Les ambitions spatiales de l’Europe: qui en profitera?

Ruben Dalfovo, Saxo Bank

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L’enjeu va au-delà de la concurrence avec Starlink. Les véritables gagnants se distingueront par leurs flux de trésorerie.

 

L’Europe souhaite exercer un plus grand contrôle sur les satellites qui assurent les communications de ses citoyens, de ses entreprises et de ses forces armées. Une ambition qui ne plaît guère à Washington.

En octobre 2026, les Etats-Unis ont menacé de prendre de sévères mesures de rétorsion si Bruxelles poursuit son projet de réserver de précieuses fréquences satellitaires aux opérateurs européens. Des entreprises comme SpaceX, qui exploite Starlink, pourraient être confrontées à des restrictions.

Ce différend intervient alors que l’Europe intensifie ses investissements dans les communications par satellite, sous l’effet des besoins de défense, de la recherche d’indépendance numérique et de la demande croissante en haut débit. Pour les investisseurs, la question est de savoir quelles entreprises pourraient en bénéficier et lesquelles risquent de perdre du terrain.

La bataille pour les fréquences satellitaires

Le différend porte sur le spectre radioélectrique, ces fréquences invisibles qui permettent aux satellites de communiquer avec les appareils sur Terre. La Commission européenne propose de réserver deux tiers d’une bande de fréquences stratégique aux opérateurs européens et aux services gouvernementaux, laissant le tiers restant ouvert à la concurrence internationale.

Les licences détenues par les entreprises américaines Viasat et EchoStar expirent en mai 2027, ce qui les expose directement aux changements envisagés.

Il ne s’agit toutefois pas d’une interdiction du réseau haut débit existant de Starlink. Les fréquences concernées permettent notamment de connecter directement des smartphones aux satellites, sans équipement supplémentaire.

SpaceX, par l’intermédiaire de Starlink, et Amazon, avec Amazon Leo, pourraient faire face à une concurrence accrue pour l’accès à ces fréquences. Mais les autorités européennes risquent également de freiner l’innovation si les restrictions favorisent les entreprises locales au détriment de technologies plus performantes.

Des opportunités différentes, des risques distincts

Le bénéficiaire européen le plus évident est Eutelsat, l’opérateur français à l’origine du réseau OneWeb, qui compte plus de 600 satellites en orbite terrestre basse. Les revenus de cette activité ont progressé de 69,5%, à 297 millions d’euros, au cours de l’exercice clos en juin 2026, représentant un quart du chiffre d’affaires du groupe. Le chiffre d’affaires global est toutefois resté relativement stable.

Le groupe luxembourgeois SES offre une autre exposition à ce marché, à travers ses services satellitaires destinés aux gouvernements, aux compagnies aériennes et aux entreprises de télécommunications. Les deux groupes participent au programme européen IRIS², un futur réseau de communications sécurisées composé de 348 satellites, dont les premiers lancements sont prévus à partir de 2029.

L’exploitation de réseaux satellitaires reste néanmoins coûteuse. La croissance de la demande devra justifier les investissements réalisés.

Airbus, Thales et Leonardo offrent une exposition différente. Ces groupes aéronautiques et de défense participent à la fabrication de satellites et de leurs composants, ce qui pourrait leur permettre de bénéficier de contrats publics sans supporter les coûts liés à l’exploitation des réseaux.

Les opérateurs de télécommunications entrent également dans la course à l’espace. Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone envisagent une candidature commune pour l’attribution de fréquences satellitaires européennes. Plutôt que de financer eux-mêmes des satellites, ils souhaitent fournir les infrastructures terrestres et s’associer à un opérateur existant.

Parallèlement, l’entreprise américaine AST SpaceMobile collabore déjà avec Vodafone et Orange, démontrant que les opérateurs européens peuvent renforcer leur indépendance tout en s’associant à des fournisseurs de technologies américains.

Les véritables gagnants se distingueront par leurs flux de trésorerie

Trois risques majeurs se dessinent. Washington pourrait adopter des mesures commerciales touchant des entreprises européennes au-delà du secteur spatial. Les réseaux satellitaires nécessitent des investissements considérables, et des retards ou une hausse des coûts pourraient compromettre leur rentabilité. Enfin, les concurrents de l’Europe disposent déjà d’avantages en matière de taille et de technologie.

Pour les investisseurs, le processus d’attribution des licences en 2027 permettra de mieux identifier les entreprises qui gagneront ou perdront l’accès aux fréquences. L’évolution des contrats publics et des flux de trésorerie constituera également un indicateur important.

Les ambitions spatiales de l’Europe vont au-delà de la concurrence avec Starlink. Les communications fiables deviennent des infrastructures essentielles, au même titre que l’électricité ou les équipements de défense traditionnels.

Cela crée des opportunités, mais l’importance stratégique ne se traduit pas nécessairement par des rendements attractifs pour les actionnaires.

Eutelsat et SES devront transformer la connectivité en services rentables. Airbus, Thales et Leonardo pourraient bénéficier de la construction des infrastructures. Les opérateurs télécoms offrent une autre voie d’exposition, tandis que les entreprises américaines restent des concurrents et des partenaires de poids.

L’Europe exercera peut-être un contrôle croissant sur ce qui se passe dans son ciel, mais les véritables gagnants se détermineront bien plus près de la Terre: à travers les contrats, les coûts et les flux de trésorerie.

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