Comment bien investir en Private Equity?

Maurice Tchenio, Altaroc

2 minutes de lecture

La surperformance ne se décrète pas. Elle se mérite. Elle exige une discipline que peu d’investisseurs, même expérimentés, respectent spontanément.

 

Cela fait cinquante ans que j’observe et que je pratique le Private Equity, depuis la co-fondation d’Apax Partners en 1972, puis la création d’Altamir, et aujourd’hui à la tête d’Altaroc. Cinquante ans à investir dans des entreprises, à traverser des crises, des bulles, des redressements et à apprendre, souvent à mes dépens, ce qui sépare un investissement réussi d’un investissement subi. Si j’écris cette tribune, ce n’est pas pour vous convaincre d’investir. C’est pour vous transmettre ce que cinquante ans de pratique m’ont enseigné sur le Private Equity: pourquoi cette classe d’actifs surperforme durablement les marchés cotés, et à quelles conditions strictes elle tient cette promesse. Car la surperformance ne se décrète pas. Elle se mérite. Elle exige une discipline que peu d’investisseurs, même expérimentés, respectent spontanément: un horizon long, une régularité dans l’engagement, une sélectivité impitoyable dans le choix des gérants. J’ai vu des investisseurs patients transformer leur patrimoine. J’en ai vu d’autres, pressés ou mal conseillés, être déçus par une classe d’actifs qu’ils avaient pourtant raison de choisir. J’ai voulu distiller cette expérience en six règles. Pas des recommandations abstraites: le résultat de cinq décennies d’observations, de succès, et parfois d’erreurs à ne pas refaire.

1. Investir au moins 20 ans

Le Private Equity ne se pilote pas comme un portefeuille boursier. L’horizon minimum est de 20 ans. C’est la durée à partir de laquelle les intérêts composés déploient pleinement leur puissance, celle que Warren Buffett appelle: «faire travailler l’argent pendant que vous dormez».
Il faut 5 à 6 ans pour «constituer sa dotation», le temps que votre capital soit réellement au travail. L’horizon pratique est donc de 25 ans, et non 20.

2. Définir avec précision son enveloppe patrimoniale

La règle est absolue: ne jamais allouer en Private Equity une somme dont vous pourriez avoir besoin avant 10 ans minimum. Ce n’est pas une contrainte subie, c’est la condition sine qua non de la performance.

Deux questions préalables à toute décision d’investissement:

  1. Quel est le montant total que je veux mettre au travail en Private Equity sur 25 ans?
  2. Ce montant est-il entièrement disponible pour une immobilisation longue, sans impact sur ma trésorerie et mes projets à venir?

Ces deux réponses définissent votre dotation. C’est le seul montant à engager. Tout le reste en découle.

3. Investir le même montant chaque année

Le Private Equity est une classe d’actifs cyclique. Personne, même avec 50 ans d’expérience, ne prédit les cycles avec fiabilité.

La réponse à cette incertitude est simple et robuste:  engager chaque année le même montant dans un nouveau Millésime. 

Sur 20 à 25 ans, les bons et mauvais crus se compensent.

C’est exactement ce que font les grands fonds de pension américains et les dotations universitaires comme Harvard ou Yale depuis des décennies

4. Sélectionner uniquement des gérants du 1er quartile

En Private Equity, la dispersion de performance entre gérants est considérablement plus forte que sur les marchés cotés. Le choix du gérant est, de loin, la décision la plus importante.

Trois critères non négociables:

Track record 1er quartile sur au minimum 20 ans, pas 5, pas 10: 20. 

  1. Spécialisation Buy-out & Growth: les deux stratégies qui offrent le meilleur couple rendement/risque sur longue période.
  2. Diversification Europe – États-Unis avec exposition aux secteurs à croissance structurelle: Tech, Santé, Services digitaux.
    La sélection des gérants est un métier à temps plein. Elle requiert des années de relations, un accès aux données propriétaires et une expertise sectorielle que peu d’investisseurs privés peuvent développer seuls.

5. Piloter ses cash-flows

Les actions cotées, obligations et l’immobilier ont des flux simples: on paie 100% à l’achat, on reçoit un coupon ou un loyer régulier, on récupère son capital et ses plus-values à la revente. Le Private Equity fonctionne différemment.

Les appels de fonds s’étalent sur 4 à 5 ans, puis les distributions commencent dès la 4e année, portant rendements, plus-values et remboursement de principal car un fonds de Private Equity s’autoliquide à son terme.

Or, appels et distributions sont irréguliers et imprévisibles. Sans visibilité sur les flux annuels, il est impossible de savoir quel montant est réellement au travail et donc de respecter les 4 règles précédentes.

Piloter des cash-flows est la condition sine qua non de toute stratégie d’investissement disciplinée en Private Equity.

6. Choisir un partenaire de confiance

25 ans, c’est long. Les marchés changent, les cycles se succèdent, les tentations sont nombreuses - vendre au mauvais moment, passer à côté d’un Millésime, mal calibrer ses flux. Un investisseur seul face à la complexité du Private Equity est un investisseur exposé.

Le partenaire idéal doit réunir quatre qualités:

  • Une expérience de 20 ans minimum dans le premier quartile.
  • Un accès aux meilleurs gérants mondiaux, normalement réservé aux investisseurs institutionnels.
  • La capacité à résoudre pour vous les problèmes techniques: cash-flows, reporting, diversification. 
  • Un alignement sur vos intérêts sur la durée, pas sur les siens.

Ce partenaire n’est pas un distributeur de produits financiers. C’est un co-investisseur de long terme, dont la réussite est indexée sur la vôtre.

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