Depuis la crise financière de 2008, la réglementation du secteur financier est devenue bien plus stricte. Les établissements bancaires, notamment, ont dû rapidement augmenter les niveaux de capital et de liquidité, adopter des outils avancés de gestion des risques et se conformer aux évolutions réglementaires. La réélection de Donald Trump marque un possible tournant vers une déréglementation du secteur financier, tendance déjà perceptible dans les derniers stress tests de la Réserve fédérale. En 2025, les 22 principales banques américaines ont franchi cette évaluation avec une facilité notable, signe d’un environnement réglementaire devenu plus clément. Deux questions se posent alors: comment la méthodologie des stress tests pourrait-elle évoluer sous l’administration Trump? Et surtout, quelles autres réglementations pourraient être allégées?
Capital excédentaire: comment les banques ont gagné en flexibilité
Le stress test de 2025 s’est révélé nettement moins sévère que celui de 2024, augmentant la capacité des banques à redistribuer du capital. Dans le scénario «adverse» (récession marquée, chômage à 10%, etc.), les pertes agrégées se sont élevées à 553 milliards de dollars, contre 685 milliards de dollars en 2024. Malgré cela, les banques ont conservé un niveau de capital supérieur aux exigences minimales. Le ratio de capital Tier 1 n’a chuté que de 1,8 point de pourcentage, contre 2,8 l’année précédente.
Résultat: de nombreuses banques vont réduire leurs coussins de capital exigés. Le ratio minimal de Goldman Sachs pourrait passer de 13,7% à 10,7% et des baisses similaires sont anticipées pour Wells Fargo, M&T Bank et Morgan Stanley. Les actionnaires devraient en bénéficier via des augmentations de rachats d’actions de 12% en moyenne sur un an.
Feuille de route de la déréglementation: à quoi s’attendre?
Sous l’impulsion de la Maison Blanche, la Fed et d’autres agences ont déjà annoncé fin juin vouloir réduire le ratio de levier supplémentaire (eSLR), une règle post-2008 imposant des exigences en capital plus strictes sur les actifs totaux. Cette mesure libérerait jusqu’à 210 milliards de dollars en capital réglementaire.
Cela permettrait aux banques de se repositionner plus activement sur le marché des bons du Trésor américain mais aussi de récompenser les actionnaires via des augmentations de dividendes, ainsi que par des programmes de rachat d’actions..
D’autres assouplissements sont également envisagés:
- Le report ou l’allègement des normes Bâle III «endgame», censées accroître les actifs pondérés par les risques;
- Une baisse des surcharges appliquées aux banques systémiques mondiales (GSIBs);
- Des règles plus souples pour les banques de taille moyenne.
L’adoption finale des règles Bâle III aux Etats-Unis pourrait être repoussée à 2026 ou annulée, et toute hausse de capital exigée resterait limitée. Si ces assouplissements sont confirmés, les grandes banques pourraient dégager plusieurs centaines de milliards de dollars en capital excédentaire, renforçant leur capacité de redistribution.
Entre stabilité financière et compétitivité
D’un point de vue économique, une réglementation plus légère permettrait au secteur bancaire de mobiliser davantage de capital vers le crédit, stimulant ainsi la croissance et améliorant la compétitivité internationale. Les actionnaires en seraient les premiers bénéficiaires, à l’image des récents programmes massifs de rachat d’actions lancés par JPMorgan et Morgan Stanley, ou de la hausse du dividende de Goldman Sachs.
Cependant, cet assouplissement comporte des risques structurels. Une réduction des exigences de fonds propres combinée à un affaiblissement de la supervision pourrait fragiliser le système financier. Martin Gruenberg, président sortant de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), alerte sur les dangers d’un retour précipité à la déréglementation, soulignant que les Etats-Unis restent vulnérables aux mêmes dérives qui ont conduit aux crises des années 1980, à celle de 2008 et aux défaillances bancaires régionales de 2023. Une régulation affaiblie pourrait favoriser l’essor de produits complexes ou d’acteurs non bancaires risqués.
Les résultats des stress tests 2025 montrent que les grandes banques américaines sont solides dans le cadre réglementaire actuel, ce qui renforce l’argument en faveur d’une déréglementation partielle. Les réformes les plus probables incluent:
- Des exigences de capital réduites,
- Un eSLR plus bas,
- Des règles allégées pour les banques systémiques et régionales.
Si ces mesures peuvent libérer du capital, stimuler le crédit et favoriser la rémunération des actionnaires, elles comportent néanmoins des risques accrus pour la stabilité du système. La perspective d’un ralentissement de la croissance américaine face à la hausse des droits de douanes pourrait conduire l’économie en stagflation et détériorer les actifs aux bilans des banques. Les résultats du second trimestre devraient nous en apprendre davantage sur l’état d’esprit du management des grandes banques américaines quant à l’allocation stratégique du capital excédentaire.