Nombre d'études ont été consacrées aux avantages et inconvénients respectifs de la gestion active par rapport à la gestion passive. Avec son offre de solutions BetaPlus Enhanced dont les actifs dépassent les 100 milliards d'euros, Nordea Asset Management vise à générer une performance supérieure à l'indice tout en restant proche de l'évolution de celui-ci. Explications avec Claus Nielsen, expert des stratégies en actions qui intègrent cette dimension d'optimisation de la performance qui visent à générer de l'alpha tout en maintenant un étroit contrôle des risques.
Votre approche d'investissement de type Enhanced Indexing ne consiste ni à simplement répliquer les indices comme le font certains fonds indiciels, ni à sélectionner activement des titres. Quelles en sont les principales caractéristiques?
Dans les grandes lignes, les principales caractéristiques des solutions en actions BetaPlus Enhanced sont les suivantes. Premièrement, elles visent à maintenir un risque actif (ou tracking error) faible, situé entre 1 et 2%, tout en ayant un beta (ou sensibilité au marché) proche de 1. Deuxièmement, cette approche vise aussi à rester neutre sur le plan géographique et sectoriel.
La plus grande part du risque actif qui est pris et le rendement potentiel obtenu résulte de la sélection de titres. En d'autres termes, la stratégie sur- ou son-pondère certains titres mais elle ne prend pas de pari actif d'un point de vue sectoriel ou régional. Troisièmement, elle s'adapte continuellement au fil du temps pour tenir compte des changements de la dynamique des marchés.
«Même si vous ne choisissez pas activement un produit qualifié de durable ou ESG, vos placements intégreront tout de même des critères de durabilité.»
D'autres critères, par exemple de durabilité, sont-ils pris en compte lors de la sélection de titres?
Une particularité de Nordea Asset Management est que nous intégrons d'emblée les critères de durabilité dans le processus de sélection de titres. Ainsi, même si vous ne choisissez pas activement un produit qualifié de durable ou ESG, vos placements intégreront tout de même des critères de durabilité, car nous considérons les caractéristiques ESG comme faisant partie du facteur qualité. En outre, nous proposons également des solutions BetaPlus Sustainable Enhanced aux investisseurs qui souhaitent investir conformément à leurs valeurs (réduction des émissions, meilleure notation ESG, exposition substantielle aux investissements durables, exclusion des énergies fossiles, du tabac, des armes, etc.), tout en recherchant un alpha régulier et un risque maîtrisé par rapport aux indices de référence standards pondérés par la capitalisation boursière.
Pour maintenir un tracking error (ndlr: écart type des performances relatives du fonds par rapport à l'indice) très faible, comment procédez-vous?
C'est un aspect important de notre processus d'investissement et qui fait l'objet d'un contrôle très strict. En restant neutre d'un point de vue sectoriel et géographique, nous veillons à ce que l'allocation d'actifs demeure proche de l'indice. Il faut veiller à d'autres biais, comme celui de la taille de certaines entreprises qui peuvent avoir un poids toujours important au sein des indices au fil du temps. D’autres biais, tels que la taille (ou capitalisation boursière) ou le style (value, croissance, qualité) doivent également rester sous contrôle pour ne pas se retrouver plus investis sur un segment particulier de marché.
«Nous sommes en mesure d’identifier, dans chaque segment de marché, les caractéristiques des entreprises que les investisseurs considèrent comme les plus prometteuses.»
Une tendance récente, en particulier aux Etats-Unis, a été celle du poids grandissant que représentent les valeurs de la Tech au sein des indices actions. Suite à l'IPO de Space X au début de l'été et de la forte performance de certaines actions comme Nvidia ou Meta cette année, ce phénomène de concentration s'est encore accentué. Comment tenez-vous compte de cet aspect?
Quel que soit le degré de concentration au sein d'un indice, nous limitons à 1% l'écart par rapport à l'indice. Si le poids d'un titre au sein d'un indice est de 4%, il ne pourra s'élever qu'à 5% au maximum. Dès que la pondération du titre en question atteint par exemple 5,1%, nous commençons à vendre des titres pour la ramener dans la fourchette visée. Cette règle de plus ou moins 1% est aussi valable dans l'autre sens: dans cet exemple, nous ne réduisons pas la participation à moins de 3%. C'est ainsi que nous limitons le risque actif qui est encouru. Que l'indice soit très concentré, comme c'est le cas en Suisse avec les trois poids lourds de l'indice SMI, ou au contraire très diversifié, cette règle reste valable. Si, par exemple, Novartis représente 20% de l'indice, la pondération de ce titre dans notre solution BetaPlus Enhanced peut atteindre 19% au minimum et 21% au maximum.
Comment générez-vous alors de l'alpha? D'où vient la surperformance?
C’est l’un des atouts d’une approche multifactorielle systématique. Nous sommes en mesure d’identifier, dans chaque segment de marché, les caractéristiques des entreprises que les investisseurs considèrent comme les plus prometteuses (facteurs). Nous analysons plus de 90 segments à l’échelle mondiale afin de déterminer ce qui fonctionne le mieux, par exemple pour les semi-conducteurs nord-américains et pour les banques européennes, plutôt que de les examiner sous le même angle. Nous prenons ensuite de petites positions actives sur 200 à 300 titres (pour un portefeuille mondial), de manière contrôlée en termes de risque et neutre sur les plans sectoriel et régional, dans le but de surperformer l’indice. Comme ces ensembles de caractéristiques/facteurs tendent à être faiblement corrélés entre eux, nous devrions pouvoir générer une surperformance tout en limitant les risques encourus.
Qui s'intéresse le plus à ce type de solutions?
Différents types d'investisseurs s'y intéressent, notamment les investisseurs institutionnels et les responsables de l’allocation d’actifs qui constituent des portefeuilles discrétionnaires pour de grands distributeurs, des caisses de pension et des family offices, par exemple.
Un des aspects importants est que nous pouvons maintenir des frais assez bas qui soient en cohérence avec le rendement additionnel généré.