l’Otan constituent des efforts coordonnés pour réduire le risque perçu et débloquer les flux de capitaux vers des secteurs hautement prioritaires.

Pour les investisseurs qui cherchent à profiter de cette croissance et de l’évolution de ce secteur, le Global X European Infrastructure Development UCITS ETF (BRIJ LN) investit dans un panier de trente à quarante entreprises exposées pour bénéficier d’une augmentation de l’activité dans le domaine des infrastructures en Europe, y compris celles impliquées dans les infrastructures traditionnelles, les réseaux d’infrastructure, les infrastructures d’énergie propre et les infrastructures numériques.

 

 

 

1Commission européenne, la Commission européenne 2024-2029. Consulté le 30 juin 2025.
2Commission européenne, Plan de relance pour l’Europe. Consulté le mardi 24 juin 2025. 
3Die Bundesregierung, des aides efficaces, des finances stables, un Etat moderne. 14 mai 2025.
4Commission européenne, Plan de relance pour l’Europe. Consulté le mardi 24 juin 2025.
5Commission européenne, Digital Networks Act - Appel à témoignages: pour une évaluation et une analyse d’impact menées en parallèle. 6 juin 2025.
6Le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, Règlement (UE) 2024/1309 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2024 relatif à des mesures visant à réduire le coût du déploiement des réseaux de communications électroniques à haut débit, modifiant le règlement (UE) 2015/2120 et abrogeant la directive 2014/61/UE (loi sur les infrastructures à haut débit). 29 avril 2024.
7Commission européenne, Rapport NextGenerationEU sur l’allocation et l’impact des obligations vertes 2024. 20 novembre 2024.
8Commission européenne, le Pacte pour une industrie propre (Clean Industrial Deal) : une feuille de route commune pour la compétitivité et la décarbonation. 26 février 2025.
9Journal officiel de l’Union européenne, règlement (UE) 2024/1679 du Parlement européen et du Conseil établissant des orientations de l’Union pour le développement du réseau transeuropéen de transport, modifiant les règlements (UE) 2021/1153 et (UE) n° 913/2010 et abrogeant le règlement (UE) n° 1315/2013. 13 juin 2024.
10Commission européenne, déclaration du commissaire Apostolos Tzitzikostas lors de la session plénière du Parlement européen sur l’importance des infrastructures de transport transeuropéennes. 2 avril 2025.